‹ Le traitement des maladies du cœur et de l'aorte en clientèleChapitre 17 sur 58 · I. — Les tachycardies · texte numérisé non relu

I. — Les tachycardies

Les indications thërapeutiqaes que commandent les tachycardies sont nombreuses et diverses. Il est parfois difficile de les dëmôler. L*àge des sujets permet une première orientation. Les impressions nerveuses sont plus vives dans la jeunesse : elles retentissent volontiers sur les centres d*innervation cardiaque. De là une première classe de tachycardies d'origine névropathique, ou réflexe. Ajoutons les maladies infectieuses plus fréquentes ; nous aurons en plus les tachycardies fébriles^ de la convalescence. Les affections du cœur tiennent leur place à côté des autres causes de tachycardies. Seulement elles ne comptent guère que pour un chitTre assez réduit. A la Clinique du cœur, la moitié seulement des sujets qui venaient consulter pour des palpitations cardiaques étaient atteints d*une affection cardiaque. Au-dessus de 40 ans, il faut se méfier davantage. Les réactions nerveuses sont moins promptes ; pour les mettre en branle il faut souvent des causes plus sérieuses, une altération lésionale prononcée. Huchard conseillait de se méfier de la tachycardie de la cinquan-

laine. Elle peut constituer le premier signe d'une nëphro sclérose qui s'annonce. Toutefois ce n*est point là une règle absolue, même h cet âge avancé Tinfluence nerveuse peut réclamer son compte. Un confrère âgé de 63 ans, nous a adressé son observation. Pendant 28 mois, il a été atteint d une tachycardie atteignant et dépassant 165 pulsations. Pas d'oppression : tous les traitements sont impuissants. A un moment donné, la tachycardie cesse au repos et dans la nuit; mais elle ne guérit définitivement qu'au bout de 38 mois. Des impressions morales vives, le surmenage professionnel étaient les seules causes appréciables.

Nous diviserons notre étude en deux chapitres : 1^ les tachycardies de la jeunesse ; 2* les tachycardies de Tâge mûr.

1® Tachycardiei de la jeunesse. — Une jeune fille se présente atteinte de tachycardie. Elle est pâle, s'oppresse aux montées, se sent faible. Trois appareils doivent être examinés avec le plus grand soin : le tube digestif, le cœur, le poumon. Il existe des frou&/e« d^/spepiiques, la bouche pâteuse, de la constipation. C'est le régime alimentaire approprié, remploi des laxatifs, des amers qui remettront peu à peu les choses en état. Dans l'alimentation, il faut surtout interdire le pain, les condiments, les crudités, les graisses. Des pâtes, des œufs, des purées, des viandes grillées seront conseillés ; en plus, au coucher, une poudre laxative :

Magnésie calcinée 30 grammes.

Crème de tartre 30 —

Essence d'anis III gouttes.

1 cuillerée à café au coucher.

Ou bien une infusion de séné (Is^^SO de feuilles) ou une décoction de rhamnus frangula (bourdaine 3 h 4 gr.) qui réussissent assez bien et seront prises au coucher.

Dix minutes avant les repas, quelques gouttes amères (V à X gouttes de teinture de noix vomique) dans 4/2 verre d'eau de Vichy (Célestins).

S'il existe des vers intestinaux, on donnera les parasiticides requis.

La jeune fille maigrit-elle? Souffre- t-elle de crampes, de douleurs à Testomac, dort-elle mal, les préparations bismuthées vaudront mieux que les bicarbonates alcalins.

Soit:

Sous-nitrato de bismulh ....... \

Magnésie hydratée ^1 gramme.

Sucre pulvérisé ;

Pour 1 paquet.

Un paquet à jeun et au coucher. Un troisième dans Taprèsmidi si les troubles persistent.

Les quantités de magnésie sont diminuées ou augmentâmes suivant l'eATet produit.

Même si la jeune fille est pâle et anémique elle commencera toujours par le traitement des troubles dyspeptiques. Les ferf*ugineicx ne seront administrés que par la suite. Quand on recourt à des préparations ferrugineuses^ il est toujours prudent de continuer concurremment l'emploi des laxatifs. Une préparation ferrugineuse aux repas, le laxatif au coucber ; rien de plus efficace pour remonter rapidement l'état général.

