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CHAPITRE VII

Troubles nerveux primitifs et secondaires ; — troubles circulatoires chez les neurasthéniques; — importance des impressions sensitives pour régler la circulation.

Troubles nerveux primitifs et secondaires.

Comme tous les appareils organiques, Tappareil cardio-vàsculaire est gouverné par un système de nerfs et de cellules nerveuses. Le nerî pneumo-gastrique lui envoie des filets, qui sont comme des rênes destinées à ralentir et à modérer ses mouvements; \e grand sympathique ^diu contraire, lui fournit des nerfs excitateurs, qui activent son action et accélèrent ses battements. Ces deux nerfs sont donc antagonistes : c'est du parfait équilibre de leur action contraire que résultent la régularité et la précision des mouvements du cœur et des artères.

Or, cet accord peut être troublé par des facteurs très divers. Et d'abord, par toutes les maladies qui atteignent le cœur ou les vaisseaux. Le pneumo-gastrique, aussi bien que le grand sympathique, contiennent des filets sensitifs et des filets moteurs : chacun d'eux peut être impressionné par les conditions pathologiques diverses des tissus dans lesquels ils se ramifient, et l'impression, transmise par les filets sensitifs aux centres nerveux, peut y provoquer une action réflexe.

Ce réflexe retentira sur l'appareil circulatoire par Tinter*

médiaire des filets moteurs, et pourra modifier le fonctionnemoQLi du muscle cardiaque ou des fibres lisses artérielles.

C'est ainsi que diverses lésions anatomiques du cœur et des vaisseaux peuvent provoquer des troubles dans le fonctionnement des centres nerveux, sans avoir besoin de créer un obstacle mécanique à la circulation. — Un état inflammatoire de Fendocarde troublera le fonctionnement du cœur, bien avant d'avoir lésé les orifices valvulaires et entravé le passage du sang. De même un exsudât résultant d'une inflammation passagère pourra s'organiser et persister longtemps après que la poussée inflammatoire a cessé ; si cet exsudât est placé de façon à comprimer un filet ou un ganglion nerveux, il en résultera des troubles de la motricité du cœur tels que l'exagération de la fréquence du pouls ou des anomalies dans le rythme des pulsations. Dans ces conditions une entrave mécanique à la circulation ne sera pas nécessaire, pour expliquer cette tachycardie ou cette arythmie qui auront pour cause une réaction du système nerveux, un réflexe.

Mais ce ne sont là que des troubles nerveux secondaires, puisque la cause première du réflexe se trouve, en dernière analyse, dans une lésion matérielle de l'appareil circulatoire.

Fig. 29. — Effet d'une émotion sur la tension artérielle. (Il y a 'resserrement, puis dilatation de l'artère à quelques secondes d'intervalle.)

Il est des cas où le réflexe cardio-vasculaire se produit et où le fonctionnement de l'appareil circulatoire est troublé sans qu'aucune lésion n'y existe. Le cas le plus évident est celui où une émotion morale provoque une accélération du pouls.

des palpitations, un court arrêt du cœur; g

ou bien, simplement, la rougeur ou la pâleur |

du visage, c'est-à-dire la dilatation ou le *

resserrement des petits vaisseaux cutanés. |

Cette « émotivité » des vaisseaux peut «

être mise en jeu par des causes d'ordre «

physique, aussi bien que par des impres- ^

sions morales. Chez les sujets très nerveux, -

on observe des troubles purement fonc- f

tionnels du cœur et des vaisseaux qui peu- S

vent avoir pour point de départ une im- .^

pression physique telle que le froid, la I

chaleur, un malaise interne passager, etc., '« f

ou bien même s'établir et persister sans 1 s

aucune cause connue. f S

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On observe par exemple, chez certaines -^^g^

hystériques, un état de vaso-constriction, qui s* «

peut aller jusqu'à arrêter la circulation dans ë.%

les petits vaisseaux cutanés et jusqu'à per- J | mettre qu'une piqûre d'aiguille ne fasse

pas saigner la peau. Chez les neurasthéni- s

ques ce sont : tantôt des vaso-constrictions .1

du réseau cutané, qui font que les sujets s

ont constamment les mains et les pieds |

froids; tantôt un état d'hypertension gêné- ^

ralisé, qui gêne le jeu du Cœur et provoque |

une véritable* angoisse respiratoire ; tantôt |

au contraire une diminution de la tension «

artérielle, d'où résultent des sensations de w

faiblesse cérébrale et musculaire, d'affaissé- '.

ment; tantôt enfin, une excitation générale *^.

de tout l'appareil circulatoire, un état d'ère- ^

thisme cardio-vasculaire, d'où fréquence excessive et violence anormale des battements du cœur et du pouls.

