OBSERVATION XVI
(Personnelle.)
M°° Th... 56 ans. Hernie crurale droite étranglée depuis six jours.
La malade, qui avait une hernie crurale droite depuis un an, ressent brusquement, le 27 août 1937, une douleur vive au niveau de sa hernie, puis présente des vomissements. Les jours suivants les vomissements se répètent, ils s’accompagnent d’arrêt total des matières et des gaz. Elle prend 15 gr. de sulfate de soude les 28, 29 et 30 août sans résultat. Le 31 août, les vomissements persistant ainsi qu’une constipation absolue, elle prend en une seule fois 40 gr. de sulfate de soude sans plus de résultat. Le 2 septembre, elle fait alors venir un médecin qui l’envoie d’urgence dans le Service du D' Jean Berger. À son arrivée, le matin, elle présente un ventre ballonné, surtout dans la région périombilicale, tympanique, sans défense musculaire. On constate dans la région crurale droite l’existence d’une tumeur tendue et du volume d’une grosse amande ; elle est à peine sensible à la palpation. Pendant l’examen,
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on voit se dessiner sous la paroi quelques contractions péristaltiques. La malade présente un état nauséeux, elle est amaigrie, fatiguée.
Intervention d'urgence le 2 septembre 1937. Anesthésie générale à l’éther. Incision parallèle à l’arcade crurale. Ouverture du sac. Nous trouvons une anse intestinale noirâtre sur une étendue de 5 em. environ. En l’attirant dans la plaie, on s'aperçoit qu’au niveau du sillon d’étranglement existent plusieurs petites perforations. Débridement du collet. On fixe l’anse gangrénée aux téguments.
Suites opératoires : Dans la soirée du même jour on fait à la malade 22 gr. de sel intraveineux en goutte à goutte (solution à 4%), 500 gr. de sérum physiologique souscutané et 500 gr. de sérum giucosé intrarectal. Huile camphrée. Caféïine. Nous répétons le même traitement les jours suivants (20 gr. de sel le deuxième jour et 15 gr. le troisième jour). Les fistules donnent abondamment, laissant passer, semble-t-il, la totalité du contenu intestinal qui est liquide et altère rapidement les téguments. Ceux-ci sont rouges, ulcérés et font horriblement souffrir la malade. On dispose une épaisse couche d’oxyplastine qui calme assez bien ces lésions. La malade ne présente ni selle ni gaz par l'anus. Son état général s’est amélioré, à tel point qu’au quatrième jour on cesse les injections de sel intraveineux. Elle s’alimente normalement. Néanmoins, les cinquième et sixième jours, elle sent ses forces diminuer. Le septième jour nous lui refaisons 10 gr. de sel intraveineux (solution à 4 %) et dans les heures qui suivent, son état s’améliore. Nous répétons cette injection journellement et nous pouvons réintervenir dix jours après la première opération sur une malade présentant un état général satisfaisant.
Deuxième intervention le 12 septembre 1937. Anesthésie générale à l’éther. Laparotomie médiane sous-ombilicale. Nous repérons lanse afférente et l’anse efférente. Cette dernière est de dimensions considérablement réduites. Il n'existe aucune réaction de péritonite localisée. Etablissement d’une large anastomose au pied de l’anse, au catgut chromé. Fermeture de la paroi sans drainage.
Suites opératoires excellentes. Le 13 septembre, on fait à la malade 15 gr. de sel intraveineux, Le 14 septembre,
l'écoulement par les fistules a considérablement diminué.
La malade rend des gaz par l’anus. Le 15 septembre, trouvant la malade un peu fatiguée, nous lui faisons une petite transfusion de 150 gr. Le 16 septembre, elle a une selle après lavement. Le 20 septembre, il s'écoule encore une petite quantité de liquide par l’anse fistulisée.
Troisième intervention le 23 septembre 1937. Anesthésie générale à l’éther. Laparotomie médiane sous-ombilicale. On vérifie le bon fonctionnement de l’anastomose. Section de l’anse fistulisée. Fermeture des deux bouts intestinaux près de l’anastomose. Ablation de l’anse exclue par voie crurale. Suture des plans musculaires au catgut chromé.
Suites opératoires. Le 26 septembre, un petit lavement d'huile ramène des matières ; le 27 septembre, selle spontanée.
Le 5 octobre, petite crise de ballonnement avec élévation thermique qui cesse après une injection d’atropine. La malade quitte l’hôpital guérie à la fin octobre. Fin décembre, nous avons eu de ses nouvelles, elle a repris son activité normale.