Le traitement hydrothérapique fera du bien : le plus simple consiste dans l'application des compresses

froides et l'usage des bains. Le soir, couvrir la région cardiaque d*un mouchoir trempé dans Teau fraîche et exprimé. Entourer de taffetas gommé et de coton et garder 1 à 3 heures. Quant aux bains, nous recommandons volontiers les bains de 25* à SS"" de 3 à 4 minutes de durée ; marcher t/2 heure avant le baini 1/4 d'heure après. Un bain tous les jours pendant 40 jours. Les douches pourront être utilisées en ville; nous avons retiré d*au3si bons effets de remploi des bains.

L*examen du cceur sera pratiqué avec soin. La tachycardie peut accompagner toutes les affections cardiaques. Souvent elle indique un état nerveux greffé sur la maladie de Torgane. Cest ainsi que VinsuffUance aortique se complique souvent d'un état neurasthénique qui est la cause de la tachycardie constatée. Cet état neurasthénique lui-même est susceptible d'engen* drer des troubles dyspeptiques. Traitons la neurasthénie, traitons surtout la dyspepsie, faisons revenir les malades, rassuronsles. Il s*agit de les convaincre que leur faiblesse dépend non seulement de la maladie du cœur qu'ils savent incurable, mais d'un épuisement nerveux surajouté et qui passera certainement.

La tachycardie, au lieu de dépendre de l'état nerveux concomitant, peut être commandée par l'état du cœur lui-même. Elle signifle fréquemment alors état hypo* tyztolique, ou encore compression de pneumogastrique^ ou encore trouble dans les régions du cœur qui règlent son rythme normal (tachycardie paroxystique).

L'état hyposystolique est le plus ordinairement en cause. On le reconnaît à la déviation de la pointe du

MALAOltS l>0 COEUR BT Dl l'AOUTI 7

cœur en dehors du mamelon, fait qui signifie dilatation des cavités cardiaques. On le reconnaît encore et plus aisément à Texamen du foie. Dans les états hyposystoliques, le foie s*hypertrophie, devient douloureux. 11 peut même à ce point absorber Tattention du clinicien que' l'altération cardiaque qui lui donne naissance passe inaperçue, faute d'une auscultation suffisante. Le foie grossi peut s'accompagner d ascite. On songe à une péritonite tuberculeuse. Un examen attentif du cœur aurait permis d'éviter l'erreur.

Un souffle d'insuffisance milrale, un roulement de rétrécissement mitral peuvent être perçus en pareil cas.

Sans doute, dans les cas d'hyposystolie, c'est ordinairement non de la tachycardie pure, mais de la tachyarythmie qui est observée. Les battements du cœur sont rapides et irréguliers. Dans certains exemples et quand les cavités cardiaques étant nettement dilatées, les oreillettes demeurent saines il semble toutefois que la tachycardie simple puisse être observée, les battements conservant la régularité de leur rythme. C'est là un fait pratique trop peu connu. On a trop tendance à faire de l'arythmie une conséquence obligée de l'hyposystolie. L'arythmie pçut faire défaut et la tachycardie se poursuivre seule.

11 existe une affection cardiaque fort grave dont la tachycardie est lesymptôme dominant et parfois unique. C'est la symphyse cardiaque. Il y faut songer lorsque les antécédents signalent l'existence d'une péricardite ou encore dans les cas d'absence de souffles orificiels. Le foie est d'ordinaire très hypertrophié. L'origine de la maladie peut être rhumatismale ; mais la tuberculose est assez souvent en jeu. On se trouve alors en face de

la cifThose cardio-iuberculeuse. A remarquer, comme nous l'avons fait, que le pronostic dans cette maladie ne doit pas être trop poussé au noir. Les malades à foie très gros peuvent survivre très longtemps. Leur hypertrophie hépatique constitue une sorte de soupape de sûreté qui emmagasine le sang veineux et diminue le travail du cœur. La coexistence de la tachycardie et d'une hypertrophie hépatique ne doit pas toujours faire conclure à un foie d'origine cardiaque. Il peut fort bien s'agir d'une ciirhose hépatique accompagnée à sa période terminale de paralysie des centres d'innervation cardiaque. La notion des antécédents et de révolution, la coexistence d'une grosse rate dans la cirrhose, l'insuccès de la digitaline feront pencher vers une cirrhose. Il ne s'agit pas de se tromper; car le pronostic dans la cirrhose est fort grave.

