CHAPITRE III LA MÉTHODE D'ŒRTEL
La I cure-de-terrains » ; — effets de la marche ascensionnelle ; l'auto-observation d'Œrtel ; — interprétation des effets thérapeutiques.
La « cure-de-terrains ».
On appelle, en Allemagne, cure- de-terrains y un mode d'application de l'exercice très en faveur de l'autre côté du Rhin, mais auquel les médecins français ont fait, jusqu'à présent, un accueil fort peu sympathique; faute, sans doute, d'en avoir bien compris le but et suffisamment étudié le mode d'application.
La « cure-de-terrains » a été imaginée par le professeur Œrtel, de Munich, et n'est autre chose qu'un mode de réglementation du plus naturel et du plus simple de tous les exercices, la marche. Il faut dire que le mot « cure-de-terrains » est assez mal choisi et ne donne guère idée de la méthode thérapeutique qu'il représente. Cette singulière dénomination vient de l'importance donnée à l'emplacement sur lequel se fait l'exercice; importance qui ne dérive pas de la nature même du « terrain » et de sa composition géologique, comme la traduction en langue française semblerait en éveiller l'idée, mais du degré d'inclinaison du sol.
Le traitement d'Œrtel consiste essentiellement à faire
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marcher chaque jour le malade, pendant un temps strictement déterminé, en augmentant graduellement la durée de la marche et le degré de pente des routes. On choisit, pour rappliquer, une région accidentée où l'on puisse tracer des chemins d'inclinaison variable, dont chacun est désigné par un signe convenu, indiquant son degré d'escarpement; le malade, suivant les indications et sous le contrôle du médecin, commence son exercice sur des routes tout à fait plates, pour arriver progressivement, selon son état et sa maladie, aux sentiers les plus escarpés.
Il est impossible d'imaginer rien de plus simple, en même temps que de plus rationnel. En réglementant la durée de la promenade, la vitesse de l'allure et le choix des chemins, on comprend combien il est facile d'augmenter chaque jour, suivant une progression régulière, le travail effectué. Et cette augmentation progressive de l'effort est la condition essen* tielle de l'accoutumance à la fatigue, ou, comme on dit, d^ V entraînement.
La cure-de-terrains, en réalité, n'est pas autre chose qu'un entraînement gradué, tel que le pratiquent en France les hommes chargés de diriger les chevaux de course, et, en Angleterre, les spécialistes qui préparent à des épreuves athlétiques soit des boxeurs, soit des coureurs à pied, soit des rameurs. Le principe est le même : arriver à faire supporter à l'homme un effort graduellement croissant. Seulement, dans un cas, l'homme est un athlète et dans l'autre un valétudinaire ou un malade ; aussi les procédés diffèrent-ils par l'intensité de l'effort demandé.
Si le système d'Œrtel a été fort mal accueilli en France, c'est sans doute à cause de cette similitude qu'on y remarque d'abord avec les procédés de l'entraînement. En effet, l'idée d'entraînement, en France, éveille aussitôt l'idée d'athlc-
tisme. Nous sommes habitués à considérer Tentrainement comme un moyen d'acquérir des facultés physiques en quelque sorte surhumaines, je veux dire dépassant la mesure normale ; et nous savons qu'on n'arrive à dépasser la limite moyenne de la force musculaire et de la résistance à la fatigue, qu'à l'aide d'exercices extrêmement violents. D'où notre prévention a priori contre un système qui prétend soumettre à l'entraînement des malades, dont les organes sont incapables d'un fonctionnement même plus modéré que la normale
Ce qui a le plus indisposé les médecins français contre le système d'Œrtel, c'est l'application que l'auteur en a faite en Allemagne au traitement des maladies du cœur. On sait que l'entraînement a eu quelquefois pour résultat de développer des affections graves du cœur, chez les coureurs et rameurs qui avaient poussé trop loin l'effort. Les médecins anglais ont décrit, sous le nom de « cœur forcé », des dilatations aiguës du cœur, observées chez les étudiants d'Oxford et de Cambridge, qui s'étaient soumis à un entraînement excessif, en vue des célèbres régates annuelles où ces deux Universités se disputent le prix de l'aviron. Mais ces accidents ne sauraient fournir des arguments valables contre le système : l'entraînement tel que le pratique Œrtel n'est pas une pratique de sports et ne comprend que des exercices extrêmement modérés, dirigés avec la plus grande prudence.
