IV. — Les asystolies
Le cœur peut fléchir pour une triple raison. Tantôt il s'agit : 1° de troubles d'innervation cardiaque ; 2^ de lésions de la musculature cardiaque ; 3° d'obstacles périphériques. Les deux premières causes sont les plus
importantes. La troisième n'intervient que lorsqu'elle est fayorisëe par l'aide de Tune des autres. Un cœur ne cède guère devant un obstacle lorsque le cœur est sain. Seulement sa résistance fléchit lorsque les centres d'innervation sont touchés ou que sa musculature subit un commencement d'altération. Sans l'obstacle périphérique, l'énergie de Timpulsion cardiaque était suffisante. Devant l'obstacle périphérique, le motejar décèle son altération latente jusque-là.
Il en résulte que le praticien aura à traiter par devers soi trois sortes d asystolies : 1^ l'asystolie d'origine nerveuse; 2^ l'asystolie cardiaque; 3* l'asystolie d'origine périphérique.
1* Asystolie ttorigine net^euse. — L'influence du système nerveux sur le cœur si heureusement mise en lumière par de Cyon, est établie par maints exemples cliniques. Une émotion agréable a puissance parfois à elle seule de remettre d'aplomb un cœur qui commençait à vaciller. M. Merklen nous a jadis conté l'anecdote suivante : Il connaissait un missionnaire qui, atteint de tous les signes d'une défaillance grave du cœur (oppression, gros foie« jambes enflées, etc.), et soufl'rant depuis des mois, guérit complètement à la suite de la conversion au catholicisme qu'il fit d'un paysan chinois. Celui-ci avait dit au missionnaire : Donne-moi ton corps, je te donnerai mon âme. Le marché fut conclu, le missionnaire avala une drogue quelconque sans effet thérapeutique, le Chinois reçut le baptême et la guérison suivit. Les médecins ne sauraient trop se rappeler cette action des émotions sur le cœur. Il y a quelques années, nous avons eu à traiter
en vilie un mari jaloux. Le malheureux atteint de myocardite faisait de Tasystolie à la suite de chaque scène conjugale et celles-ci se répétaient plusieurs fois par semaine. Une vie douce, une parole réconfortante, des impressions agréables peuvent -beaucoup pour fortifier un cœur affaibli. L'action morale du médecin exerce des effets très salutaires sur les cardiaques. La guerre actuelle nous a montré les effets stimulants d'un sentiment fort; le patriotisme a permis à des cardiaques aux armées de réaliser des miracles.
Les émotions déprimantes favorisent sans doute l'encombrement des toxines de la nutrition, l'organisme en est saturé ; le ccéur chavire. L'asystolie d'origine émotive ne prend pas pied sur un cœur sain ; il faut que i'organe soit déjà malade. Quand il est touché, toute secousse morale vive peut amener une aggravation brusque. Chez les femmes^ en particulier à l'époque de la ménopause, il semble que l'état nerveux suffise à produire des troubles d'insuffisance cardiaque. Le myocarde se laisse distendre, on observe des signes d'asystolie et cependant les malades sont susceptibles de se remettre pour de longues années (26 ans chez une malade asystolique en 1889 et qui est morte d'un cancer utérin en 1916).
Au lieu d'être atleinls parles émotions morales, les centres d'innervation cardiaque peuvent être irrigués par des substances toxiques, celles-ci provenant exactes nutritifs viciés, de poisons (tabac), ou encore de maladies infectieuses. Parmi les premières, nous rangerons l'asystolie qui fait si souvent suite h certaines formes
de tachycardie paroxystique. Celle-ci reconnatt en effet deax causes : 4° une cause nerveuse; i^ une cause organique comme nous Tavons vu antérieurement au chapitre des tachycardies.
L'asystolie nerveuse par substances toxiques physiologiques se rencontre dans le goitre exophtalmique. On la traitera de même. Le plus souvent on pourra l'éviter en soignant la maladie causale. Le goitre exophtalmique produit par une déviation de la sécré* tion thyrordienne, se trouve parfaitement de l'emploi des courants faradiques : une électrode à la nuque, Tautre promenée sur le goitre, 10 minutes de temps.