Dans les cas d'hyposystolie, on connaît le traitement à opposer : repos au lit, régime hydro-lacté, digitaline donnéesystématiquement: 1/10 de milligramme, continuée 10 à 12 jours, interrompue 3 à 5 jours, reprise 10 jours et cela indéOniment.

Les fonctions digestives et le cœur sont normaux. Il n'existe pas d'état nerveux susceptible d'expliquer la tachycardie. D'ailleurs celle-ci est permanente et dans les états nerveux elle cesse volontiers, est coupée de rémissions plus ou moins prolongées. Il faut penser à la tuberculose. Cette maladie au début s'accompagne souvent de Uchycardie. Prenons avec soin la température du soir ; si elle s'élève aux environs de 37o,8 ou 38*, faisons quelques réserves, toutefois sans avertir les familles d'une façon trop explicite. On n'est jamais

sûr quMl s'agit certainement d'une tuberculose et si Ton se trompait ! Le mot de tuberculose n*est jamais accueilli favorablement. Il faut se garder de jeter la terreur dans les familles. Le médecin qui soupçonnera la tuberculose, conseillera le repos, Talimentation , les injections sous-cutanëes de cacodylate de soude (ces dernières B*il n'y a pas de fièvre). Il fera prendre la température matin et soir, surveillera son malade de près.

Aucune des causes précédentes ne peut être invoquée. Le pouls est fréquent, le cœur, Testomac, le poumon paraissent normaux. Faut-il songer à une tachycardie physiologique ? Celles-ci sont fort rares en dehors de la première enfance ; on les rencontre dans les mois qui suivent l'atteinte d'une maladie infectieuse grave, telle que la fièvre typhoïde. Nombre de sujets présentent à ce moment un pouls qui oscille entre 90 et 400 pulsations; généralement les troubles cèdent peu k peu. Il n'y a pas de traitement spécial. En parlant des dyspepsies, nous avons eu l'occasion de signaler les états anémiques comme causes de tachycardies. On institue le traitement ferrugineux quand la dyspepsie est guérie.

Dans les états névropathiques, tels que l'hystérie, on usera des bains frais ou froids, comme nous avons dit. Vhystérie supporte en général bien l'eau froide, au contraire de la neurasthénie, qui s*en accommode fort mal. On peut donner à l'hystérique des douches froides de quelques secondes de durée, ou des bains froids (18*) très courts (une demi kl minute). Aux palpitations des neurasthéniques, on conseillera plutôt les douches tièdes de 2 k 3 minutes, ou encore les bains frais k 30®,

de 3 à 4 minutes. Douches ou bains quotidiens. A continuer 6 semaines environ. Exceptionnellement on songera k Vépilepsie. On peut observer dans cette maladie de yéritables crises cardiaques avec tachycardie. Cest le régime alimentaire, Thygiène moralo, le bro» mure de potassium qui doivent être conseillés. La maladie de Basedow est plus fréquente à partir de la quarantième année ; nous en parlerons tout à Theure.

Toutefois toutes les tachycardies névrosiques peuvent s'accompagner de crises hypertensives passagères et des médecins * pensent que ces crises à la longue seraient susceptibles de produire un certain degré d*hypertrophie cardiaque, favorisée elle-même par la progression graduelle de l hypertension primitive. Pareille conception ne nous semble nullement autorisée.

Ces hypertensions artérielles, tout d*abord, ne sont jamais élevées. La tension maxima atteint 18 à !21 (au Pachon), la tension minima demeure normale (6 à 10). D'autre part, ces hypertensions varient d'une heure h Tautre ; elles cèdent avec le repos, pour reprendre sous l'effet d'une marche, d'une fatigue, d'une émotion. Il n'y a pas là vraiment do quoi fatiguer un cœur, surtout si Ton songe à la facilité avec laquelle cet organe supporte certaines hypertensions considérables et permanentes. 11 existe des sujets âgés (50 à 70 ans) sans lésions rénales apparentes qui tolèrent pendant des années des hypertensions continues; ils marquent de 23 à 25 (T. max.), de 10 à 12 (T. min.) ; leur cœur ne se fatigue pas, ne s'accélère pas. Ces sujets, dont les parois artérielles semblent seules malades, sont exposés

i, Gàllavardin. Arch. mal. cœur, février 11>16.

lOi LES MALADIES DU CŒUR ET DE LAORTE

non pas aux accidents cardiaques, mais aux hémorragies cérébrales.