La cure-de-terrains est basée sur ce principe fondamental, que le fonctionnement régulier et progressif d'un organe quel qu'il soit, fortifie cet organe, à la condition expresse de ne pas dépasser les limites de sa résistance et de ne pas aller jusqu'au surmenage. Et tout est si bien réglé dans cette méthode, que le surmenage ne peut pas se produire : il suffit, pour l'éviter, que le médecin soit attentif et le malade docile.
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Effets de la marche ascensionnelle.
La marche pratiquée chaque jour, pendant un temps de plus en plus long, sur un terrain de plus en plus montueux, augmente progressivement l'activité de la circulation du sang et de la respiration. Cette suractivité du cœur et du poumon constitue, dans les premiers jours, une fatigue qui, peu à peu, cesse de se faire sentir par l'accommodation progressive des organes au travail. Peu à peu s'établit V accoutumance ^ c'est-à-dire l'adaptation des organes au fonctionnement plus intense qu'on leur demande. Tout le succès de la méthode tient au soin avec lequel on proportionne l'augmentation journalière de l'exercice à l'accroissement progressif de la résistance du sujet.
Nous avons dit, au chapitré de V Entraînement ^ comment l'accoutumance progressive à l'exercice peut augmenter graduellement la capacité fonctionnelle de tous les appareils organiques. C'est en vertu de ce principe qu'on applique à des malades, dont la capacité respiratoire est diminuée par diverses affections du cœur et du poumon, l'exercice qui sollicite au plus haut degré le fonctionnement énergique de ces deux organes, la marche en montant. C'est à ces sujets si disposés à l'essoufflement qu'on conseille un exercice qui essouffle. Les adversaires de ce système oublient qu'il y a deux procédés pour mettre les malades à l'abri des dangers de l'essoufflement. Le premier, celui qu'ils préconisent, consiste à éviter au sujet toutes les occasions d'activer le fonctionnement du poumon et du cœur ; mais ce procédé conduit à en diminuer de plus en plus la capacité fonctionnelle. L'autre, qu'ils redoutent, consiste à augmenter la résistance du malade, en l'accoutumant peu à peu aux exercices qui essouf-
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lient. Par ce procédé, on obtient l'augmentation progressive de la capacité fonctionnelle du cœur et du poumon, et une immunité relative contre l'essoufflement.
Toute la raison d'être de la cure d'entraînement, dont le système d'Œrlel n'est qu'une forme particulière, peut se résumer ainsi : au lieu de se résigner à ne faire aucun exercice par crainte des dangers de la fatigue, lutter au contraire contre la fatigue ; mais lutter suivant une méthode rationnelle qui en fait disparaître les dangers. C'est la formule de tous les systèmes hygiéniques, malheureusement trop peu en honneur dans notre pays et qui deviennent de plus en plus populaires en Allemagne, sous le nom de cures d'endurcissement, et qui ont pour base l'accoutumance progressive à la fatigue, au grand air, au froid, etc.
