L. RAnon. «/. d€» Pralic, 19 octobre
à très faibles doses. Il s'agissait dans l'espèce de myocardites atténuées et curables dont nous avons donné la première description. Le retour à l'état normal s'effectue et pour des années. Il importe en pareil cas que le sujet n'interrompe pas la médication digitalique, sinon au bout de deux ou trois ans de santé apparente parfaite les accidents peuvent revenir et cette fois irrémédiables.
A côté des maladies infectieuses aiguës, se rangent maintenant deux groupes d'affections cardiaques : dans les premières, la valvule est prise en premier lieu et le muscle en second. Ce sont les cardiopathies valvulaires. Les maladies du second groupe englobent le groupe des myocardites chroniques consécutives ou non à des néphrites interstitielles.
Une règle thérapeutique de premier ordre commande le traitement de ces deux sortes de maladies. Dans les cardiopathies valvulaires, le muscle cardiaque, sauf dans les périodes ultimes, subit rarement une dégénérescence aussi complète que dans les myocardites d'emblée. Myocarde peu dégénéré au début, dans les cardiopathies valvulaires ; myocarde très dégénéré au début, dans les myocardites d'emblée, telle est la distinction qui inspire le mode de médication. Ainsi la digitale pourra être à la rigueur ordonnée à plus hautes doses dans les cardiopathies valvulaires; rencontrant devant elle un myocarde moins dégénéré, elle offre moins de risques de l'affaiblir en le cinglant d'un coup de fouet médicamenteux. Il n'en est pas de même des cœurs rénaux (cardiopathies artérielles) où le myocarde est très altéré ; une trop haute dose de digitale court chance d'amener une insuffisance définitive du muscle.
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Ce sont les doses très faibles qui doiyent être ordonnées. Abordons maintenant les détails.
Cardiopathies valvulaires, — L'as^^stoiie dans ces cardiopathies s'obserye aa cours ou à la fin de la maladie. Au cours de la maladie, il peut ne s*agir que d'une fatigue passagère de la fibre cardiaque ; à la fin c'est une dégénérescence définitive. Dans ce dernier cas le traitement de Tasystolie devient le traitement des cœurs rénaux. Dans le premier cas, au contraire, lorsque le symptôme fatigue temporaire domine, le praticien mettra le malade au repos au lit, et lui prescrira le régime de réduction lacto-hydrique : 1 .500 grammes de liquide en tout dans les 84 heures, soit le premier jour 2/3 d*eau et 1/3 de lait, les deux jours suivants moitié lait et moitié eau, puis 8/3 de lait, puis lait pur, par verre à bordeaux toutes les heures.
Au bout de 6 à 7 jours, le régime sera ainsi ordonné : cacao au lait au premier déjeuner ou à 4 heures. A midi : purées, fruits cuits, crèmes cuites, un verre d'eau et plus tard vin mêlé d'eau, 80 grammes de pain grillé. Le soir, potage maigre aux légumes ou aux pAtes. Un œuf, un verre de lait, 50 grammes de pain. Peu de sel (en moyenne une cuillerée à café sera autorisée par jour). Quand tous les symptômes de dyspnée auront disparu, que le cœur sera revenu sur lui-même, on pourra autoriser quelques viandes légères, volaille rôtie, jambon, poisson maigre et bouilli (à midi). En même temps et dès le premier jour, V gouttes (1/iO de milligr.) de la solution de digitaline cristallisée à 1/1 000 à 10 heures du matin dans une cuillerée d*eau. Continuer 10 jours. Interrompre S à 4 jours. Reprendre
iO jours. Deux à trois mois de suite. Espacer ensuite les interralles digitaliques, si possible à 6, 8, 10 jours. Mais ne jamais interrompre si le cœur a une fois fléchi. Se souvenir que les insuffisances aortiques avec cœur insuffisant réclament même des doses bien plus suivies que les lésions mitrales, où le cœur du fait de la lésion éprouve moins de fatigue.
Avec la digitaline on ordonnera la théobromine (un cachet de 50 centigrammes à midi et à dîner : environ un mois de suite).
AfyocardiUs ehroniqtus et cœurs rêixaux. — Cellesci affectent en générai des sujets plus âgés et dont le muscle cardiaque est profondément touché. Les émissions sanguines sont réglées, chez eux, par le degré de résistance du malade. Sauf les cas d'asphyxie menaçante avec dilatation extrême des cavités cardiaques^ plutôt qu*à la saignée on aura recours à l'application mieux tolérée de ventouses scarifiées ou de quelques sangsues sur la région hépatique ou même cardiaque. Sur le cœur, TefTet de la ventouse n*est pas seulement déplétif, il semble en même temps agir par voie réflexe et comme stimulant de la fibre cardiaque. En certains cas de dilatation incurable des cavités cardiaques, nous nous trouvons bien de lapplication quotidienne d'une ventouse scarifiée sur la région cardiaque. A répéter 5, 6^ 8 jours de suite.
