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Claude Bernard, Recherches sur le système nerveux

traction musculaire comme agent auxiliaire de la circulation du sang.

L'action du muscle en activité, sur la région qui Tavoisine, est comparable à celle d'une ventouse, avec cette différence que la ventouse fixe et immobilise le sang sur le point où elle l'attire, tandis que le muscle s'en débarrasse aussitôt pour le rejeter dans les canaux veineux et pour en attirer une nouvelle quantité.

Et, du reste, une foule de faits d'observation témoignent, en pratique, de la réalité de ces déductions. On sait, par exemple que, dans toute blessure des vaisseaux sanguins, les mouvements musculaires augmentent l'hémorragie. A la suite d'une saignée veineuse, quand le sang ne s'écoule pas en assez grande quantité, il suffit de faire exécuter au patient quelques mouvements des doigts et de la main pour voir le' liquide affluer en jet plein et vigoureux. Et, comme corollaire de ce fait, on peut rappeler la difficulté qu'on éprouve parfois à arrêter le sang des saignées, chez les malades dont les bras sont le siège de contractions musculaires involontaires et persistantes, comme les épileptiques et les éclamptiques en état de mal.

Telle est l'importance des muscles comme agents auxiliaires de la circulation sanguine. On peut dire que leur rôle a été prévu et, pour ainsi dire, escompté par la nature, car, à tout instant de la vie, des masses musculaires importantes sont mises en jeu, soit pour nous transporter d'un point à un autre, soit pour exécuter les mouvements usuels de la vie, soit pour changer d'attitude, soit même pour maintenir en place les pièces osseuses qui forment la charpente du corps, quand nous gardons l'immobilité dans la position assise ou debout. Chacun de nos actes musculaires conscients ou automatiques tend à faciliter la tâche du cœur, en activant la

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circulation périphérique sans que Vorgane central ait à augmenter son effort.

On ne peut donc méconnaître Tappoint donné aux forces propres de l'appareil circulatoire par le travail des muscles et Ton est fondé à conclure que, si toute action musculaire venait à faire longtemps défaut, Tappareil circulatoire, pour peu qu'il fût avarié ou affaibli, pourrait devenir insuffisant à parfaire sa tâche. Et, en effet, chez tous les sujets débilités, l'immobilité absolue de tout le corps tend à provoquer des troubles de la circulation caractérisés par le ralentissement du cours du sang dans les^ capillaires, par des stases sanguineSy d'autant plus prononcées que l'appareil circulatoire est moins parfait, par conséquent moins capable de se suffire à lui-même et de se passer du concours des facteurs auxiliaires de la fonction. On sait que le séjour prolongé au lit dispose les convalescents à présenter des œdèmes aux jambes, et que les vieillards tenus trop longtemps couchés présentent souvent des accidents de congestion passive du poumon qu'on a appelés pneumonies hypàstatiques.

Le mouvement passif.

Tels sont les effets du fonctionnement des muscles quand le mouvement est actify c'est-à-dire quand le muscle est actionné par la volonté.

Mais le mouvement est, par lui-même, un puissant auxiliaire de la circulation sanguine, même quand il est passifs c'est-à-dire quand il se produit en dehors du travail des muscles et de l'action de la volonté.

Le corps et les membres peuvent être déplacés par une force extérieure. Il peut y avoir déplacement de la totalité du corps, comme dans l'équitation, les voyages en chemin de fer

ou en voiture, et aussi dans Faction de certaines machines employées dans un but thérapeutique et dont nous aurons à parler. Le mouvement passif peut être partiel et ne mobiliser qu'une partie du corps, un membre ou un segment de membre; il peut être communiqué par la main d'un aide, comme cela a lieu dans la gymnastique suédoise manuelle ou par une machine spéciale comme dans la mécanothérapie.

Quel que soit l'agent extérieur qui mobilise le corps ou les membres, le mouvement passif provoque sur la circulation du sang des efTets très puissants quoique notablement différents de ceux du mouvement actif. Son action se fait sentir directement sur les veines : elle est surtout mécanique, mais provoque aussi des effets physiologiques qui, pour être moins importants que ceux du mouvement actif, ne laissent pas d'apporter à l'action du cœur un secours très appréciable en augmentant la vitesse du sang veineux.