On emploie la cure de-terrains dans tous les cas ou il est utile d'obtenir les effets généraux de l'exercice. Ces effets consistent essentiellement dans une impulsion plus active donnée à toutes les fonctions organiques, à la respiration, à la circulation, à la calorification et aux sécrétions; ils se font sentir à tous les organes et à toutes les fonctions*
Ces effets n'ont rien de spécial à la marche ascensionnelle, en ce sens qu'ils sont communs à tous les exercices dans lesquels on recherche plutôt la quantité de travail que la forme du mouvement. Par exemple, l'effet de la cure-de-terrains pourrait être obtenu par l'exercice du rameur et même par celui du scieur de bois : par tous les exercices, en un mot, qui demandent à l'ensemble du corps une forte dose de travail musculaire, sans localiser plus spécialement ce travail dans un groupe de muscles très restreint. Toutefois, il serait difficile d'imaginer un genre d'exercice qui se prêtât mieux que la marche en montagne à un dosage rigoureux, qui fût plus à la portée de tous par sa simplicité, et qui
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s'exécutât dans un milieu hygiénique plus favorable. On sait combien l'air des montagnes est plus pur, c'est-à-dire plus exempt d'organismes que l'air des plaines ; il est aussi beaucoup plus riche, c'est-à-dire beaucoup plus oxygéné et renferme une quantité plus grande de cet oxygène condensé qu'on appelle Yozone. Et il est d'autant plus important que l'exercice s'exécute dans un air de qualité supérieure, que, par le fait même de l'exercice, la consommation en est considérablement augmentée : on sait qu'il en passe six à sept fois plus par le poumon, chez l'homme qui marche en montant que chez celui qui reste immobile.
Les effets de la cure-da-terrains comme ceux de tous les exercices « généraux », se traduisent d'abord par un échauffement du corps, proportionné à l'escarpement du terrain sur lequel s'effectue la montée. Cette augmentation de chaleur a pour corollaire la combustion plus active des tissus gras. D'où cette conséquence que la graisse accumulée dans les organes tend à diminuer à mesure que la cure-de-terrains se prolonge. Mais l'exercice en montant a encore pour effet d'augmenter notablement la transpiration cutanée et aussi l'exhalation pulmonaire : ce sont là deux causes de déperdition d'eau pour le corps humain.
Ces pertes peuvent être considérables. A la suite d'une journée de traitement, les pertes de poids dépassent fréquemment 1 kilogramme et vont quelquefois jusqu'à 2 kilogrammes. Il faut dire que ces chiffres sont considérablement dépassés dans la pratique de l'entraînement proprement dit, quand il est appliqué à des sujets vigoureux, dont on veut rapidement augmenter l'aptitude à la vitesse en allégeant leur poids. C'est ainsi que les entraîneurs de la Tamise font perdre à leurs rameurs jusqu'à 6 et 7 kilogrammes en une seule journée, par leurs courses dites « de déperdition » . Mais la
care-de-terrains s'appliquânt à des malades se garde naturel* lemént de tels excès. Il n'en est pas moins vrai que ses effets sont extrêmement importants au point de vue de la déplétion des canaux sanguins. L'eau éliminée par la sueur et par le poumon est prise sur la partie aqueuse du sang, et, comme il est de règle, dans le système d'Œrtel, de joindre au traitement par Texercice la diète des liquides, l'eau soustraite au sang ne se reforme que lentement, par déshydratation des tissus, et, au total, la masse du liquide contenu dans les veines se trouve diminuée, comme elle le serait à la suite d'une évacuation sanguine.
On obtient de cette déperdition résultant de la marche en montagne, le même bénéfice qu'on obtiendrait, dans certaines maladies, de la saignée, sans la débilitation inévitable qui la suit. Le premier effet de cette évacuation de liquide, c'est la déplétion du système veineux et l'allégement du travail du cœur. Les vaisseaux sanguins se trouvent moins tendus, grâce à la diminution journalière subie par la masse liquide qu'ils contiennent.
Dans la période troublée des affections du cœur ou des vaisseaux, la tension du sang est augmentée dans les veines; celles-ci sont gonflées, turgescentes, laissent, par excès de pression, transsuder à travers leurs parois la partie la plus fluide du liquide sanguin, d'où les épanchements séreux et lés œdèmes. La déperdition copieuse de sueur en diminuant la réplétion des veines permet aux liquides épanchés hors des vaisseaux d'y retrouver place et d'être repris par la circulation .
D'autres sécrétions sont encore notablement activées par le traitement gymnastique d'Œrtel, et en particuHer la sécrétion urinaire. L'importance de ce résultat est connue, puisqu'on sait que toute une classe de médicaments n'a d'autre but que d'augmenter cette sécrétion.
