CRITIQUE GENERALE DE LA METHODE ET SES INCONVENIENTS
Goldkorn, dans ses deux rapports dans la Revue Médicale, et Rossand, dans sa thèse de Lyon, ont noté les objections que l’on pourrait faire à cette thérapeutique des abcès du poumon par le benzoate de soude. Il fallait d’abord individualiser la maladie des abcès du poumon. Rossand a fait un historique approfondi de cette question. Actuellement, on ne conteste plus l’existence, ni la fréquence de plus en plus grande de cette affection depuis 1918.
En voici la définition donnée par Sergent et Kourilsky, au xx Congrès français de Médecine de Paris, en octobre 1932 : « L’abcès du poumon est un foyer de suppuration collectée dans une cavité néoformée dans le poumon par une inflammation aiguë.» C’est une affection relativement, fréquente, si l’on veut bien admettre qu’il n’existe pas de démarcation nette entre l’abcès et la gangrène et que le terme <«abcès pulmonaire» groupe en bloc un nombre relativement considérable de syndromes,
depuis la gangrène circonscrite jusqu’à l’abcès non fétide post-grippal.
Ensuite, les abcès du poumon ne guérissent-ils pas souvent spontanément ? Dans quels cas le benzoate de soude serait-il inutile ?
En effet, Sergent et Kourilsky (xxIr Congrès de Médecine, Paris, 1932) estiment que la guérison spontanée survient dans deux tiers des cas d’abcès simples à pyogènes et dans un cinquième des cas d’abcès putrides d'emblée. En plus, d’après les mêmes auteurs, les accalmies trompeuses, les fausses guérisons sont d’une fréquence relativement très grande. Aussi Goldkorn n’a-t-il voulu prendre en considération que les cas dans lesquels il n’y avait pas, au bout de six semaines, de signes nets d’une amélioration clinique et surtout radiologique. Il a obtenu une guérison durable 18 fois sur 22 cas. IL a épié la rechute.
Elle ne s’est pas produite chez des malades observés systématiquement pendant plusieurs mois.
Nous pourrions objecter que tout dépend de la « période » de la rechute, comme l’on dit en physique, et l’idéal serait de suivre! ces cas jusqu’à la mort. surviendrait-elle dans cinquante années.
Le benzoate de soude est-il sans danger ?
Oui, si l’on en croit Goldkorn, sauf quelques inconvénients. Bazzano, dit-il, a démontré que le benzoate de soude en injection intraveineuse était tout à fait inoffensif vis-à-vis de l’organisme humain, en lappliquant au traitement de l’ulcère gastrique. Gold-
LATE korn a fait 2200 injections intraveineuses de benzoate de soude. Par contre, il existe à cette thérapeutique quelques inconvénients dont nous avons parlé dans la description de la méthode et que nous pouvons rappeler ici par prudence :
Il faut, dit Goldkorn, pour que le benzoate de soude soit efficace, atteindre la dose de saturation. Car si Pinjection n’est pas faite avec assez de lenteur, le malade peut éprouver cette sensation désagréable de vertige ou de miroitement devant les yeux, ou celle de douleur au creux de l'estomac, cette dernière étant d’ailleurs très bien calmée par quelques gouttes de laudanum, dit l’auteur. Les observations de Maurice Perrin, Pierre Briquel et Georges Castelain vont plus loin et disent le produit « douloureux » et, craignant pire encore, ont arrêté les injections au cours de leurs essais. Il n’y a pas eu de décès causé par ce produit et publié dans la littérature, peut-être et seulement grâce à la prudence apportée à ces essais. De plus, nous savons qu’il est sclérosant en solution à 20 %, ce qui rend fréquemment la poursuite ou même la mise en œuvre du traitement impossible.
On peut dire, avec Goldkorn, mais avec moins d’enthousiasme que lui toutefois, par suite des expériences qui ont suivi, que ces inconvénients sont insignifiants à côté des espoirs qu’il a fait naître.
En effet, posons-nous la question : est-il efficace ? Comme il est juste et digne, légitime et salutaire de
se la poser.
Goldkorn nous a donné des observations d’abcès devant être inguérissables et où d’autres thérapeutiques avaient échoué : novarsénobenzol, alcool, émétine. Il serait donc plus efficace que celles-là. Restaient à expérimenter les sulfamides qui ont eu, depuis, une grande vogue et auxquels il faudrait le comparer. Par contre, il existe des cas où il a échoué comme toutes les thérapeutiques. C’est ici que se placerait la question de thérapeutique : « Sommes-nous en présence de cas post-hoc, ergo propter hoc ? » Goldkorn y a songé et pense que l'effet curatif est réellement dû au benzoate de soude et est propter hoc. Quant aux échecs qu’il ne relate qu’en quelques mots, ils étaient absolument invincibles, dit-il, à toute thérapeutique actuellement connue.
Par quel mécanisme le benzoate agit-il ? Il est classé dans la pharmacologie de M.le Professeur Tiffeneau dans les excréto-moteurs et les fluidifiants. Son action antiseptique est minime. Il serait intéressant d’étudier ce corps à fond, des points de vue de la physiologie et de la pharmacodynamie. Agit-il sur le système nerveux sympathique ? Ces questions débordent le cadre modeste de cette thèse. Est-ce une action
expliquée ou encore surtout empirique ?
Critique des observations de cette thèse
Les observations de Goldkorn sont enthousiastes pour le traitement des abcès du poumon par le ben-