L'effet mécanique des mouvements passifs sur la circulation veineuse est facile à comprendre. L'appareil circulatoire étant soumis aux lois de l'hydraulique, tout déplacement subi par une partie du corps où existent des canaux sanguins doit se communiquer au contenu de ces canaux, comme toute secousse imprimée à un vase -se transmet au liquide qu'il contient. Or, une disposition qui mérite d'être rappelée fait que toute impulsion donnée au sang veineux tend à le pousser dans le sens mêgie où il doit aller, c'està-dire de la périphérie au centre. Dans les canaux veineux sont placés de distance en distance des replis de la muqueuse, des valvules, qui font soupape : en s'abaissant pour laisser la voie libre quand le sang chemine vers le cœur, en se relevant pour fermer le vaisseau, si le liquide refluait vers la périphérie. Grâce à cette disposition, la résultante de toutes les impulsions, de toutes les secousses communi-

quées au sang veineux par les causes extérieures prend une direction centripète et le courant sanguin s'oriente toujours vers l'oreillette droite.

Le mouvement passif agit sur le contenu des veines par le fait même des-secousses qu'il occasionne et l'impulsion accélératrice se produit toujours, quelle que soit la forme du mouvement. Toutefois, les mouvements passifs les plus efficaces pour accélérer la circulation veineuse sont les mouvements dits <t de circumduction y>, dans lesquels la partie mobilisée se déplace en décrivant la figure d'un cône dont le sommet serait représenté par la racine du membre et la base par soa extrémité. — « Ces mouvements provoquent un allongement et un raccourcissement alternatifs des nombreuses veines qui avoisinent l'articulation. Chaque fois qu'une veine est ainsi allongée, il se produit une aspiration sur les branches périphériques, ce qui augmente la circulation des capillaires correspondants. Pendant le raccourcissement qui suit immédiatement, les veines déversent leur contenu dans une direction centripète. Le sang précipite son cours vers le cœur*. » — De cette accélération du courant veineux et de la déplétion plus prompte des veines résulte une augmentation de la vitesse du sang des capillaires qui s'y déversent et la circulation est ainsi augmentée dans le réseau périphérique, là où elle tend justement à se ralentir, en cas d'insuffisance deja poussée du cœur.

L'effet physiologique du mouvement passif sur les veines consiste dans les réflexes de contraction qu'y éveillent lès impressions sensitives provoquées par le mouvement. Nous citions tout à l'heure le réflexe de vaso-constriction que la piqûre d'une aiguille éveille dans la veine de l'oreille, sur le

1. D' Wide, La gymnastique suédoise; traduction française par Bourcart. Paris, F. Alcan, 1898.

lapin en expérience. Des impressions d'intensité moindre, telles que les secousses, les tiraillements, les froissements des parois veineuses, par l'effet du déplacement des membres, suffisent pour exciter les centres vaso-moteurs qui en gouvernent les fibres lisses, pour y provoquer des effets de vasoconstriction et y accélérer le cours du sang.

Le massage.

L'accélération de la circulation veineuse est particulièrement évidente quand le mouvement passif prend la forme de massage.

Le massage n'est qu'un mode parliculier du mouvement passif, dans lequel l'action de la force extérieure ne porte ni sur la totalité du corps ni sur un membre entier ou sur un segment du membre, mais seulement sur une partie des éléments anatomiques, sur les tissus mous. Ici le mouvement se limite à l'extrême et devient moléculaire.

Au point de vue de ses effets sur la circulation, le massage peut être considéré comme offrant des ressources plus variées que les mouvements passifs, en ce qu'il se prête à un plus grand nombre de variantes dans son application : d'où une plus grande diversité dans ses effets. Le massage s'applique ordinairement avec la main, mais peut s'appliquer aussi à l'aide de divers appareils dont nous parlerons. Quel qu'en soit le mode d'application, il peut provoquer dans la circulation sanguine des effets mécaniques et des effets physiologiques.