Ces désordres de la circulation sanguine s'observent chez les sujets dits « nerveux », en dehors de toute condition morbide appréciable. Ils peuvent se produire chez des sujets à système nerveux bien équilibré sous Tinfluence de diverses causes, telles que des troubles digestifs, des intoxications; et aussi par suite de certains écarts d'hygiène, tels que l'abus des exercices violents, l'emploi excessif de l'hydrothérapie, le séjour dans une étuve surchauffée ; et enfin sous l'influence de conditions physiologiques normales, telles que la croissancey la ménopause, la grossesse, etc.

Une certaine prédisposition du système nerveux est nécessaire pour que des affections, étrangères à l'appareil circulatoire, retentissent sur la circulation avec une intensité suffisante pour en troubler sérieusement la régularité. Du moins observe-t-on que les mêmes causes morbides, qui provoquent chez les sujets très nerveux de graves désordres dans la circulation, peuvent exister chez d'autres sujets, sans être accompagnés d'aucun trouble du cœur et des vaisseaux. En un mot, plus grande est l'émotivité du système nerveux et plus prononcés seront les troubles réflexes de l'appareil cardio-vasculaire. De même que l'émotion, la surprise, la crainte, etc., ne provoquent pas chez tous la rougeur ou la pâleur du visage, l'accélération du pouls, les palpitations et l'angoisse cardiaque ; de même tous les sujets atteints du même trouble digestif ne présentent pas au même degré la tachycardie, les intermittences du pouls, la fausse angine de poitrine, etc.

En résumé, Yimpressionnabilité du système nerveux est le facteur principal des troubles fonctionnels de l'appareil circulatoire. Et cela est vrai, même quand le réflexe est provoqué par une maladie de l'appareil circulatoire.

Pour une même lésion du cœur ou des vaisseaux, tous les sujets ne présentent pas le même degré d'excitation cardio-vasculaire, la même tendance aux palpitations, à l'arythmie, à l'essoufflement. En d'autres termes les symptômes fonctionnels des maladies de l'appareil circulatoire présentent, à lésion anatomique égale, un degré d'intensité très différent, suivant l'état du système nerveux de chaque sujet.

Troubles circulatoires chez les neurasthéniques.

Les neurasthéniques, étant tous des « émotifs », sont très sujets à présenter des troubles fonctionnels de l'appa-

Fig. 31.^— État du pouls chez un nerveux dans un pressant besoin d'uriner.

Fig. 32. — Etat du pouls chez le môme sujet aussitôt après avoh* uriné.

rcil cardio-vasculaire à la suite des moindres impressions morales. Leur système nerveux très excitable les prédispose, en outre, à sentir plus vivement les impressions physiques soit extérieures, soit internes. Ils ont une plus grande sensibilité de la peau et éprouvent, par surcroît, certaines sensa-

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lions organiques qui passent inaperçues pour les sujets normaux. Beaucoup de ces malades ont conscience du jeu de ieursr organes dont le fonctionnement est d'ordinaire inconscient : ils sentent le battement de leur cœur, les mouvements de l'estomac, de l'intestin, etc. De la multiplicité et de l'intensité anormales de leurs sensations procèdent quantité de phénomènes réflexes dont beaucoup vont retentir sur le cœur et les vaisseaux (voir les (ig. 51 et 32).

A ces causes d'excitation cardio-vasculaire il faut en joindre une autre, c'est la fréquence des auto-intoxications ; car les neurasthéniques sont très fréquemment des arthritiques, plus fréquemment encore des dyspeptiques.

Pour toutes ces raisons, les fausses cardiopathies sont tellement fréquentes chez les neurasthéniques qu'on a décrit une forme « cardiaque » de la neurasthénie.

