Marey, La circulation du sang
4i LES TROUBLES DE LA ORGULiTION SANGUINE.
malades à qui l'augmenWion de k pression artérielle peut nuire, il faudra éviter tous les actes musculaires qui tendent à prolonger la durée de la contraction musculaire, et leur préférer ceux dans lesquels le muscle est soumis à des alternatives régulières de contraction et de relâchement.
Biais, même dégagé de l'effort et de la contraction perma^ nente qui en est un diminutif, le travail musculaire, poussé à un certain degré d'énergie, peut troubler la circulation sanguine, en provoquant deux phénomènes physiok^ques dont il faut bien comprendre le mécanisme et les dangers, car ils représentent les deux écueils du traitement des cardiopathies pai* l'exercice : ce sont V excitation du coeur et VeMOufflement du poumon.
L'excitation du cœur.
Pour comprendre l'effet de l'exercice sur le cœur, et pour savoir discerner les ressources thérapeutiques qu'on en peut tirer des dangers auxquels son emploi inconsidéré peut exposer les malades, il est aécesaaire de revenir au phénomène fondamental que Chauvem et Ibrej ont mis en lumière, savoir : l'accroissement de la vitesse du sang dans un muscle en exercice et l'accélération concomitante de la circulation dans toutes les régions du corps, même dans celles qui ne prennent pas part au travail. Les données générales de la physiologie permettent de tirer de ce fait des déductions très importantes pour notre sujet.
Quand un muscle se contracte, il a besoin de recevoir beaucoup plus de sang qu'à l'état de repos. C'est là la condition physiologique de son travail. Il semble, au premier abord, que ce surcroît considérable d'afflux sanguin suppose une augmentation corrélative de la poussée du camr; mais
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nous avons déjà dit que le lait est dû moins à Taugmenta. tion de la force qui fait cheminer le sang dans l'artère, qu*à la diminution des résistances qui ralentissaient son cours. L'impulsion du cœur restant la même, le débit des artères augmente par le fait de la dilatation de leurs brandies terminales, dont les parois se relâchent et permettent au liquide d'y circuler avec plus de facilité. — C'est ainsi qu'un train dont l'allure est ralentie par la pression des freins, accélère sa marche dès que les freins se desserrent et sans qu'il soit besoin de forcer la vapeur. — Dans les artères du muscle en travail, le manomètre accuse même une diminution de la pression sanguine.
Il ne serait donc point besoin d'invoquer une augm^itation du travail du cœur pour expliquer l'activité plus grande de la circulation des muscles, si l'accélération du sang se limitait au muscle en exercice. Mais il arrive bientôt, quand les contractions se répètent avec persistance, même dans un muscle isolé, que tout le système v$isculaire finit par participer à l'accroissement de la circulation ^ A mesure que la pression diminue dans les artères pai* l'effet de la contraction du muscle, les mouvements du cœur augmentent de nombre.
Ce fait, ainsi que l'a montré Marey, se rattache à une loi physiologique constante : esk toute circonstance le cœur semble compenser par un travail de vitesse, la diminution de son effort de pression.
Au total, il n'y aura pas augmentation de la dépense de force subie par le muscle cardiaque malgré l'activité plus grande du cours du sang, à condition que le nombre des
1. Voir rexpérience de MM. Chauveau et Marey. La circulation s'accélère jusque dans les artères du pied, chez le cheval, sous Tinâuence du travail des muscles de la mâchoire quand Tanimal mâdie son avoine.
pulsations ne dépasse pas un certain chiffre-^ mais cétCè restriction est de la plus haute importance.
En effet, il arrive bien vite un moment, au cours d'un exercice musculaire violent, où la diminution de la tension artérielle ne représente plus une économie de force suffisante pour compenser le travail supplémentaire de vitesse qu'exécute le cœur. Cela ressort des chiffres relevés dans l'expérience de Giauveau et Marey. — On adapte un manomètre à la carotide d'un cheval, et on note le niveau de la colonne qui indique une pression moyenne de 108 millimètres. On fait courir l'animal pendant une dizaine de minutes, et on lui réapplique l'appareil au moment où on le ramène avec un pouls d'une force et d'une fréquence extrêmes. On constate alors que la tension artérielle a baissé : elle n'est plus que de 102 millimètres.
Mais, il ne faudrait pas s'y tromper, si chaque poussée du cœur trouve une résistance un peu moindre, la somme du travail effectué par le muscle cardiaque en un temps donné est considérablement augmentée par l'exagération de la fréquence de ces poussées. Le nombre des pulsations cardiaques est, souvent, plus que doublé dans les exercices très violents, comme la course : il est augmenté au moins dé moitié, soit de 50 pour 100 dans la plupart des exercices de gymnastique et de sport; tandis que la pression artérielle n'est diminuée, d'après Marey et Chauveau, que de 6 millimètres pour 108, c'est-à-dire moins de 6 pour 100.
Si l'on s'en rapporte à ces chiffres, on voit donc que, pour obtenir une accélération de la circulation périphérique, s^ans augmenter le travail du cœur, il ne faut pas dépasser de plus de cinq à six pulsations par minute le nombre normal de ses battements. Nous verrous que ce résultat est très facile à obtenir avec la gymnastique suédoise. Mais, avec les exer-
cices plus violents, tels que les jeux, la bicyclette ou la gymnastique française, Taccélération très notable du pouls est inévitable et le travail du cœur se trouve considérablement augmenté.