On emploie encore le sérum d'animaux à qui on a enlevé la glande thyroïde. Vhémato^éthyroîdine préparée de la sorte et conservée en milieu glycérine se prescrit aux doses de 2 à 4 cuillerées à café par jour. L'asystolie du goitre exophtalmique ne se produit qu'exceptionnellement chez les goitres traités de cette façon. Le cœur bat vite, mais ne fléchit pas.
On peut alterner l'hémato-éthyroîdine avec la poudre d'hypophyse de bœuf (3 cachets de 10 centigrammes par jour, L. Rénon) — 10 jours d'hémnto-éthyroîdine et 10 jours d'hypophyse.
Dans le même groupe, rentre V asysto lie surrénale ^, si tant est que celle ci existe réellement. A l'autopsie de ces faits, on trouve un cœur hypertrophié et une atrophie ou des lésions des capsules surrénales. Ce qui est plus intéressant, c'est la fréquence de la tuberculose pulmonaire chez de semblables malades.
i. Josufc et Belloir. L'insuffisance fonctionnelle du cœur, hypertrophié; TasystoUe surrénale. Soe. Méd. Hôpit*, 3 avril 1914.
LBS SYMPTOMES 173
L'adrénaline et les extraits surrénaux assureraient des résultats thérapeutiques heureux.
Parmi les asystolies d'origine nerveuse, nous pou* vous encore ranger celles qui surviennent au moment de la ménopause, La pathogénie est complexe. L'exci* tation du grand sympathique, l'hypertension artérielle qui résulte de la pléthore vasculaire, l'obésité possible^ la suppression de la sécrétion ovarienne, voilà autant de causes. A la digitaline prescrite si nécessaire à très faibles doses on pourra adjoindre Vovarine (0,20 à 0,40 par jour). Les malades obèses devront maigrir. Et toutes presque toujours iront mieux. Rappelons en eiïet cette donnée clinique. A l'époque de la ménopause, les accidents cardiaques affectent parfois une apparence de gravité qu'ils ne comportent pas dans le cas où l'action de la ménopause est hors de doute ; le pronostic est souvent favorable.
Signalons encore au passage les asysiolies nerveuses poslH)péraêoires. En pareil cas, on doit redouter des symptômes de coUapsus cardiaque et de syncope qui sont combattus par les agents classiques (caféine, injections de sérum, etc.).
Les substances toxiques microbiennes ont également pouvoir de produire des troubles asystoliques. En général, ceux-ci n'aboutissent pas à Tasystolie franche. Dans les maladies infectieuses aiguës, le sujet est couché, ne bouge pas. L'œdème des membres inférieurs se produit rarement; le plus souvent on observe simplement une accélération et un affaiblissement des battements avec stase pulmonaire (grippe, fièvre
iU LES MALADIES DU CŒUR ET DE L AORTE
typhoïde, diphtérie, etc.). En pareil cas, le cœur est souvent touché en même temps que les centres d'innervation cardiaque. On constate des sortes de myocardites parcellaires ^ qui suffisent à rendre compte des accidents. Dans les formes semblables à côté de la digitaline (i/iO milligr.) prescrite quelques jours, agissent les cardio-toniques plus faibles associés à des toniques nervins : sulfate de spartéine (0,05 à 0,10) ; caféine (0,25 à 0,50) ; huile camphrée (1 p. 10) ; huile élhérocamphrée (moitié d'huile et moitié d'éther), sulfate de strychnine en injections hypodermiques. L'association suivante est classique :
Sulfalo de spartéine 0«',S0
— de strychnine Or-jOi
Eau distillée et bouillie 10 grammes.
Une injection de 1 centimètre cube matin et soir. Dans le milieu du jour une injection d'huile camphrée.