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La marehe en montagne est un paissant moyen diurétique» Au premier abord, cette opinion semble paradoxale, car la quantité de liquide émis par les voies urinaires diminue dans les premiers jours du traitement : l'eau qui a coutume de passer dans les urines étant, en quelque sorte, drainée vers la peau, pour former la sueur dont la sécrétion s'exagère. Mais ce n'est là que le résultat du début. Au bout d'un cer^ tain temps, quand le cœur a été fortifié par l'exercice, quand le système vasculaire sanguin, soulagé par d'abondantes évacuations de sueur, n'est plus soumis à cette distension exagérée qui en paralysait les fibres motrices et que, par suite, la tension artérielle s'est relevée; quand, d'autre part, on a pris soin de diminuer la quantité de liquide bue, on voit l'urine augmenter sous l'influence de l'exercice, même chez les sujets qui transpirent beaucoup : à tel point que son volume dépasse celui des boissons ingérées.
Ce résultat est dû à la tonification progressive du cœur et à l'augmentation de la tension artérielle, sous l'influence des exercices de marche progressivement augmentés. Il importait d'y insister, car c'est un des plus précieux effets de l'entraînement, pour les malades atteints d'affections du cœur, et c'est un de ceux auxquels on a le moins porté d'attention en France.
Le cœur, dont l'exercice soUieite l'activité, gagne une plus grande force, par l'effet même de son fonctionnement plus actif. Le premier effet du fonctionnement plus actif que lui demande la marche en montagne, c'est de le dégraisser, de faire disparaître de ses fibres les éléments adipeux qui gênaient le fonctionnement des éléments musculaires; puis de le raffermir, d'augmenter son volume, non dans son ensemble, puisque la graisse qui le charge, chez les obèses, tend à se combustionner par l'effet du travail ; mais dans son tissu propre qui
acquiert ainsi plus de vigueur, et devient capable de triompher des obstacles qui entravaient auparavant le cours de Tondée sanguine.
Dans les aDections du cœur quelles qu'elles soient, les troubles circulatoires peuvent se ramener à un processus unique : le défaut d'équilibre entre l'impulsion que le sang reçoit du cœur et les obstacles qui s'opposent à sa circulation. Dans certains cas ce n'est pas la résistance de la masse sanguine qui est augmentée, c'est la forcé d'impulsion du cœur qui est diminuée par suite de l'affaiblissement de ses fibres. Mais, dans les deux hypothèses, le résultat est le même au point de vue de l'hydraulique circulatoire. Dans les deux cas la poussée du cœur est trop faible, comparativement à la résistance opposée au cours du sang. Les médicaments, qui ont pour effet de tonifier le cœur et d'élever la tension artérielle, comme la digitale, ont aussi pour effet, grâce à l'augmentation d"activité circulatoire qui en résulte pour le rein, de faire sécréter plus d'urine. Et c'est aussi en rétablissant l'équilibre entre la tension artérielle qui devient plus grande et la tension veineuse qui diminue, que les marches ascensionnelles méthodiquement pratiquées produisent un effet diurétique et rétablissent la sécrétion urinaire dont la suppression est cause d'une série d'accidents graves.
Les effets qu'on est en droit d'attendre de la médication si simple, dont nous venons de faire l'exposé, peuvent se résumer ainsi :
1*^ Activité plus grande des combustions vitales, d'où diminution de la surcharge graisseuse de tout le corps et notamment des organes internes;
2® Augmentation des sécrétions de la peau et des reins et de l'exhalation aqueuse du poumon, d'où résorption des œdèmes et des hydropisies locales ;
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3® Augmentation de Taptitude respiratoire par exercice graduel du poumon;
4** Augmentation de la force des ventricules du cœur, d'où rétablissement de l'équilibre des pressions ehtre le système artériel et veineux, et régularisation du cours du sang.
Ces bénéfices de la cure-de-terrains sont niés en France par la plupart des médecins qui, du reste, il faut bien le dire, ne la connaissent que très imparfaitement : mais la presque totalité des médecins allemands et autrichiens en attestent la réalité.
