Weir Mitchell, Doctor and patient ; Edinb., 4887, 2° éd
ses. Ceux qui ont pris la tache de soigner un parent aliéné dans leur maison sont bientôt incapables de subvenir aux nécessités de leurs propres fonctions : il n'est pas rare qu'un dévouement mal entendu entraîne la ruine intellectuelle et financière de toute une famille.
Le malade peut être placé dans une maison étrangère tout en restant sous la direction de sa famille qui l'a entouré de gardiens de son choix et étrangers à son service ordinaire. Il peut encore être recueilli dans une famille étrangère qui se charge à la fois de la surveillance et des soins. Enfin il peut être traité dans la maison particulière d'un médecin qui en accepte la charge. Ces deux derniers modes d'isolement peu ou point pratiqués en France, le sont davantage dans des pays voisins où ils rendent de grands services. Les personnes appartenant ou non à la profession médicale, qui désirent prendre soin d'aliénés, de quelque catégorie que ce soit, font connaître leurs dispositions aux médecins qui peuvent avoir besoin d'avoir recours à elles, et se mettent ainsi en rapport avec les familles intéressées.
Quel que soit le plan adopté, le médecin qui dirige le traitement doit avoir sinon le choix, du moins la direction du personnel qui entoure le malade. La famille doit être prévenue de la nécessité absolue d'un isolement effectif. Il est convenu que l'isolement ne doit pas se borner à l'interdiction des visites des amis ou des parents, mais que toute correspondance doit être aussi strictement prohibée. Pour être maître de prolonger autant qu'il est nécessaire les mesures disciplinaires qu'il a adoptées, le médecin doit toujours réserver le pronostic, et avertir les intéressés que les guérisons dans les maladies mentales ne s'effectuent pas à échéance fixe comme dans un certain nombre de maladies aiguës. Ces maladies sont sujettes à des alternatives de mieux et de pis ; leur durée est généralement longue ; il faut souvent compter par mois et non par jours ou par semaines.
Lorsque le traitement dans une maison privée est praticable, il présente plusieurs avantages qui ne sont pas à dédaigner. Le malade, entouré de personnes exclusivement appliquées à sa cure, peut être plus efficacement soigné que dans un asile où le personnel doit s'occuper de
malades nombreux. Il est plus efficacement maintenu par les convenances chez des étrangers, que chez les siens. Dans les familles qui les accueillent, les malades ne sont pas affligés par la vue d'autres aliénés qui les troublent, les effraient, dont le souvenir reste gravé dans leur esprit et les empêche d'oublier leur mal, même lorsqu'il est guéri. Ils peuvent plus facilement exercer par intervalle leur esprit et mieux résister à la déchéance intellectuelle. D'autre part, leur maladie peut plus facilement être tenue secrète, ce qui constitue pour eux un grand avantage pour l'avenir.
Enfin la famille reste plus maîtresse de surveiller le traitement, de prendre l'avis de qui a sa confiance et de veiller h son exécution : ce n'est pas que les avis ne puissent pas pénétrer dans les asiles ou les maisons de santé, mais ils y sont peut-être plus rarement suivis.
A ces avantages il faut opposer quelques inconvénients. Il est quelquefois difficile de se procurer un local convenable et surtout des gardiens sûrs pouvant se passer d'une surveillance constante. Les faits imprévus peuvent moins facilement que dans un asile être signa1
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lés au médecin en temps utile. Les phénomènes d'excitation, les actes violents, les tentatives homicides, suicides, peuvent, moins aisément, être comprimés.
Dans les familles, la principale préoccupation est de dissimuler l'état mental du malade et de le tenir aussi calme que possible ; il en résulte qu'on a une grande tendance à le tenir confiné plutôt qu'à le faire vivre au grand air et à abuser des narcotiques en négligeant le traitement général ; on déprime lorsqu'il faudrait tonifier et on fait plus souvent preuve de zèle que de tact1. Ces tendances doivent être toujours présentes à l'esprit si on veut éviter de s'y laisser aller.
En outre, si le malade est resté en dehors de la tutelle administrative, sa fortune peut courir des dangers sérieux ; car dans les familles d'aliénés, il n'est pas rare de rencontrer d'autres tares : les intérêts des malades peuvent se trouver compromis aussi bien par ses proches que par des étrangers.
Lorsqu'on entre dans la maison d'un aliéné,
1. Yellowlees, Notes on the treatmcnt ofinsane patients in private praetice (Brit. med. journ., 1871, t. II, p. loi).
il faut se représenter que Ton plonge clans un bouillon de culture où se développent concurremment la folie et la délinquance, il faut se tenir sur ses gardes aussi bien contre l'erreur que contre la fraude et s'en rapporter surtout à ses propres yeux.
Le traitement dans un asile est le seul qui convient aux aliénés extrêmement violents et dangereux, qui ont des impulsions suicides, homicides, incendiaires, les persécutés à la période de systématisation, ou encore à ceux qui montrent des perversions instinctives telles qu'ils sont une cause permanente de scandale. Les malades difficiles à conduire sont moins exposés à être maltraités dans les asiles où le personnel est en nombre pour leur résister et les contenir, que lorsqu'ils sont remis aux soins de gardiens insuffisants.
L'agitation des psychoses aiguës ou des épisodes aigus au cours des états chroniques (agitation maniaque, de mélancolie, de stupeur, de confusion hallucinatoire, de démence aiguë, les délires toxiques, des épileptiques, des paralytiques généraux, etc.) peut être calmée par le repos au lit continu ou interrompu pendant
quelques heures, mais nécessite une surveillance soigneuse1.
Le changement de milieu qui peut être utile au cours du traitement de certaines formes d'aliénation, et qui a quelquefois été réalisé par le transport d'un asile dans un autre2 peut être pratiqué avec la plus grande facilité dans le système familial.
Un des plus grands obstacles au traitement des aliénés clans les familles est la difficulté de trouver des gardes convenables3.
1. P. Sérieux, Le traitement des mélancoliques par le repos au lit {Revue de psychiatrie, 1897, p. 194). — A. Lacombe, Contribution à V étude du traitement des aliénés par le repos au lit, th. 1898. — Pochon, Etude sur le traitement des aliénés agités par le repos au lit, th. 1899. — P. Meunier. Mesures de quelques modifications physiologiques provoquées chez les aliénés par V alitement thérapeutique, th. 1900.
2. Urquhart, The sixty sixth annual report of James Murray's Royal asylum, 1893. p. 8.
3. Coe, The care of the insane in private practice [Joum of amer. mecl. assoc, 1897, p. 433).