Les purgatifs pourront être prescrits de temps à autre, le degré d'énergie physique du sujet réglera leur emploi.
Les régimes lacté et lacto-végétarien avec réduction
de chlorures seront institués comme précédemment. Si le cœur se remonte mal et que la dyspnée persiste, on prescrira 1 jour ou 2 de régime lacté ou lacto-hydrique par semaine avec repos au lit. La quantité de liquide ne dépassera pas 1.500 grammes.
La digitaline sera ordonnée comme précédemment aux doses de 1/10 de milligramme de digitaline cristallisée, 10 à 15 matins de suite. Interrompre ensuite 3 k 4 jours et reprendre. Ainsi de suite tant que le cœur tendra à fléchir. Sous Teffet de cette médication, les battements cardiaques se régularisent, le pouls reprend de l'amplitude, le bruit de galop cardiaque s'atténue et finit souvent par disparaître. Cette continuation de la digitaline est encore plus de rigueur dans les myocardites en général, que dans les aiïections valvulaires. L'intervalle de 3 à 4 jours de repos digitalique ne pourra guère être élargi avant de longs mois.
Les résultats sont surtout favorables quand la digitaline est prescrite concurremment avec la Ihéobromine. Longtemps nous avons ordonné cette dernière seule. La théobromine est le meilleur de nos diurétiques et c'est aussi un agent déchlorurant de premier ordre. Seulement, si l'on renforce la valeur diurétique de la théobromine par l'action cardio-tonique de la digitaline à ii'ès faibles doses, les effets heureux sont bien plus marqués et le cœur a chance dans certains cas de se remettre tout h fait. Des malades, jadis condamnés à brève échéance, quand une thérapeutique brutale imposait de hautes doses de digitale, grâce à l'emploi combiné de la digitaline à très faibles doses et de la théobromine, peuvent vivre et vaquer à leurs affaires pendant des années. Inutile d'insister à nouveau en
pareil cas sur Timportance du régime alimentaire. Si les viandes sont parfois autorisées, elles ne le seront jamais qu'à midi, plutôt sous forme de poisson bouilli ou de volaille rôtie qui prédisposent moins aux reprises dyspnéiques que les viandes cuites sur le gril, fussentelles très peu salées.
La théobromine s*ordonne en cachets de 0K^50 matin et soir avant les repas. Dans les cas d'urgence, on peut monter à 3 ; d'ordinaire nous prescrivons le remède un mois de suite; puis nous interrompons quelques jours pour reprendre autant.
La dyspnée du malade est le meilleur guide. On continuera la théobromine tant que le sujet sera dyspnéique .
Si le remède donne des maux de tête, on sera parfois obligé de diminuer la dose de moitié, voire de supprimer tout à fait. Nous n'insistons pas sur les autres diurétiques; lactose, vin diurétique de la Charité, etc. A côté de la théobromine, leur action est tout à fait secondaire. Dans les cas d'azotémie, la scille toutefois pourra être adjointe avec avantage à la théobromine aux doses de 0>^05à 0^,10 de poudre de scille par cachet.
Il semble en effet que si la théobromine est un diurétique chloruré excellent, la scille est un diurétique efficace des substances uréiques.
La caféine ne doit dans l'espèce être employée qu'avec les plus grandes précautions. Une injection sous-cutanée de 0s^25 répétée matin et soir amènera de l'amélioration. L'effet le plus souvent ne sera que temporaire. La caféine agit surtout favorablement dans les cas d'asystolie où la digitaline manque son
iSS LES MALADIES DU CŒUR ET DE L'AORTE
effet devant un cœur trop dilaté. Au bout de 3 à 4 jours, le cœur étant un peu revenu sur lui-même, on cesse la caféine et la digitaline recouvre sa puissance d'action. Une spécialité répandue dans le commerce, riodure de caféine, fournit parfois de bons résultats. Une. au plus deux cuillerées à café par jour, quelques jours de suite dans un peu d'eao. Il fut un temps où la caféine et la digitale à haute dose étaient censées guérir les cardiaques. Les malades qu'aujourd'hui nous prolongeons pendant des années, succombaient en quelques mois. Tel fut le bilan de cette mode thérapeutique.