Nous avons eu l'occasion de nous entretenir longuement avec l'auteur de la méthode, le D* Œrtel, professeur à l'Université de Munich, qui était lui-même un des plus beaux succès obtenus par la cure-de-terrains.
Œrtel était atteint de déviation de la colonne vertébral^ avec surcharge graisseuse du cœur. C'était une double raison pour subir de graves accidents du côté des organes circulatoires et respiratoires. Et le distingué professeur était en effet tombé dans un degré avancé d'asystolie, c'est-à-dire dans cet état où le cœur, devenu insuffisant à sa tâche de pompe foulante, laisse le sang engorger les poumons et les œdèmes gonfler les jambes. Grâce à la marche méthodique en montagne, aidée, il est vrai, de la réduction considérable des liquides ingérés, le malade se remit au point de pouvoir faire des ascensions de huit et neuf heures de durée, et ne présentait, quand je l'ai vu, aucua symptôme de troubles de la circulation sanguine. — Une autre personnalité célèbre, le prince de Bismarck, fut guéri d'une aflection graisseuse du cœur par la cure-de-terrains.
Œrtel a fait école et une foule de ses élèves se sont élablis sur divers points de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Suisse
pour installer la cure-de- terrains. Dans la plupart des villes d'eaux de ces pays, pour peu qu'elles soient situées dans un pays accidenté, on peut voir une multitude de malades marcher méthodiquement sur des chemins préparés et gradués à cet effet. L'installation est des plus simples. Dans la plupart des cas on a utilisé les chemins déjà tracés. On s'est contenté de les classer suivant leur inclinaison et d'y mettre, de distance en distance, des bancs de repos.
Malgré la simplicité des moyens mis en œuvre pour cette gymnastique naturelle, la cure-de-terrains est soumise à une réglementation très minutieuse, dont la carte ci-jointe peut donner une idée. Cette carte reproduit un fragment de celle dont on fait usage à Reichenhall, localité où Œrtel appliquait lui-même son système. On y trouve l'indication des distances, du temps que doit mettre le malade à parcourir chacune des étapes qui lui sont fixées, du degré d'escarpement du sentier, etc. Il est ainsi facile au médecin de varier sa prescription, suivant l'état du malade et son degré d'entraînement.
Dans toutes les localités où se pratique méthodiquement le traitement d'Œrtel, les malades trouvent chez les libraires des plans du pays, où dés couleurs conventionnelles donnent l'indication du degré de pente des chemins.
Souvent aussi on se contente de tracer sur les arbres qui bordent les chemins des bandes de diverses couleurs ; chaque ^couleur ayant une signification conventionnelle, pour indiquer au promeneur le plus ou moins d'effort qu'il aura à fournir, s'il continue'à suivre la route où il s'engage. Dans les contrées boisées où la cure-de-terrains est établie, l'œil du promeneur est attiré par de grands cercles jaunes, verts, rouges, tracés sur le tronc des sapins ou des hêtres : ce sont des repères permettant aux malades de se rendre compte, avant d'entreprendre une promenade, si le sentier dans lequel
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ils vont s'engager, offre bien un degré d'inclinaison eh rapport avec leur degré d'entraînement.
Les villes les plus connues pour leurs cures-de-terrains sont Bade, Reichenhall et Ichl, en Allemagne; Méran et Lemnering, en Autriche. Mais à côté de ces stations spéciales, beaucoup d'autres sont fréquentées et il est facile d'en créer partout où le sol est suffisamment accidenté et l'air suffisamment pur.
Toutes ces conditions se rencontrent aisément en France et il serait facile d'installer presque partout le traitement d'Œrtel. Diverses tentatives y ont été faites, mais, jusqu'à présent dans notre pays, la cure-de-terrains vise presque exclusivement l'obésité. On n'ose pas encore, chez nous, s'attaquer franchement aux troubles de l'appareil circulatoire, à l'aide d'un moyen qui passe pour aggraver ces maladies, et qui les aggraverait incontestablement s'il était employé sans méthode et sans direction.
