‹ Le traitement des affections du cœur par l'exercice et le mouvementChapitre 28 sur 39 · Œrtel, Teneincur. Munich · texte numérisé non relu

Œrtel, Teneincur. Munich

Du quinzième au vingtième jour, le malade ne fit que de courtes promenades et ne gravit que des hauteurs peu élevées : une le matia, lautre l'après-midi, avec une promenade en plaine le soir.

Le vingt-quatrième jour le malade entreprit une excursion plus longue et plus difficile que les précédentes; et là il s'aperçut, pour la première fois, d'une diminution considérable des troubles de la circulation et de la respiration. En chemin plat, au lieu de s'arrêter tous les vingt ou vingt-cinq pas comme au début, il put faire jusqu'à cent pas sans que l'essoufOement et les palpitations l'obligeassent à se reposer. Pendant l'ascension, il pouvait faire trente pas au lieu de dix sans aucun temps d'arrêt. Dans les jours suivants ces améliorations s'accentuèrent de plus en plus.

Vers le trentième jour de son traitement, il put entreprendre des ascensions plus longues et plus difficiles, et les terminer à une allure qui tendait de plus en plus à se rapprocher de celle d'un homme bien portant. C'est d'abord une montée, durant normalement une heure, qu'il accomplit en une heure et demie. Puis il arrive à faire, en deux heures et demie, le chemin que le guide des montagnes parcourait en deux heures. La respiration est toujours rapide et bruyante pendant ces exercices, les contractions cardiaques sont violentes, mais régulières, la transpiration toujours aussi abondante. Arrivé au sommet, les fonctions rentrent rapidement dans l'ordre : la respiration est libre, le pouls fort lent et régulier ; il n'y a pas de fatigue.

Après six semaines de ce traitement, le D*" N. (Œrtel) rentra à Munich et put reprendre sa clientèle. Le tour de taille était diminué de 10 centimètres, et le poids total de 8 kilogrammes. Le pouls restait calme pendant la marche, et deux ou trois étages pouvaient être gravis sans essoufflement.

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Le traitement par l'exercice fut continué, dans une certaine mesure, tant par les déplacements que nécessitait la clientèle que par des excursions hors de la ville, répétées le plus fréquemment possible.

Pendant huit années consécutives, le régime d'entraînement progressif a été continué d'une façon qu'on pourrait appeler « intensive » et qui consistait à augmenter de plus en plus la durée des ascensions et le degré d'inclinaison des sentiers parcourus. Le D' N. est arrivé ainsi à faire des mar-

Fig. 32 bis. — Pouls du D' Œrtel avant d'avoir commencé le traitement.

Fig. 33. — Pouls du même sujet après six semaines de traitement par sa méthode

ches de quinze h vingt heures, et à gravir des sommets élevés de 1500 mètres au-dessus du point de départ de l'excursion. Dans la plaine, il tenait tête aux gardes suisses et bavarois et les dépassait même. Seules les pentes très escarpées l'obligeaient encore à s'arrêter de temps en temps, à cause de sa faible capacité pulmonaire (due, on se le rappelle, à la cyphose).

Quand j'ai vu Œrtel, les troubles circulatoires qui avaient mis longtemps ses jours en danger avaient complètement disparu. C'était dix-huit ans après le début de la maladie qui

fut l'occasion du traitement inauguré par lui, et je pus constater que sa santc et son activité ne le cédaient en rien à celles des hommes les mieux portants et les plus vigoureux.

Interprétation des résultats thérapeutiques.

L'action du mouvement musculaire sur l'organisme est tellement complexe, qu'il est facile de se méprendre sur le rôle précis de chacun de ses effets thérapeutiques. Dans le traitement des troubles circulatoires par le mouvement, on a constaté que des exercices d'entraînement général, tels que la marche ascensionnelle pouvaient produire une amélioration. Et l'on a attribué trop exclusivement les résultats thérapeutiques constatés, à l'effet physiologique qui attire le plus l'attention chez l'homme qui marche en côte, c'est-à-dire à l'augmentation de fréquence et d'énergie des battements du cœur.

On a conclu que l'action thérapeutique principale, sinon unique, de la « cure-de-terrains » imaginée par Œrtel était l'entraînement du cœur, c'est-à-dire l'augmentation de force et de capacité fonctionnelle de cet organe. Et, de cette interprétation erronée, on a déduit l'utilité de la marche ascensionnelle méthodique, dans toutes les maladies caractérisées par un affaiblissement du myocarde.

Cette erreur a été la cause de l'hostilité témoignée par les médecins français à la cure d'exercice dans les affections de l'appareil circulatoire ; hostilité absolument justifiée par la crainte. d'aggraver les accidents au lieu de les atténuer. 11 suffît, en effet, d'observer les effets physiologiques que provoque, sur l'homme sain, un exercice ou un travail musculaire d'une certaine violence, pour comprendre les dangers que présenterait un exercice capable de produire de pareilles

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perturbations dans l'appareil circulatoire, chez un sujet dont le cœur ou les vaisseaux seraient atteints d'une lésion qui en diminuerait la résistance.

Aussi n'est ce pas par son effet direct sur le cœur, mais par ses effets sur la nutrition, que l'entraînement améliore les troubles circulatoires.