Pourquoi cette augmentation des pulsations cardiaques pendant le travail musculaire? Les causes en sont très complexçîs. On les résume d'un mot en disant que le travail provoque une excitation de l'appareil cardio-vasculaire. Mais il serait intéressant de saisir le mécanisme de cette excitation. L'observation attentive des faits nous amène à conclure qu'elle a pour point de départ l'abaissement brusque de la tension artérielle, par suite de la dilatation des vaisseaux périphériques dans les muscles en travail et de l'effort que le cœur se trouve obligé de faire pour rétablir l'équilibre entre la tension des veines, qui augmente, et celle des artères, qui diminue. En un mot l'excitation de l'appareil cardio-vasculaire, pendant le travail des muscles, peut s'expliquer par le déplacement de la masse du sang, qui tend à abandonner le système artériel pour s'accumuler dans le système veineux.
On sait que, dans le muscle en travail, il passe, pour un temps donné, sept fois plus de sang qu'à l'état de repos. Cette énorme augmentation du débit des artères n'est pas compensée par une égale augmentation de la circulation veineuse. Les veines ont des parois lâches et extensibles qui permettent au sang de s'y accumuler : certains déparlements de l'appareil veineux, tels que le système des veines abdominales, représentent de véritables réservoirs où le sang s'attarde en masses considérables. Du reste de véritables stases veineuses se produisent, au cours d'un exercice violent, sur des points du corps plus accessibles à la vue, tels que les membres. Après un exercice jies bras, par exemple, il est aisé d'observer une dilatation des veines qui deviennent saillantes,
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et il n'est pas rare de constater, par la mensuration, une augmentation de 1 à 2 centimètres dans la circonférence du membre qui vient â*exécuter le travail. Au bout d'un certain temps de repos le membre reprend son volume normal. Les hmames de sport ont tous remarqué ca ralentissement de la circulation veineuse, à la suite des mouvements violents, et savent combattre Fengourdissement qui en résulte, en donnant aux membres la position pnq)re à le combattre. Les escrimeurs, quand le bras est fatigué, savent qu'ils retrouvent plus vite leur aptitude à continuer l'assaut, en élevant le bras au-dessus de la tête et en agitant la main pour faciliter le retour du sang veineux.
U y a donc, à la suite d'un exercice très violent, rupture de l'équilibre des pressions artérielle et veineuse : les veines et les cavités droites du cœur tendent à se remplir outre mesure, les artères et les cavités gauches tendent à se vider. De ces conditions anormales dans la tension des parois vascu* laires et cardiaques naissent des impressions nerveuses inconscientes, qui se transmettent aux centres nerveux et provoquent une suractivité du muscle cardiaque, par un effet réflexe, véritable acte automatique de défense.
Le cœur multiplie ses efforts pour lancer dans le système artériel des ondées sanguines qui demeurent insuffisantes; non seulement il augmente le nombre de ses battements, mais il en exagère la violence : il lutte pour relever la tension artérielle à son niveau normal, mais il n'y parvient que par à-coups, par saccades. Malgré ses efforts réitérés, l'organe ne peut maintenir d'une façon permanente et uniforme le système artériel au degré normal de tension, parce que son surcroît d'effort systolique ne peut compenser la diminution de volume du sang que reçoit le ventricule gauche et l'insuffisance de réplétion des artères.
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Le cœur augmente donc le nombre et Ténergie de ses systoles, a6n d'élerer la ten^ioù artérielle, que la diminution de la masse sanguine a lait baisser* Il n'y parvient qu'imparfaitement, puisque le manoihètre, d'i^rès les expériences de Chauveau et Marey, reste au-dessous de la pression normale. Toutefois des observations rapportées par Potain \ il résulterait qu'après un exercice violent, il y a élévation de la tension artérielle. Mais la contradiction n'est qu'apparente entre les deux observateurs ; car Potain a spécifié que Télévation de la pression s'obsei*ve pendant la systole seulement, tandis qu'il y a très grande diminution pendant la diastole. C'est le même phénomène qui s'observe chez les malades atteints d'insuffisance aortique, dont le tracé sphygmographique est, du reste, tout à fait semblable à celui des sujets qui viennent de se livrer à un exercice violent, parce qu'ils présentent, du fait de la maladie, la même excitation cardio-vasculaire. Si donc le cœur réussit à élever la tension artérielle, grâce à une exagération de son effort systolique, ce résultat ne dure qu'un instant et il faut que, l'instant d'après, cet effort se renouvelle pour reproduire une nouvelle élévation de tension, qui sera encore suivie d'un abaissement brusque. De là une série de saccades, dont chacune ébranle violemment les parois artérielles, mais dont là résultante ne réussit pas à compenser l'excès de la tension veineuse.
C'est ainsi que le cœur s'énerve, pour ainsi dire, à lancer dans le système artériel des ondées sanguines insuffisantes, en s'efforçant, par un surcroît d'effort systolique, de suppléer au défaut de réplétion des artères»
Telle parait donc être la cause de l'excitation du cœur pendant l'exercice. Et là, comme dans tous les actes de