Mais il en est de l'exercice musculaire comme de tous les autres moyens de thérapeutique : un dosage rigoureux est nécessaire dans son emploi — et la méthode d'Œrtel est justement un ingénieux moyen de « doser » l'exercice et d*en assurer la progression méthodique, pour arriver à l'état d'entraînement.
La marche ascensionnelle est, pour les cardiaques, le meilleur des exercices libres \ parce que c'est, de toute cette catégorie d'exercices, le moins sujet à provoquer Veffort Ihoraco-abdominal, si redoutable dans toutes les affections du cœur. Pour faire avec les bras la même quantité de travail que les jambes exécutent en gravissant un chemin en pente, le malade serait obligé de se mettre en état continuel d'effort.
U faut remarquer que l'ascension d'un escalier serait beaucoup plus sujette à provoquer l'effort que l'ascension
d^ittt ch a m a, même très escarpé. Dans la montée d'un escalier, la translatKNfi di» corps ne se fait pas suivant la direction d'un plan incliné; mus suivant une série de déplacements verticaux répétés, dont chacun représente un travail assez considérable. L'élévation du corps de tovie la hauteur d'une marche, en un seul temps, partage le trtiwl en fractions trop fortes pour certains malades. L'ascension (Fu& es^er, même réduite à un très petit nombre de degrés, doit Mret considérée comme un exercice beaucoup trop violent pour les débuts de l'entraînement : elle doit être en tous cas réservée pour une période plus avancée du traitement.
L'auto-observation d'Œrtel.
L'ouvrage du D' Œrtel est basé presque tout entier sur son propre traitement, dont il expose pas à pas la marche progressive. Le résumé succinct de soti auto-observation fera comprendre, mieux que tout autre moyen de description, ce qu'on peut obtenir de la cure à laquelle il s'est soumis et qui constituait, étant donné l'état des esprits au moment où il l'a entreprise pour la première fois sur lui-même, un essai des plus hardis.
Comme antécédents morbides, Œrtel signale une chute qui produisit une lésion de la colonne vertébrale; d'où une cyphose qui fut vraisemblablement le point de départ des accidents cardiaques. 11 indique aussi une tendance héréditaire à l'obésité, qui eut sa part dans les troubles circulatoires auxquels il tenta, avec tant de succès, de remédier par son système d'entraînement.
L'enfance du malade fut soufifreteuse ; par suite des accidents de compression dus à sa déformation rachidienne, qui occasionnèrent, à la fois, des phénomènes douloureux du côté
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des nerfs comprimés, et des symptômes de troubles circulatoires caractérisés par les palpitations et la dyspnée de travail. Dans l'adolescence, tous ces accidents s'amendèrent et dispa« rurent. Le malade ne les ressentit plus jusqu'à l'âge de trente ans, où se montrèrent de nouveau les phénomènes cardiopulmonaires graves, que le traitement pharmaceutique habituel des cardiopathies ne réussit pas à soulager. C'est alors qu'en désespoir de cause, Œrtel se résolut à demander à des moyens de traitement nouveaux, une guérison qu'il désespérait d'obtenir par la thérapeutique classique.
Œrtel, pour expliquer le retour des troubles circulatoires qui se déclarèrent chez lui après quinze ans de santé parfaite, incrimine le régime alimentaire qu'il avait adopté, et surtout l'augmentation considérable de l'embonpoint: le tour de taille qui était d'abord de m. 96 s'étant développé jusqu'à 1 m. 26. Le cœur avait dû se charger de graisse dans les mêmes proportions que l'abdomen. On peut supposer aussi que les fatigues du début de la profession médicale avaient joué leur rôle, pour remettre le malade dans l'état grave dont il était sorti depuis plus de quinze ans. Cet état se caractérisait par la dyspnée, la cyanose de la face, l'œdème des jambes, la rareté et l'état trouble des urines : en un mot par un état très marqué d^hyposystolie, lui rendant absolument impossible l'exercice de sa profession.