3* L'asystolie d'origine périphérique, — Nous avons dit que cette asystolie existe rarement quand le cœur est parfaitement sain. Toutefois, il peut se faire que le cœur ne suffise pas à sa tâche. S*il défaille devant elle, c'est qu'un obstacle s'est mis en travers de son effort. Réduisons l'obstacle. Le cœur, même s'il est touché quelque peu, pourra faire face à son travail, sans ma* nifestation nouvelle de fatigue. Ces obstacles sont de divers ordres et tout d'abord Vœdème dur des membres inférieurs, la surcharge graisseuse du cœur ou au moins un certain degré d'embonpoint du sujet, la présence du liquide dans les cavités séreuses (plèvre, péritoine). Faisons disparaître Tœdème dur à l'aide de mouchetures (S à 6 mouchetures par jambe, après antisepsie soigneuse, onctions consécutives de vaseline stérilisée pour éviter la macération de Tépiderme), faisons maigrir le sujet, vidons son épanchement thoracique ou abdominal (l'épanchement thoracique étonne souvent par une abondance que l'examen objectif
n*avait pas laissé soupçonner), nous pourrons obtenir des résultats qui touchent au merveilleux. La digitale, impuissante, tant que l'obstacle n'était pas réduit, à tonifier le cœur, parviendra à cette fin, du jour où le cœur ne sera pas préalablement épuisé à combattre une résistance périphérique contre laquelle il luttait sans résultat. Nous avons guéri en les faisant maigrir nombre d'obèses qui, à un moment donné, avaient offert des phénomènes inquiétants : hypertension artérielle, galop cardiaque, oppression vive. A titre prophylactique, nous leur continuons pendant des mois l'administration de la digitaline à très faibles doses (1/10 de milligramme, 10 jours de suite. Interrompre 6 à 10 jours et reprendre). Us vont bien, leur cœur n'a plus tendance à être forcé, tous les symptômes morbides ont disparu.
L'obstacle au cours du sang peut parfois être irréductible : c'est ce qui arrive dans les vices de conformation. Les bosstM ont un champ respiratoire restreint ; le cœur se fatigue à lutter contre l'obstacle. L'asystolie des bossus est soulagée par la saignée qui amène une rapide déplétion du système veineux. La digitaline à doses très faibles maintient un certain degré de tonicité de la fibre cardiaque, mais les hautes doses du remède sont complètement interdites. Il ne faut jamais exciter fortement un organe que des conditions physiologiques incurables empêchent de relever tout à fait.
Jadis et sous Tinfluence des idées de M. Polain, on avait décrit une asyatolie d'origine gastrique . Si la
maladie existe, nous ne Tavons jamais vue. Il nous est arrivé de traiter maintes fois en ville des malades classés sous cette rubrique. C'étaient des asystoliques qui digéraient mal du fait de leur asystolie qui congés» tionnait leur foie et amoindrissait leur fonctionnement gastrique. Ou encore, c'étaient tout simplement des sujets atteints d'un embarras gastrique, suite d*un écart de régime. Après 2 ou 3 jours de régime alimentaire sévère et d*un laxatif quotidien, aidé de poudres absorbantes, le tube digestif se remettait. Mais le cœur restait malade, et le traitement cardiaque ou cardio-rénal s'imposait. L'asystolie d'origine gastrique a été plus qu'une erreur doctrinale. Elle a engendré une erreur thérapeutique. Nous avons vu des médecins s'acharner à faire disparaître une dyspnée à l'aide de poudres absorbantes dirigées contre les troubles gastriques. Ceux-ci cédaient d'ordinaire très vite, avec Tinstitution du régime lacté, ou, si le lait n'est pas supporté, ce qui arrive parfois, par l'emploi d'une alimentation où les bouillies, les pâtes, les purées, les œufs tiennent la première place. Quant à la théobromine et à la digita* Une, nous les avons vues constamment bien supportées en pareil cas. Il suffisait de 3 à 4 jours de régime préalable pour les faire tolérer sans peine.
En résumé, trois grandes causes d'asystolie : 1^ les asyslolies d'origine nerveuse. Le traitement consiste dans l'emploi des toni-cardiaques à action rapide : caféine à faible dose, huile camphrée, spartéine, strychnine, parfois digitaline ; i"" les asystolies d'origine cardiaque. Dans les cardiopathies valvulaires, digitaline, à doses très faibles et subcontinues (i/iO de milli-
gramme), 10 jours, interrompre 3 à 5 jours, reprendre 10 jours ; à continuer des mois. En plus saignée, régime hydro-lacté ou lacté et théobromine en cas d'œdèmes. Les tnyocardUes et les ccsurs rénaux se trouveront également bien de la digitaline à très faibles doses et de la théobromine. Régime lacté et lacto-végétarien déchloruré dans les deux cas ; 3^ les asystolies d'origine périphérique. 11 faut lever l'obstacle quand la chose est possible : épanchement pleural, ascitique, œdème dur, obésité. L'asystolie d'origine gastrique semble ne pas exister.