L'entraînement chez les cardiaques, présente pour le cœur des dangers réels, à côté de bénéfices indéniables : le bénéfice est dans une sorte de dépuration du sang, dans la destruction et l'élimination des principes morbides auxquels étaient dues les modifications survenues dans la nutrition des fibres cardiaques et des parois artérielles, dans le fonctionnement des capillaires périphériques et pulmonaires ; le danger est dans l'inévitable excitation de l'appareil cardio-vasculaire, et dans le surmenage qui peut en résulter.

Toutefois, cette excitation peut, en certains cas, être supportée sans danger, si elle est assez modérée pour ne pa^ dépasser la résistance des organes ; et il en dérive alors un véritable bénéfice thérapeutique, qui est la tolérance plus grande du cœur et des vaisseaux pour le travail des muscles, grâce à la diminution de l'émotivité des centres moteurs capdio-vasculaires. C'est, en un mot, une véritable éducation de l'appareil circulatoire, qui apprend à supporter sans se troubler, grâce à l'accoutumance, des impressions et des secousses d'intensité progressivement augmentée.

En somme, l'effet de l'entraînement est très complexe et les modifications organiques . et fonctionnelles qui en résultent sont très diverses. D'où la difficulté d'en bien saisir les indications et les contre-indications ; non seulement suivant les maladies, mais aussi suivant leur période. En général l'entraînement représente une méthode préventive plutôt que curative : il doit être appliqué en vue d'atténuer les effets du

vice de nutrition et d'empêcher qu'il ne se localise sur l'appareil circulatoire.

Mais, quand la localisation s'est déjà produite, quand le cœur ou les artères ont subi une altération anatomique très profonde, il est trop tard pour recourir à ce mode d'application de l'exercice ; et c'est sous une autre forme que doit intervenir la thérapeutique du mouvement. Ce ne sont plus les effets généraux de l'exercice qu'il faut rechercher, de crainte de provoquer, par l'inévitable excitation qui en résulte, des avaries dans l'appareil circulatoire, dont la résistance est diminuée.

Dans l'artério-sclérose et la myocardite, le système d'Œrtel exposerait le cœur et les artères à des secousses dangereuses et, du reste, ne pourrait être supporté par le malade, à cause de la facilité avec laquelle il s'essouflle. Il en est de même dans l'obésité, quand, par suite d'une hygiène mal conduite ou d'une complication spontanée, une lésion du cœur telle que la dilatation du ventricule droit a transformé en cardiopathie vraie, une affection qui n'avait, en principe, que les apparences d'une affection du cœur. Dans le début, au contraire, quand l'obèse n'est pas encore cardiaque, il n'est aucune médication comparable à la cure-de-terrains, pour éviter de le devenir.

En un mot, dès que le vice de la nutrition a produit directement ou indirectement une lésion anatomique dans l'appareil circulatoire, il faut abandonner, momentanément du moins, toute forme d'exercice capable d'exciter le cœur ; et en adopter une qui agisse sur la circulation périphérique sans augmenterle travail de l'organe central. On aura alors recours au système suédois, avec ses exercices passifs et ses massages ; avec ses mouvements actifs très doux, localisés aux extrémités des membres ; avec ses mouvements de respiration méthodique : à ce système, en un mot, dont l'esprit est de faire appel aux

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forces auxiliaires de l'appareil circulatoire, et non de demander un effort aux organes intrinsèques de cet appareil. Ce n'est qu'après avoir reposé le cœur, par l'emploi de ces procédés dont nous allons, à présent, exposer les principes, qu'on pourra songer à Y exercer par la méthode d'Œrtel.

Retenons, pour le moment, la distinction qu'il faut faire, pour le choix d'une forme de traitement, entre les périodes où il y a seulement imminence de lésion, où les accidents se bornent à des troubles fonctionnels et celles où |a lésion anatomique est confirmée et, par conséquent, la résistance des organes très diminuée.

Uéréthisme cardiaque et Yhypertension artérielle ne sont pas, des obstacles insurmontables pour l'application des exercices d'entraînement, dans les maladies de la nutrition ; mais doivent rendre les débuts du traitement très prudents. Jusqu'à ce que l'accoutumance ait produit un apaisement de l'appareil cardio-vasculaire et que les modifications chimiques du sang, progressivement obtenues, aient diminué la dose des produits organiques viciés, auxquels sont dus l'excitation du cœur et la constriction des artères.

On pourra donc, chez les sujets jeunes et sans lésion cardiaque, permettre les marches et la cure-de-terrains. Mais dès que les accidents seront très accentués et pourront faire craindre une lésion des orifices aortiques, une dégénérescence artérielle, ou la dilation des cavités cardiaques on devra recourir surtout aux exercices méthodiques : la gymnastique suédoise, manuelle ou mécanique, deviendra la méthode de dioix. A cette période aussi, il faudra être très sobre de tout traitement hygiénique capable d'exciter le cœur ou les artères, comme la suée dans l'étuve et les bains thermo minéraux.

Un moment arrive, en un mot, où l'arthritique, après

n'avoir eu que les apparences d'une lésion du cœur, peut devenir un vrai cardiaque et doit être traité comme tel ; tandis qu'au début son appareil circulatoire ne présentait que des désordres fonctionnels, auxquels les effets généraux de l'entraînement pouvaient porter remède.

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