Les effets mécaniques du massage résultent des manipulations qu'exerce la main sur les tissus mous et de la poussée que communiquent au liquide sanguin les manœuvres du masseur. On peut obtenir un déplacement rapide du sang

veineux en faisant porter ces pressions sur les veines cutanées et profondes et en dirigeant l'action de la main dans le sens même du courant sanguin» c'est-à-dire de l'extrémité des membres à leur racine. A cette action mécanique s'ajoutera toujours un effet physiologique par suite de l'excitation des parois veineuses. Mais l'action physiologique sera rendue plus intense à l'aide de certaines manœuvres, telles que les frictions, les vibrations, les tapotements j etc., plus aptes que les simples pressions à exciter les nerfs sensitifs et à éveiller les réflexes vaso-moteurs. C'est à propos de l'apjJication du traitement qu'il sera question de toutes ces variantes dans l'emploi du massage.

Le massage exerçant toujours sa première action sur la peau, il en résulte inévitablement une excitation des nerfs sensitifs cutanés et cette excitation ne xa jamais sans provoquer un réflexe vaso-moteur dans les vaisseaux capillaires et dans les petites artères des téguments. Cette action se traduit, comme toute excitation de la peau, par deux phénomènes successifs qui sont inverses : le premier est un effet de vaso-constriction des petites artères, le second un effet de vaso-dilalalion. Le premier provoque la pâleur des téguments par diminution de l'afflux du sang : il est très fugitif. Le second effet, qui est beaucoup plus durable, produit au contraire la rougeur. Il témoigne d'une vaso-dilatation superficielle que la thérapeutique des troubles circidàtoires met souvent à profit pour activer la circulation périphérique.

Retenons donc que le massage, qui agit beaucoup sur les reines par ses effets mécaniques, peut agir aussi sur les petites artères par ses effets physiologiques. Aussi cette forme du mouvement communiqué est-elle féconde en ressources variées dans le traitement des maladies du cœur et des vaisseaux.

Tel est donc, au total, le puissant secours que la circulation du sang peut attendre des mouTements actifs, des mouvements passifs et du massage. Mais il faut remarquer que les mouvements actifs portent toujours avec eux, outre les effets de la contraction musculaire qui leur sont propres, tous les effets du mouvement communiqué, puisque le déplacement du corps ou des membres accompagne la contraction des muscles. Ce n'est que par une vue de l'esprit et pour la commodité de la démonstration, qu'on peut isoler de l'effort musculaire le mouvement qui en est le résultat.

Si, donc, le mouvement passif ne comporte pas tous les effets du mouvement actif, celui-ci comporte tous les effets du mouvement passif, en outre de ceux qui lui sont propres. 11 comporte aussi, dans une large mesure, les effets du massage; car le muscle, par ses alternatives de relâchement et de contraction, par ses changements de volume, par les déplacements qu'il fait subir aux parties du corps qu'il actionne, ne peut manquer de faire sentir aux tissus mous ambiants diverses impressions analogues à celles qu'y produit la main du masseur : sçcousses, pressions, tiraillements, froissements, etc. Si donc il faut faire intervenir des procédés artificiels pour provoquer, en thérapeutique, les effets des mouvements passifs et du massage, on doit se rappeler que le mouvement actif est un moyen d'obtenir tous ces effets naturellement, quoique avec moins de précision et, souvent, il est vrai, avec moins de sécurité pour le patient.

L'aspiration thoracique.

Le poumon est, pour la fonction circulatoire, un auxiliaire plus puissant encore que le muscle. Il agit sur le cours du sang pour en accélérer l'arrivée au cœur, au moment même

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où tend le plus à se ralentir la vitesse initiale communiquée par la systole du ventricule gauche, entretenue par la contraction des artères et des veines et augmentée par les mouvements musculaires.

