AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DU TRAITEMENT DANS LES FAMILLES
Celte rapide revue de F assistance des aliénés en Belgique, en Ecosse, en Amérique, etc., nous montre que les aliénés pauvres peuvent être secourus dans les maisons privées, et que ce mode d'assistance convient surtout aux aliénés inoffensifs et incurables.
Le traitement dans les maisons privées est-il applicable aux malades curables ? Les statistiques de Gheel et du boardlng-out en Ecosse ne sont guère favorables, mais le petit nombre de guérisons tient en grande partie au choix des malades et à l'organisation de ces institutions qui, jusqu'à présent au moins, ne permettent pas une thérapeutique active.
La possibilité da traitement des aliénés dans les habitations privées est difficile à juger surtout en France où la plupart des auteurs, qui en ont traité incidement, sont des médecins attachés à des asiles publics ou privés et ont pu être influencés sinon par leurs intérêts au moins par leur éducation. En fait, ce mode de traitement est à peu près inusité, et il est proscrit par nos meilleurs maîtres. Il n'en est pas de même dans d'autres pays et particulièrement en Angleterre où, comme nous l'avons vu, plusieurs autorités recommandables se prononcent catégoriquement pour le traitement en dehors des asiles.
Je m'inspirerai de leur enseignement pour chercher à résoudre cette question du traitement privé.
Je ne fais que rappeler qu'un aliéné peut être traité dans trois conditions différentes : 1° clans sa propre maison ; 2° dans une maison privée mais avec des étrangers ; 3° dans un asile ; et je passe rapidement en revue les avantages et les inconvénients de ces trois modes de traitement.
Le traitement dans la propre maison est suivi avec avantage par un certain nombre de ma-
lades1. Mais il faut bien reconnaître que l'aliéné soigné dans sa maison ne se trouve pas en général dans des conditions favorables. Si les causes qui ont provoqué les troubles mentaux ont disparu, elles sont souvent au moins rappelées par les objets qui entourent le malade. Il reste entouré de ses parents ou de ses domestiques, sur lesquels il a conservé de l'influence ou de l'autorité, et qui sont généralement incapables de lui imposer la contrainte nécessaire. 11 reçoit difficilement des conseils de ceux à qui il est habitué à doner des ordres. Il résulte de ces rapports des froissements pénibles bien propres à exaspérer le mal et à en prolonger la durée.
Quand on arrive auprès d'un aliéné ce n'est pas lui seul qu'il faut observer. Il est indispensable de savoir non seulement dans quelle mesure ceux qui l'entourent ont joué un rôle dans la production des troubles, dans quelle mesure ils désirent sa guérison et dans quelle mesure ils sont capables d'y contribuer.
Il faut ajouter d'ailleurs que les parents et
1. Newth, Cases of insanity in gênerai practice (The joam. of mental science, 1892, p. 80).
les amis sont les plus mauvais gardiens que Ton puisse donner à un aliéné, parce qu'ils manquent de la fermeté nécessaire pour assurer la discipline et que leur intervention irrite le malade plus qu'aucune autre. Quelle que soit leur valeur intellectuelle et morale, les parents sont souvent sans aucune autorité : on est surpris de voir des malades céder à des personnes même grossières par le seul fait qu'elles sont étrangères. Cette remarque n'est pas d'ailleurs exclusive aux aliénés.
Il est peu de cas dans lesquels on puisse impunément manquer à la règle de l'isolement des aliénés. Or l'isolement dans une partie de l'habitation commune est à peu près impraticable.
Une autre considération qui n'est pas sans valeur et que le médecin de la famille ne doit pas perdre de vue : c'est que les veilles prolongées auprès d'un malade de ce genre, jointes aux préoccupations de l'affection et aux charges ordinaires de la vie, constituent un des procédés les plus propres à amener Fépuisement nerveux1, principalement chez les sujets prédispo-