Si le cœur se fatigue, ce n*est point suite d*uQe hypertension très faible, c*est suite delà tachycardie permanente. Encore faut-il que celle-ci se prolonge des années. Nous ne parlerons pas de la tachycardie paro^ xyslique, qui nous retiendra tout à l'heure et dont les conditions d*origine — contraction simultanée de Toreillette et du ventricule, avec suppression de Tintervalle de 15 centièmes de seconde qui les sépare à Tétat normal — dont les conditions d'origine toutes spécial^ amènent une défaillance rapide du myocarde. Il ne s*agit, dans l'espèce, que des tachycardies thyroïdiennes, toxiques ou autres.

S'agit-il d'une tachycardie thyroïdienne, un élément toxique intervient qui, à c6té de la tachycardie, peut affaiblir le myocarde. Cet élément toxique lui-même ne jouit que d*un pouvoir nocif très limité. Rares, les basedowiens qui présentent des troubles d'insuffisance myocardique. Dans notre carrière déjà longue, sur des douzaines de malades, nous n'en avons observé que deux, dont le myocarde fléchissait au bout de sept à douze années de maladie non soignée. En général la faradisalion du goitre associée ou non aux médications opothérapiques, au salicylate de soude ou à la quinine, suffit pour enrayer le mal et empêcher toute atteinte du myocarde.

A plus forte raison, si les fléchissements cardiaques sont exceptionnels dans la maladie de Basedow, n'existent-ils pas dans les formes tachycardiques, ou l'excitation sympathique semble exister, en dehors de toute

sérieuse iDtoxication surajoutée. Les troubles fonctionoels du cœur n'entralneiit pas de maladies organiques. Faut-il rappeler le nombre incalculable de femmes étonnamment âgées qui, leur jeunesse durant et jusqu'après la ménopause, ont été atteintes de tachycardie avec palpitations? Elles dépassent quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans, ayant vu inscrites sur des diagnostics posés quarante ans auparavant, des étiquettes menaçantes et sombres. L'an dernier succombait, âgée de 76 ans, une femme condamnée par Potain en 1889, à l'occasion de troubles cardiaques graves de la ménopause. Au dire de Potain, elle ne devait pas survivre à l'année 1889. Elle est morte en 1916, et non de son cœur mais d'une péritonite consécutive à un cancer utérin.

Laisser penser que les névroses tachycardiques peuvent aboutir à des accidents ultérieurs graves est une vue de l'esprit qui n'offre pas seulement l'inconvénient d'être en désaccord avec les données de la clinique. Elle comporte un danger thérapeutique évident. Tous ces malades sont des anxieux : la condition pour eux du succès thérapeutique est la certitude que leurs misères prendront Un et qu'aucun risque n'est à craindre pour l'avenir. Si le médecin hésite, s'il craint l'affirmation qui rassure en raison d'éventualités fâcheuses qu il redoute, les bienfaits de la médication deviennent fort aléatoires. Les malades s'enfonceront dans l'obsession d'une maladie incurable et n'en sortiront plus.

il n'est nullement à s'étonner que la digitale ait échoué en semblables conditions. Ce qu'il faut pour guérir, c'est agir sur le sympathique du sujet. Trois voies sont offertes : la voie stomacale^ avec l'institution

du régime alimeataire, la régularisation des garde* robes, Tusage des préparations bismuthées, et le trai* tement mènera au résultat désiré pour peu que le sujet accuse des malaises dyspeptiques concomitants ; 2^ la voie nerveuse, avec les sédatifs nervins qui n'irritent pas Testomac : valériane, teinture de cratœgus; 3^ la voie psychique, par affirmation de la curabilité rapide, par règlement d une vie bien entendue, et tous les moyens de suggestion persuasive dont dispose la perspicacité du médecin.