C'est le mouvement d'inspiration qui fournit à la circulation sanguine l'appoint de cette force auxiliaire indispensable à l'achèvement du cycle circulatoire et qui est Vaspiration thoracique. Dans le premier temps de la respiration, l'air extérieur est aspiré dans le poumon par le soulèvement des côtes et du sternum, d'où résulte l'agrandissement de la cavité thoracique et la tendance au vide dans les vésicules pulmonaires. Cet effet de pompe aspirante', ce « coup de piston » qui attire l'air extérieur au poumon se fait sentir aussi bien au sang des vaisseaux avoisinanls qu'à l'atmosphère ambiante. L'observation directe a montré la puissante influence qu'exerce l'aspiration thoracique sur toutes les veines de la région du cou et même de l'aisselle. On sait, en effet, combien les chirurgiens s'appliquent, au cours d'une opération de ces régions, à ne pas léser les gros troncs veineux : ils redoutent la pénétration de l'air dans ces vaisseaux au moment où l'inspiration y provoque une tendance au vide, en attirant fortement vers la cavité thoracique le sang qu'ils contiennent.

L'inspiration produit sur le sang veineux une véritable succion qui l'attire aux vésicules pulmonaires et qui se fait sentir aux veines caves, aux veines jugulaires, et bien au delà.

A plus forte raison doit-elle influencer le cours du sang dans l'oreillette droite et surtout dans les dernières ramifications de l'artère pulmonaire. L'aspiration thoracique représente donc, pour l'appareil circulatoire, une force auxiliaire extrêmement -efficace, qui attire le liquide sanguin dans la direc-

tion même où le poussent la systole du cœur et la force élastique des vaisseaux.

Or, chez l'homme en état de travail musculaire, l'aspiration thoracique .acquiert une énergie infiniment plus considérable qu'à l'état de repos. L'activité des muscles provoque instantanément l'accroissement du besoin de respirer et l'augmentation instinctive de l'amplitude et de la fréquence des mouvements respiratoires. De sorte que l'action du poumon vient toujours s'ajouter automatiquement à celles des membres, pour faciliter la circulation pendant l'exercice musculaire.

Nous allons voir tout à l'heiu'e que beaucoup de conditions, dans l'exercice appliqué sans méthode, viennent souvent modifier les effets du travail musculaire au point d'en faire une cause de troubles violents pour la fonction de circulation. Les mouvements respiratoires se dérèglent alors et la respiration essoufflée entrave le jeu du cœur au lieu de l'aider. Mais nous ne parlons ici que de la respiration normale et régulière ou méthodiquement amplifiée, et, dans ces conditions, le mouvement d'inspiration profonde est toujours un agent des plus efficaces pour aider à l'achèvement de la dernière phase de la grande circulation, ainsi que pour activer la circulation pulmonaire et faciliter l'hématose du sang veineux.

Si nous récapitulons les faits exposés dans ce chapitre, nous voyons que les mouvements corporels actifs ou passifs et les mouvements respiratoires exercent sur le cours du sang une action incontestée qui en fait de puissants auxiliaires du cœur.

Il importe de retenir que l'action de ces auxiliaires s'exerce tout spécialement sur les points de l'appareil circulatoire où

le sang circule dans les conditions mécaniques les plus défavorables : sur le réseau périphérique des capillaires , sur les veines des membres et du tronc, sur les vaisseaux du poumon. Or, c'est précisément sur la circulation capillaire, sur la circulation veineuse et sur la circulation du poumon que se manifestent toujours les premiers symptômes de troubles circulatoires, dans toutes les maladies qui aboutissent à Vnsystolie, c'est-à-dire à la défaillance du cœur et des vaisseaux sanguins.

On aperçoit donc, dès à présent, tout le parti que pourra tirer le médecin des forces auxiliaires de la circulation, puisqu'il peut à son gré actionner, diriger et réglementer ces forces qui sont soumises à l'action de la volonté.

Telle est l'importance du rôle dévolu aux muscles pour aider le cœur dans sa tâche. Pourquoi donc voit-on si souvent méconnus, en pratique, les services que pourrait rendre le mouvement, utilisé comme agent de circulation, dans les maladies du cœur et des vaisseaux? — C'est que le mouvement musculaire peut, dans bien des cas, entraver la fonction circulatoire qu'il doit normalement faciliter. Et il nous reste à montrer les conditions dans lesquelles les muscles et le poumon deviennent les antagonistes du cœur, au lieu d'en demeurer les auxiliaires.

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