Dans certaines formes de tuberculose pulmonaire, et particulièrement dans la phtisie fibreuse^ on observe des signes d'asystolie très accusés avec dilatation du cœur droit et insuffisance tricuspidienne. Seulement, cette asystolie n'est pas d'origine nerveuse. L'action de la toxine tuberculeuse sur le système nerveux n'y joue qu'un rôle assez effacé. Ce qui domine cette asystolie, c'est la présence de lésions myocardiques fréquentes et aussi l'importance des obstacles circulatoires : emphysème, sclérose pulmonaire, adhérences pleurales.
2** Asystolie cardiaque, — On a voulu décrire une
1. N. FiissiNQBii et L. Roudowska. De la niyocardite parcellaire par homogénéisation terminale au cours de la fièvre typhoïde. Soc. Biologie, 16 juillet 1910.
asystolie afférente à chacune des cavités cardiaques : une asystolie au7*tculaire^ caractérisée par l'arythmie perpétuelle^ une asystolie du ventricule gauche où dominent l'accélération du pouls et la dyspnée douloureuse, une asystolie du ventricule droit avec dyspnée d*effort et les signes classiques (congestion du foie, des bases du poumon, œdème des extrémités, albuminurie). — Toute cette analyse semble plus schématique que réelle ; l'asystolie auriculaire ne s'accompagne d'ordinaire de dyspnée, d'effort et de palpitations qu^ lorsque les cavités ventriculaires sont prises. Appeler asystolie du ventricule gauche Taccélération du pouls est d'autre part bien sévère puisqu'il ne s'agit réellement que d'un effort triomphant du cœur qui lui permet d'accomplir son travail.
En fin de compte, il n'y a asystolie que lorsque les cavités droites fléchissent, le traitement de l'arythmie auriculaire et de la tachycardie ventriculaire ayant été exposé précédemment (digitaline à très faibles doses 1/10 de milligramme 3 jours par exemple par semaine). Le traitement de cette asystolie qu'on a appelée totale et qui, au vrai, n'est que de l'asystolie simple puisque l'arythmie auriculaire et la dyspnée douloureuse ne peuvent être incorporées dans l'asystolie qu'à la faveur d'artifices de langage, le traitement de l'asystolie varie suivant la cause et aussi l'importance des lésions cardiaques. Dans les maladies infectieuses aiguës, nous avons vu l'asystolie possible : l'application d'une vessie de glace sur le cœur, les injections sous-cutanées d'huile camphrée, de caféine, de sulfate de spartéine et de strychnine, la digitaline h très faible dose, sont les meilleurs remèdes à lui opposer. Que la fibre cardiaque
soit plus ou moins touchée, que les centres d'innervation cardiaque soient atteints de préférence, ou qu'il s agisse, comme le pense M. L. Rénon S d'insuffisance hjpophysaire, le traitement demeure le même. Cliniquement, il est, en effet, difficile de différencier les deux asystolies. A la rigueur, on pourrait dire que dans les asystolies d'origine nerveuse , c'est la tachycardie qui domine, l'impulsion cardiaque conservant une certaine énergie ; dans les asystolies d'origine cardiaque, la tachycardie au contraire serait médiocre et le phénomène essentiel consisterait dans l'assourdissement et l'affaiblissement des bruits du cœur. En pratique, de telles distinctions se présentent rarement avec des contours nets ; des types intermédiaires effacent les lignes de frontière. Le fait le plus probable, c'est qu'en général et à la fois fibre musculaire et système nerveux subissent l'imprégnation des toxines microbiennes et qu'un léger degré de myocardite aiguë n'est pas un obstacle au rétablissement complet des fonctions cardiaques.
Il arrive, en effet, de voir des sujets atteints de dilatation cardiaque post-infectieuse. La maladie fait suite à un rhumatisme articulaire, à une grippe. Peu à peu le cœur se laisse distendre, les signed d'asystolie sont au complet. On peut entendre à la pointe du cœur un souffle systolique fonctionnel qu'on prend pour un souffle organique. Lepronostic semble grave, néanmoins tout ce tableau morbide s*éclaircit lentement grâce au régime diététique et aux prises prolongées de digitaline