Cette digression étant close sur l'action hypertensire possible des tachycardies névrosiques, revenons maintenant à la suite de notre sujet.

Si le teint du malade est bronzé et qu'une grande asthénie accompagne le moindre effort, le médecin son* géra à la maladie d'Addùon. La, poudre de glandes surrénales (i cachets de 30 centigr.) est en pareil cas la médication requise. Un jeune homme de Varsovie âgé de 24 ans avait une maladie d'Addison avec pouls à 120 depuis plusieurs mois. Il suffit du repos au lit et de la poudre de glandes surrénales pour voir en quelques jours les forces reparaître et le pouls tomber à 76.

Autrement répandues chez les jeunes gens sont les tachycardies toxiques liées à Tabus du tabac, de Talcool et du café. La cause de la maladie implique le traitement. Il faut supprimer le poison. Citons pour mémoire les tachycardies par intoxication médicamenteuse : digitale ou atropine. La première surtout de ces intoxications est fréquente. Il ne s'agit pas de prescrire la digitaline à doses élevées et continues ; le

remède 8*accumule, il produit des nausées, des phénomènes délirants éclatent, le pouls bat avec rapidité. Continuer le remède est s'exposer à des accidents grayes. En le prescrivant aux doses de i/4 de milligramme de digitaline cristallisée 1 à 3 jours de suite, et en continuant par des doses plus faibles (1/10 milligramme), il n*y a aucun danger. Les doses de 1/10 de milligramme, surtout quand le malade se donne quelque exercice, peuvent être continuées presque indéfiniment; nous donnons par exemple, aux tacbycardiques cardiorénaux gravement atteints V gouttes de digitaline (solution alcool à 1/100010 jours, II gouttes 3 jours, V gouttes 10 jours). Pendant des mois la médication est continuée sans inconvénient. Pai^fuis môme la tolérance est plus grande encore. A la consultation de Necker, nous avons vu un malade atteint d'une lésion mitrale avec hyposystolie et gros foie. Le soulagement qu'il éprouvait des prisesde digitaline n'était que temporaire. De lui-même, il se mit à absorber le remède aux doses de 1/4 de milligramme pendant plus de deux mois de suite. Il revint à l'hôpital guéri. C'est là une exception heureuse qu'il sera sage de ne pas prendre pour exemple.

Signalons encore, pour marquer leur gravité, les tachycardies bulbaires et neuro^entraUs, celles qui surviennent dans le cours des maladies du bulbe, du cerveau, des méninges. Cherchons toujours dans ce cas l'origine syphilitique possible, et instituons le traitement intensif en cas de doute. Les tachycardies par compression du pneumogastrique sont parfois justiciables d'une intervention chirurgicale, quand elles succèdent à des abcès ou des tumeurs de la région cer-

vicale; quand la compression existe au niveau du mëdiastin, il faut traiter la maladie causale (anévrysme, adënopathie). S'il s'agit d'une tumeur maligne, on reste désarmé. Les résultats opératoires sont détestables. Néanmoins pour d'autres tumeurs — kystes dermoTdes — nombre de succès ont justiflé la tentative opératoire.

Toutes les causes précédentes ne trouvent point jour. Le sujet présente une tachycardie qui revient par accès. Celle-ci se traduit par une accélération parfois extrême des battements cardiaques qui peuvent atteindre 150, 200 et même 300 par minute. Il s'agit d'une lachy^ cardie paroxystique. Cette maladie représente un syndrome qui dépend des causes diverses : nerveuses, toxiques, organiques. Une maladie infectieuse peut être en cause; nous avons jadis signalé la tachycardie paroxystique dans la lièvre puerpérale ; c'est, d'autres fois, une affection du cœur ou du cerveau qui est retrouvée à Torigine : une insufûsance mitrale, une insuffisance aortique, une plaque de péricardite qui englobe le pneumogastrique, la compression du pneumogastrique par des ganglions tuberculeux, une méningite chronique, une tumeur cérébrale gliomateuse ont pu encore être invoquées. Toutes ces tachycardies paroxystiques sont dans Toccurrence symptomatiques. A côté déciles, prend place la tachycardie essentielle^ commandée par un trouble dans les sécrétions internes ou une lésion du faisceau primitif du cœur. La maladie existe dans l'enfance et aussi chez les sujets plus Âgés. Tontes les bizarreries se rencontrent dans ses manifestations. L'un de nos malades arrêtait sa tachycardie