Au point de vue symptomatique, les troubles circulatoires des neurasthéniques ne diffèrent de ceux précédemment signalés chez les dyspeptiques que par leur intensité. C'est surtout chez les neurasthéniques dyspeptiques, que s'observent les effrayants symptômes de la « fausse angine de poitrine » . La caractéristique des troubles cardiaques, chez ces sujets, c'est surtout d'éveiller des phénomènes d'auto-suggestion et de créer de véritables phobies^ qui obsèdent l'esprit du malade, amplifient les symptômes et viennent encore retentir sur le cœur. Les algies de toutes sortes étant fréquentes chez ces sujets, ils sont souvent atteints de douleurs précordiales très tenaces et, de là, une combinaison de troubles fonctionnels variés, qui leur semblent cadrer avec le tableau d'une maladie organique du cœur. — Pour peu qu'il s'y ajoute un bruit de souffle extra-cardiaque perceptible par le médecin, celui-ci risquera lui-même de s'y tromper. La plupart du temps, les troubles cardio-vasculaires des

neurasthéniques ne présentent aucune gravité. Il ne faut pas oublier, pourtant, que la neurasthénie évolue, le plus souvent, sur un tenain arthritique ; par conséquent favorable aux troubles de nutrition des parois artérielles. Il peut donc y avoir coexistence de Y artériosclérose avec la neurasthénie. D'autre part, les troubles, même nerveux, de la circulation sanguine, ([uand ils se répètent et tendent à devenir permanents, peuvent surmener les parois artérielles et les prédisposer à la dégénérescence scléreuse, ainsi que cela a été démontré parlluchard.

Chez les neurasthéniques, il y a une cause de vaso-constriction permanente et par conséquent d'hypertension artérielle : c'est l'impressionnabilité extrême de la peau à la température ambiante, la « frilosité », qui fait qu'à fa moindre sensation de froid, les artérioles des extrémités se resserrent. La vasoconstriction peut se généraliser à toute la surface des téguments ; et le sang se trouve alors chassé de la peau vers les organes internes. De là, tendance aux congestions viscérales, qui jouent un rôle important dans les troubles de l'appareil digestif et aussi dans certaines irrégularités de la fonction respiratoire, chez les nerveux.

Les troubles dits « nerveux » ne doivent pas toujours être considérés comme des quantités négligeables, dans les causes des affections du cœur et des vaisseaux ; car un trouble fonctionnel fréquemment répété peut devenir la cause d'une perturbation de la nutrition et créer une lésion organique : il peut surtout aggraver une lésion déjà existante et détruire à la longue, en fatiguant le cœur et les parois artérielles, la « compensation » qui permettait au cœur de vaincre un obstacle circulatoire, grâce à un supplément d'énergie dans sa poussée.

L'état du système nerveux est, sans aucun doute, à prendre

en conçidéralion dans la thérapeutique de toutes les maladies, mais jamais au même degré que dans celles de l'appareil circulatoire ; car il n'est pas d'autres organes qui soient des réactifs aussi sensibles que le cœur et les vaisseaux à toutes les variations de l'action nei*veuse : que ces variations soient d'origine pathologique, physiologique ou psychique. Et l'on ne saurait s'en étonner si l'on réfléchit à l'extrême complexité de l'appareil innervateur des organes circulatoires.

Importance des impressions sensitives pour régler la circulation.

Le cœur et les vaisseaux sont gouvernés par des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs, comme tous les autres organes; mais la particularité que présentent les nerfs du cœur aussi bien que ceux des vaisseaux, c'est d'emprunter leur énergie à des centres extrêmement nombreux. Le cerveau, la moelle épinière, le grand sympathique fournissent Tinflux nerveux à l'appareil circulatoire; mais celui-ci trouve encore des sources d'énergie dans des ganglions disséminés en nombre infini au centre et à la périphérie. Le cœur, les gros et les petits vaisseaux ont, dans leur voisinage ou dans les interstices de leurs parois, des amas de cellules nerveuses douées d'une énergie propre et qui forment autant de petits centres nerveux périphériques^ ^ grâce auxquels les vaisseaux sanguins peuvent être actionnés localement et la circulation modifiée, sur un point limité du cercle vasculaire.

