‹ Le traitement des affections du cœur par l'exercice et le mouvementChapitre 34 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES œNTRE-INDICATIONS DE L'EXERCICE DANS LES TROUBLES DE LA CIRCULATION

Rareté des contre-indications absolues; — contre-indications relatives à la dose de travail ; — les moyens de contrôle ; — contre-indications relatives à la forme du mouvement.

Rareté des contre-indications absolues.

A côté des indications que nous venons de formuler et qui ressortent de l'effet qu'il serait désirable de produire, surgissent à chaque instant, dans la pratique, des contre-indications basées sur les difficultés et les dangers de l'exercice, dans les maladies du cœur et des vaisseaux. Dans aucun autre groupe de maladies, les effets nuisibles d'une médication n'en suivent d'aussi près les effets utiles. Aussi est-il aussi urgent de préciser quelles sont les contre-indications de l'exercice que d'en faire ressortir les indications, dans le traitement des troubles cardiaques.

Cependant, les ressources de la médication par l'exercice sont tellement grandes et tellement variées, qu'il y a fort peu de cas où la contre-indication soit formelle et absolue.

La contre-indication consiste surtout dans l'exclusion de certaines formes de l'exercice, comme l'exercice ^^n^aZ actif,

et surtout de certains éléments qui en dénaturent les résultats, comme V effort; mais il est bien rare qu'elle s'applique aux exercices très modérés et très localisés, comme ceux de la gymnastique suédoise, et surtout aux exercices passifs dits de circulation et de respiration, ou au massage.

D'une manière générale la contré-indication est absolue, dans toute afifection aiguë de l'appareil circulatoire et dans tous les troubles de la circulation qui dépendent d'un état fébrile. Il est aussi quelques affections chroniques du cœur ou des vaisseaux, au cours desquelles les mouvements même les plus modérés doivent être interdits.

Dans la plupart des cas, la contre-indication de l'exercice est momentanée, et se déduit moins de la nature même de la maladie et de la lésion anatômique, que de la période de son évolution, et surtout des incidents passagers qui l'aggravent : comme les paroxysmes et les crises, qui portent parfois à une intensité effrayante le degré de la dyspnée ou la tendance aux sync(rpes.

Il est à peine besoin de dire que tout exercice actif doit être supprimé, dans les attaques paroxystiques de V angine de poitrine : là, bien souvent, le moindre effort musculaire mettrait le malade en danger de mort. 11 faut même, dans ces cas, éviter les mouvements locaux, surtout les mouvements du bras gauche, qui ont la spécialité d'aggraver les crises et de provoquer le retour des paroxysmes. Mais, en dehors des crises, la contre-indication n'est pas absolue : elle se limite, comme pour les autres malades sujets à la dyspnée, à l'élimination de l'effort, à la proscription des mouvements abdominaux, et au dosage très méthodique du travail musculaire.

On peut dire, de tous les accidents paroxystiques qui peuvent compliquer momentanément les affections cardiaques,

jce que nous disons des crises d'angine de poitrine. La contreindication absolue d'exercice qui résulte de ces accidents est temporaire, et surgit passagèrement, comme elle pourrait survenir du fait d'une affection aiguë intercurrente. Elle cesse avec les incidents qui l'avaient provoquée, et on ne saurait avoir l'idée de condamner à l'immobilité absolue, dans l'intervalle de ses crises, un homme atteint de sclérose des artères coronaires, quoiqu'on lui interdise formellement de faire un pas au moment de ses accès d'angine de poitrine. On n'aurait surtout aucune raison de lui interdire des exercices méthodiquement réglés, desquels serait exclu tout élément capable d'exciter le cœur, et où le travail serait méthodiquement dosé.

On peut se demander a priori si l'emploi de l'exercice, dans la période A^asystoliey n'est pas un moyen thérapeutique paradoxal. Chacun a pu voir, en effet, que les accidents graves dus à l'insuffisance du muscle cardiaque sont fréquemment améliorés sans autre remède que le repos. Mais il faut se l'appeler que l'asystolie peut être favorisée par deux conditions diamétralement opposées, qui sont le surmenage et l'insuffisance d'exercice. A chaque instant, au courant de ce livre, nous avons eu l'occasion d'insister sur ce point.

C'est pour avoir fait confusion entre les différentes causes qui peuvent conduire au même aboutissant pathologique, qu'on a méconnu les indications ^e l'exercice musculaire dans les cardiopathies.

Il est incontestable que le repos produit chez certains cardiaques en asystolie de merveilleux résultats. Dans les hôpitaux, on voit des malades arriver avec la face cyanosée, les jambes œdémateuses, la respiration haletante, le cœur tellement troublé, que l'auscultation en est impossible. Et quel-

ques jours de repos au lit suffisent parfois, pour faire disparaître les plus graves de ces symptômes, avant même que le malade ait subi aucun traitement. Si bien que Huchard a pu dire : Le repos est déjà la digitale du cceurK

Mais que prouve un pareil résultat contre la médication par l'exercice?

Les malades cardiaques des hôpitaux sont à peu près tous arrivés, au moment de leur entrée, au dernier degré de répuisement par le travail et surtout par Yefforty auquel la plupart des professions manuelles exposent Touvrier. Ces € surmenés » dont les troubles circulatoires guérissent par le repos, ressemblent, au point de vue thérapeutique, à ces malheureux épuisés de misère et de faim, dont toutes les maladies sont améliorées par une alimentation copieuse et succulente. On voit engraisser en quelques semaines des phtisiques de la classe pauvre, quand on peut les mettre au même régime alimentaire qui n'empêche pas les riches de maigrir, s'ils sont atteints de la même maladie.

Chez le portefaix, le terrassier, l'homme de peine, l'exercice est plus que suffisant ; ruais le cœur est fréquemment surmené et « forcé » soit par l'exagération du travail, soit surtout par cet élément accidentel du travail musculaire dont nous avons montré les funestes effets, l'effort thoraco-abdominal. Chez ces hommes endurcis à la fatigue, les réflexes de l'appareil circulatoire sont atténués par l'accoutumance, et l'essoufflement est, pour cette raison, moins prompt que chez les hommes de la classe aisée, à lésion égale du cœur. Un avertissement utile se trouve ainsi, sinon supprimé, au moins rendu moins impérieux. Il est, pour cette raison, plus facile à l'homme du peuple qu'à l'autre d'aller au delà de la

Page 1