N'ayant pas confiance dans le traitement habituel et concevant son état comme dû, d'une part, à la réplétion excessive du système circulatoire par les boissons et, d'autre part, à l'atTaiblissement du cœur surchargé de graisse, ainsi qu'au défaut de compensation qui en résultait pour l'obstacle à la circulation sanguine (car la déformation de la colonne vertébrale et la compression pulmonaire qu'elle causait persistaient toujours), Œrtel résolut de se soumettre à deux formes de la
médication hygiénique qui devaient agir dans le même sens et concourir au même résultat : le régime sec et le travail musculaire. — Il se trouve que ce sont justement les deux procédés mis en pratique dans toutes les méthodes d'entraînement, aussi bien pour les animaux que pour l'homme.
Nous ne suivrons pas Fauteur dans Tapplication de son régime alimentaire, qui n'est pas du ressort de ce livre, et qui avait pour but de réduire la masse du sang en diminuant le volume des liquides ingérés, ainsi que de s'opposer à la formation des graisses par la suppression des féculents. Mais il est intéressant de le voir aux prises avec les difficultés de l'exercice musculaire, dans l'état de dyspnée où il se trouvait, et dont l'aggravation immédiate, au moindre déplacement du corps, lui rendait impossible l'exercice de la profession médicale.
Il partit au mois d'août 1875 pour le pays très accidenté ^de Tegernsee, et y passa tout le mois d'août. Voici en quels termes il raconte lui-même les péripéties de son traitement, pour lequel une forte dose d'énergie et de ténacité lui fut nécessaire, et aussi un certain courage, car, — ainsi qu'il le dit lui-même, — c'était une expérience dans laquelle il risquait sa vie.
Le premier et le second jour de son arrivée à Tegemsee, le malade fit, le matin et l'après-midi, tantôt de petites promenades en plaine, tantôt l'ascension de hauteurs, jusqu'à 100 mètres. V essoufflement et les palpitations le forçaient à s'ai*rêter tous les vingt pas en plaine, et tous les dix pas en montée. Au moindre effort la sueur était abondante : Ja déperdition d'eau sous le soleil d'août fut considérable.
Le troisième jour, il entreprit l'ascension du Reidemteim, à 157 mètres d'altitude au-dessus de la vallée. Elle fut très
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pénible. Le malade se reposait tous les huit pas quand le sentier était en montée ; tous les vingt pas quand il était horizontal. Dès le début la transpiration fut extrêmement abondante, les battements du cœur très forts et très énergiques, les mouvements respiratoires accélérés et profonds. Quand le besoin de respirer devenait considérable, principalement au moment des temps de repos, la respiration se faisait par des inspirations forcées, avec contraction spasmodique de tous les muscles inspirateurs. « // est tout à fait impossible d^exécuter volontairement des inspirations aussi fortes et aussi nombreuses^ avec dilatation thoracique et activité cardiaque maxima^ pendant un temps aussi long\ » La durée de la montée, qui normalement peut être une heure, fut de trois heures et demie, et le retour dura trois heures. La perte d'eau fut d'une abondance extraordinaire; mais le malade n'éprouva au retour ni palpitations, ni irrégularité du pouls.
Les jours suivants le malade fit de petites promenades exigeant moins de travail musculaire; et, dans la seconde semaine de son entraînement, il put gravir le Neuret, qui s'élève à 527 mètres au-dessus de la vallée. L'ascension qu'on peut faire normalement en deux heures en dura quatre ; le besoin de respirer, au cours de cette ascension, força le malade à s'arrêter 150 fois. Les mouvements du cœur furent fréquents et énergiques, parfois tumultueux, mais jamais irréguliers ni intermittents. La sueur fut extrêmement abondante et les vêtements absolument trempés. Pendant la nuit qui suivit, il n'y eut ni palpitations ni irrégularité du pouls. Malgré la soif ardente, le malade résistait à la tentation d'augmenter la boisson et se contentait de gargarismcs d'eau fraîche.