en courant apr^s une automobile ; le même fut un jour atteint d*œdème aigu du poumon ; la tachycardie, qui éihïi permanente, fut suspendue complètement pendant la crise pulmonaire. Il existe, en effet, deux formes de tachycardie paroxystique : l'une d'elles se traduit par des accès courts, de quelques minutes à quelques jours; Tautre est caractérisée par des accès longs. Pendant des mois, le sujet présente sa tachycardie, qui ne cède que de temps à autre pour quelques heures, et parfois pas du tout. Des accidents asystoliques ne tardent pas à se montrer et le malade tinit souvent par succomber. Toutefois nous avons publié Thistoire d*un confrère dgé de 63 ans qui guérit au bout de 28 mois, après avoir présenté pendant des mois un pouls qui dépassait 150 pulsations.

Dans la tachycardie symptomatique, on cherchera à agir sur l'élément causal : élimination des toxines dans les maladies infectieuses par la stimulation apportée à Télément nerveux (injections sous-cutanées de caféine^ àliuile camphrée, etc.). Le bromure^ les opiacés, à très faibles doses pourront réussir dans certaines tachycardies qui accompagnent les lésions cardiaques.

Dans la tachycardie essentielle, le traitement, tant que le cœur ne fléchit pas, est avant tout un traitement moral. Il faut sortir le malade de son milieu, le rassurer, le persuader de la guérison. Ces sujets sont des nerveux; la suggestion a prise sur eux. Est-ce à la faveur de la suggestion qu'agit Télectricité ? En appliquant à la tachycardie paroxystique le traitement que nous employons contre le goitre exophtalmique et

dont nous parlerons plus loin, nous^ ayons obtenu pour 15 jours l'arrêt d*une tachycardie qui durait sans rëpit depuis plusieurs mois. Un léger trouble digestif ramena subitement raccélération des battements, et de ce jour nous n'obtenions plus que quelques heures de répit quotidien, le malade finissant par succomber 2 ans plus tard aux progrès de l'asystolie.

Le repos au M, les vomitifs, la poudre d'hypophyse de bœuf, les inspirations profondes suivies d'expirations pf'olongées (procédé de la bouteille de Pescher), ont maintes fois arrêté les accès. La compression des globes oculaires ne nous a jusqu'aujourd'hui donné aucun succès non plus que les médications opothéra* piques.

Notre expérience nous a démontré le rôle puissant de la suggestion. Le médecin doit insister sur la valeur de la médication et inspirer sa confiance au malade. Souvent un mieux fera suite.

Lorsque la tachycardie paroxystique se complique d*asystolie, les médications contre la défaillance cardiaque retrouvent leur emploi. La digitaline réussit : V gouttes (1/10 de milligr.) à continuer 10, IS jours de temps avec légère interruption de temps à autre. A côté de la digitaline, les autres cardiotoniques restent d'action précaire. Nous reviendrons du reste sur ce sujet dans le chapitre spécial consacré h. cette singulière maladie.

Dans ces derniers temps, on a distrait de la tachycardie paroxystique une variété où l'accélération des battements cardiaques est moindre et ne dépasse guère de 120 à 150 pulsations. Le sujet se plaint de palpita-

tiODS, les bruits du cœur sont normaux. L'accès finit brusquement. Des lésions Irritatives des parois auriculaires seraient cause de ce trouble confondu tantôt avec la tachycardie paroxystique tantôt avec les tachycardies nerveuses. On lui a donne le nom de tachysystolie auriculaire ^ Des troubles arythmiques peuvent suivre (flbrillation des oreillettes) et la digitaline est le remède indiqué. Il nous semblerait plus clinique pour ne pas surcharger le tableau de faire de cette dernière variété un groupe de tachycardies paroxystiques atténuées,