Nous avons dit que l'action motrice des nerfs du cœur et

1. Gley, « Les troubles vasculaires », in Pathologie générale de Bouchard, t. m.

des vaisseaux se manifeste par deux actions contraires. Sur le cœur il se produit une accélération des battements et une augmentation de l'énergie systolique sous l'influence du grand sympathique; un ralentissement et une diminution de la force des contractions sous l'influence du pneumogastrique. Le cœur est donc gouverné par deux forces antagonistes qui se font équilibre et dont la parfaite coordination est indispensable à. la régularité de son fonctionnement. La moindre prédominance de l'une de ces forces sur l'autre peut compromettre l'équilibre et provoquer des troubles circulatoires.

De même les vaisseaux sanguins sont soumis à deux ordres de nerfs moteurs : les vaso-contricteurs qui diminuent le calibre des petites artères et les vaso-dilatateurs qui l'augmentent. Quand les premiers entrent en jeu, la tension artérielle est augmentée en amont du point où a lieu la vasoconstriction ; et le cœur est obligé d'augmenter son effort pour maintenir au sang sa vitesse normale. Quand ce sont les vasodilatateurs, la pression artérielle diminue; et le cœur doit encore accommoder son jeu à ces conditions hydrauliques nouvelles : il doit diminuer sa poussée en proportion de la diminution de résistance. Mais comme sa dépense d'énergie doit rester la même en un temps donné, il augmente le nombre de ses battements ; de façon que l'énergie qui est économisée par la diminution de pression, soit dépensée en vitesse. C'est là, comme on sait, une loi découverte par Marey : le cœur gagne en vitesse ce qu'il perd en tension.

Quand on réfléchit à cette complexité du mécanisme des forces directrices de la circulation, et quand on voit quel rôle jouent les impressions sensitives, pour mettre en action le pouvoir réflexe de ce nombre infini de centres moteurs qui gouvernent le cœur et les vaisseaux, on admet sans peine que

134 LES TROUBLES DE LA aRCULATIOiN SANGUINE.

le médecin, s'il pouvait, à volonté, faire varier le degré d'impressionnabi)ité des nerfs sensitifs qui sont le point de départ des réflexes, pourrait aussi, dans une très grande mesure, ^'opposer aux troubles circulatoires, — quand ceux-ci ont pour cause un défaut d'équilibre des forces directrices de la circulation, et non une cause mécanique provenant d'une lésion d'organe.

Mais ce n'est pas seulement dans les troubles d'origine nerveuse, qu'il serait urgent d'exercer une sorte de discipline sur l'innervation de l'appareil vasculaire. Même en cas de lésion organique grave, il y a toujours une part considérable faite aux troubles nerveux, dans les symptômes les plus capables de compromettre la vie. L'appareil cardio-vasculaire, n'étant pas un composé de canaux inertes, n'est pas soumis exclusivement aux lois de l'hydraulique. Tout trouble mécanique qui entrave le cours du sang éveille aussitôt dans les nerfs sensitifs des impressions qui a leur tour provoquent des réactions motrices; c'est-à-dire un équilibre anormal entre les forces qui actionnent le cœur et celles qui gouvernent les artères ; entre celles qui tendent ou qui relâchent les parois cardiaques, et celles qui ouvrent ou qui resserrent le calibre des vaisseaux.

De là l'utilité, même dans les affections du cœur et des artères, des médications qui n'agissent pas directement sur les éléments moteurs de l'appareil circulatoire, mais sur ses éléments sensitifs. C'est ainsi qu'on peut faire cesser certaines arythmies, liées pourtant à des maladies organiques du cœur, aussi bien, et mieux parfois, avec les bromures qui agissent seulement sur les centres nerveux, qu'avec la digitale qui agit sur le cœur et les vaisseaux.

Nous allons voir que la médication par l'exercice peut agir, elle aussi, sur l'appareil circulatoire en modifiant les fonc-

TROUBLES NERVEUX DE LA CIRCULATIOiN.

lions d'innervation : soit en atténuant l'impression] l'appareil sensitivo-moleur et en modérant les réfl en provoquant des impressions utiles à l'équilibre directrices de la circulation ; soit, surtout, en créï répétition de certaines impressions sensitives, un coutumance qui rend les réflexes vasculaires moin — et, par conséquent, l'appareil circulatoire moii Ce sont toutes ces modifications du fonctionn( centres moteurs cardio-vasculaires par l'efTetde cerl cices souvent répétés, que nous étudierons sous 1 Rééducation de V appareil circulatoire.

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