Daquin, Philosophie de la folie. Paris, 1792, p
b L ASSISTANCE DES ALIENES DANS LES FAMILLES
disait M. Calmeil, un puissant remède contre la folie », ce remède n'est pas indispensable.
Répondant à la commission d'enquête de la Chambre des Communes en 1867, Sir James Cox dit que la plus forte proportion de guérisons et les sorties les plus hâtives observées en Ecosse Font été dans l'asile de Renfrewshire où les malades pouvaient être admis avec le moins de formalités préliminaires et il ajoutait que les guérisons seraient encore plus fréquentes et plus rapides si les sorties s'obtenaient plus facilement.
Ces observations peuvent prouver que plus un moyen d'assistance est accessible plus grande est la tendance à en abuser ; mais elles ne constituent pas un argument péremptoire en faveur de la séquestration systématique et précoce. Rien ne prouve que les malades si facilement admis n'auraient pas guéri sans être séquestrés : les médecins d'asiles publics ou privés qui condamnent tout traitement entrepris hors de ces établissements peuvent utiliser h l'appui de leur thèse l'incurabilité des malades qui leur arrivent après de longues tentatives infructueuses, mais ils ne peuvent pas faire la statistique de ceux qui guérissent dans leurs familles, et sur
lesquels ils n'ont et ne peuvent avoir aucune notion.
Les agglomérations d'aliénés, telles qu'elles existent clans les asiles, peu favorables d'ailleurs au traitement individuel d'affections très diverses, altèrent singulièrement la valeur de la mesure hygiénique dont ils ont été l'objet1 : on peut dire, avec M. Batty Tuke, que si un certain nombre de malades guérissent à cause d'elle, et un certain nombre malgré elle, c'est à elle qu'il faut attribuer la démence d'un certain nombre d'autres2, il y a une démence des asiles, entretenue par l'inertie et l'uniformité de la discipliner
Ou les a séquestrés pour les faire jouir des avantages de l'isolement ; ils sont bien isolés de leur milieu, mais ils sont confinés dans un milieu morbide. Les mélancoliques sont particulièrement portés à trouver à l'asile l'aspect
1. Guislain, Leçons orales sur les phrénopathics, 9e éd., 1880, t. II, p. 172.
2. Lunatics as patients, not prisoners (Nineteenth century, avril 1889, p. 603.
3. Conolly Norman, The domestic treatmcnt of the insanc [Dublin journ. of Méd. se, 1896, 3e s., CI p. 112).
d'une prison et à y puiser les éléments d'un délire de condamnation, de criminalité. Les récits des autres malades ont souvent une influence néfaste. Dans un grand nombre de cas, ce milieu nouveau, si morbide soit-il, est favorable à l'évolution de la maladie mentale. On voit souvent l'excitation la plus bruyante se calmer dès l'entrée du malade dans l'asile ; et il ne faut pas croire que la contagion des idées délirantes soit fréquente. La vie en commun, l'ordre et la discipline qui doivent nécessairement régner dans l'asile constituent des conditions morales des plus favorables à la guérison. Cependant un bon nombre d'aliénés, et en particulier ceux qui sont atteints des formes dépressives, ceux qui ont conservé la plus grande partie de leurs facultés et de leur conscience, souffrent du contact des autres malades, et sont vivement affectés par la discipline commune et par la perte absolue de leur liberté ; et on peut dire qu'à un certain nombre d'entre eux au moins la séquestration fait perdre le bénéfice de l'isolement. « J'ai vu, dit Marcé *, chez quel-