2» Tachycardies de Vàge mûr. — Nombre de tachycardies de la jeunesse appartiennent à Tâge mûr : tachycardies paroxystiques, tachycardies des cardiopathies valvulaires à la période hyposystolique. A la ménopause, chez la femme, apparaissent des tachycardies liées à l'excitation du système nerveux^ à la pléthore sanguine, à la suppression de la fonction ovarienne. En général, cette excitation nerveuse s'atténue avec l'âge, les troubles dyspeptiques donnent moins aisément naissance que dans la jeunesse à des accidents cardiaques et, quand on vient nous parler des troubles asystoliques d*origine gastrique chez des sujets âgés, ne nous pressons pas d'accepter ce diagnostic. Comme nous l'avons dit maintes fois, nous n'avons jamais va semblable chose. Les troubles dyspeptiques peuvent donner lieu à des intermittences (extra-systoles) ou des palpitations passagères; ils n'engendrent pas l'asys* tolie. L'&systolie provoque des troubles dyspeptiques

1. Tachysystolie anricalairc, par J. Hkitz. Arch. mal. cœur, nov. 4915.

ilO LES MALADIES DU CŒUR ET DE L'AORTE

OU ceux-ci peuvent coexister à côté de l'asyslolie, indépendamment d'elle. C'est tout ce que la clinique nous apprend.

Les tachycardies de Tâge mûr empruntent leur caractère particulier à plusieurs sortes de maladies qui sont plutôt Tapanage de la seconde période de la vie : ce sont les tachycardies des néphrites interstitielles (cardiopathies artérielles), de l'obésité, et les tachycardies du goitre exophtalmique.

Il faut se méfier des tachycardies de la cinquantaine. Cherchons les troubles dyspeptiques et surtout les abus du tabac parmi les causes ; parfois nous les trouverons et le traitement de la dyspepsie ou la suppression du tabac amèneront la guérison ; mais songeons avant tout à une néphrite interstitielle à son début. Le plus souvent, nous serons sur la vraie piste. Une hypertension artérielle manifeste accompagne cette tachycardie ; le cœur est hypertrophié, une tendance au galop cardiaque se révèle à l'auscultation et après que le malade aura marché rapidement par la chambre ; les urines renferment des traces d'albumine. Empressons-nous de prescrire un traitement rigoureux si nous ne voulons pas voir survenir des accidents graves.

Le régime IcLCto-hydrique de réduction avec & à 6 jours de repos au lit, le régime lacio-végéiarien, la prescription de légères doses de théobromine (0*',oO matin et soir), la suppression du tabac, voilà pour les grandes lignes de la médication. Localement, le massage vibratoire manuel de la région précordiafe amène un ralentissement des battements qui peut aller à une diminution* de 6 à 12 par minute (Cautru). Aussitôt

que le galop cardiaque est constitué, il faut user de la digitaline à doses très faibles (1/10 de milligr.) et prolongées pendant des mois avec des interruptions de 3 à 4 jours tous les 10 jours. Si le sujet a eu la syphilis, convient il de prescrire le traitement tnercurielf Pour autoriser semblable pratique, il faut la preuve évidente d'accidents spécifiques en cours et une réaction de Wassermann nettement positive. Faute de quoi^ le traitement risque de faire beaucoup de mal. Il ne guérit pas la syphilis, parce que celle-ci n*est plus en jeu, mais il lèse le rein, ce qu'il faut redouter. Toutefois ni l'hypertension artérielle ni de légères traces d'albumine ne constituent de contre-indications formelles au traitement mercuriel. A condition d'user de prudence (sels solubles) il sera maintes fois toléré.

Plus tard, à des périodes bien plus avancées, la tachycardie accompagne non plus l'hypertension, mais l'hypotension artérielle. Le cœur fléchit : il faut le repos, le régime hydro-lacté, lacté, et toujours la digitaline à très faibles doses, suivant la méthode que nous avons indiquée.

Les cœurs gras se révèlent souvent par de la tachycardie. Un malade atteint de tachycardie est obèse en même temps : n'hésitons pas. Soumettons-le au régime d'amaigrissement déchloruré: k voir les résurrections qui se produisent contre tout espoir, on pourrait croire que le mot impossible doit être rayé du vocabulaire thérapeutique

A côté des tachycardies des cardiopathies artérielles.

rangeons maintenant la tachycardie de la maladie de Basedow. Elle se rencontre bien plus fréquemment audessus de 40 ans que dans la jeunesse. La triade : goitre, tachycardie et eiophtalmie, est souvent au complet. Le traUement électrique est la grande médication à employer. Nous insistons d'autant plus que, parmi les médecins et les plus distingués, un grand scepticisme règne & ce sujet. La technique est fort simple ; courant faradique d une petite pile portative : une électrode à la nuque, l'autre sur le goitre : 6 à 10 minutes de temps. On peut compléter la séance par l'application d'un courant galvanique de 6 à 10 milliampères, avec la même disposition des électrodes, durée 5 minutes. Le courant galvanique nous a semblé moins actif. Sur li malades que nous avons suivis de la sorte, nous comptons 67 guérisons complètes; une malade, femme de 42 ans, après être allée bien mieux, est morte subitement au bout de 6 mois, et l'autopsie n'a pas été faite. Les autres malades continuent d'aller bien ; nous comptons des guérisons remontant à 20 ans. L'essentiel est de continuer longtemps le traitement : tous les jours, 1 an de suite, espacer ensuite quelque peu.

La médication interne ordinaire réussit moins bien; Vantipyrine (1 à 3 gr.), la quinine (0«',75 et 1 gr. par jour), le salicylate de soude (2 à 3 gr. par jour) ont semblé produire de bons résultats; une plus grande certitude semble attachée au traitement opothérapique. Vhémato^éthyroîdine est une solution dans la glycérine de sang provenant de moutons qui ont subi Tablation de la thyroïde. Après quelques jours de macération le remède est filtré sur papier, d'une façon

aseptique. On en ordonne de 1 à 4 cuillerées à café par jour au moment des repas. Le remède doit être pris dans une certaine quantité d'eau pour éviter les troubles digestifs que nous avons vu survenir dans quelques cas.

On emploiera également la poudre d'hypophyse de bosuf (L. Rénon). Ce remède sera prescrit dans Tintervalle de Thémato-éthyrordine, soit 10 jours d'hématoéthyrordine, 10 jours de poudre d'hypophyse de bœuf (3 à 5 cachets de 10 centigr.) et continuer d'alterner de la sorte.

V hydrothérapie améliore d'une façon évidente : mais l'amélioration n*est pas toujours durable, il y a quelques années, nous avons été appelé auprès d'une dame de 56 ans, qui était agonisante. Pendant des années, elle était allée à Divonne suivre le traitement hydrothérapique ; le mieux qu'elle éprouvait ne persistait pas. L'électricité est mieux à la portée des malades ; ils peuvent suivre le traitement chez eux indéfiniment. La tachycardie ne cède pas tout de suite. IjC premier effet éprouvé est le bien-être et la disparition delà fatigue; puis le cœur se calme peu à peu.

Parfois la tachycardie persiste ; nous avons traité une vieille demoiselle atteinte de maladie de Basedow depuis six ans. La tachycardie a toujours résisté, mais celle-ci était en partie physiologique ; depuis l'âge de 20 ans, cette malade disait avoir des battements rapides du cœur. L'hémato-éthyroTdine a amené une amélioration nouvelle, alors que l'électricité ne produisait plus aucun etlet apparent.

Résumons-nous. Dans les tachycardies de la jeu-

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nesae, rechercher les causes réflexes, les troubles dys* peptiques, Tëlat nëvropalhique, les iuloxications. Examiner le cœur avec soin. Traitement en conséquence. Dans les tachycardies de Vàge mûr, avoir soin de ne pas méconnaître une néphrite interstitielle qui souvent et bien à tort est prise pour une dyspepsie initiale compliquée de troubles cardiaques secondaires. Régime hydro-lacté, lacté et lacto-végétarien déchloruré, théobromine, digitaline à très faibles doses dans les cas de galop cardiaque. Par contre, ne pas méconnaître les troubles dyspeptiques chez un nerveux et ne pas voir une néphrite interstitielle quand même et toujours, là où elle n'existe pas. Epier les signes d'une maladie de Basedow ; faire maigrir les sujets s'ils sont gras. La tachycardie paroxystique est de tous les âges ; ^gir quand elle se montre, et si possible sur rélément eausal, remonter fortement le moral des sujets, prescrire les cardio-*toniques si le cœur fléchit.

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