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V. — Les myocardites aiguës

Si le traitement des myocardites aigufis ne 8*est guère enrichi dans ces dernières années, du moins le diagnostic de la maladie s'est précisé.

Montrée innocente de certains accidents qu'on lui imputait, elle s'est trouvée responsable d'au très troubles dont la cause était recherchée ailleurs. C'est ainsi que la tachycardie et Thypotension artérielle des maladies infectieuses graves, plus souvent qu'à une inflammation du myocardCi se sont rangées comme ressortissant à Tinsufiisance surrénale^ (Hutinel, Martin et Darré), ou encore à rinsufdsance hypophysaire (L. Rénon). C'est ainsi et par l'eiïet d'une constatation inverse que les tachycardies de la fièvre typhoïde, attribuées maintes fois à de simples troubles de Finnervalion, ont été reconnues comme liées dans les deux tiers des cas,

1. LuctKN et pARisdT. Glandes surr^énaUê et organes chromaffines, 1913, p. 484.

à des lésions de mjocardite (N. Fiessinger et Roudo Wska) .

En sorte que le praticieD demeure perplexe. Lamyocardite aigu0 échappe à sa recherche. Elle n'est plus où 11 pensait et elle apparaît où 11 ne 8*y attendait pas. Où donc et comment la saisir ?

Si la tachycardie ne suffit pas pour poser le diagnostic, les signes associés ouvrent la voie. Ce sont d'abord les lignes subjectifs : dyspnée ei douleurs; c'est ensuite Varythmie, un galop plus ou moins prononcé, les extraiysloles, coupant le rythme rapide des pulsations. Nous ne parlons pas de Tassourdissement des bruits, de la dilatation du cœur avec gros foie, encombrement bronchique subitement aggravé. Avec ded derniers reuseignemenls, le doute n'existe plus. La certitude peut être affirmée.

En cas que ce cortège imposant ne défile pas au complet et que des lacunes s'y ouvrent, la conduite est bien simple : agir comme si la myocardite existait. Fixer l'éventualité la plus grave, de manière à lui barrer le passage, instituer le traitement de la myocardite alors même que le diagnostic pourrait prêter à discussion est d'une conduite avisée. En second lieu, et si possible, le médecin persévérera dans le traitement causal : dans la myocardite typhoidique, les bains, et nous reviendrons sur ce sujet; dansla myocardite diphtérique, les injections de sérum.

Le salicylate de soude sera passagèrement interrompu dans le rhumatisme articulaire aigu, car il exerce une action déprimante sur le myocarde. De même la quinine, dans les cas de dilatation aiguë du cœur

d'origine paludique. En raison du danger des hautes doses, le remède ne sera plus prescrit qu*à doses modérées.

Dans la médication instituée, un élément sera donc fourni par la nature delà myocardite, infectieuse tout d'abord et d'une infection déterminée ensuite, un autre élément sera tiré de la lésion cardiaque elle-même.

i^ Traitemenê de l'élément infectieux. — La myocardite est d'une origine infectieuse à peu près constante. Sur les myocardites par poisons proprement dits — alcool, plomb, tabac — il y aurait maintes réserves à faire. Myocardite aiguë est en général synonyme d'infection. Un traitement anti-infectieux aura donc été institué quand la complication se sera déclarée. Que des modifications doivent être apportées à ce traitement initial, tout praticien en a l'intuition et ces modifications, de lui-même, il les aura souvent ordonnées dans le sens requis, à savoir une atténuation de la thérapeutique entreprise. Les doses médicamenteuses seront réduites. Se méfier surtout des médicaments antithermiques, comme Vantipyr%ne;'\\^ entravent souvent la sécrétion urinaire et de ce fait retiennent, dans l'organisme, les principes toxiques, dont la présence dans le sang avait déterminé la première altération de la fibre cardiaque. La quinine ou le salicylate de soude, à hautes doses, épuisent la contractilité du myocarde. On se gardera d'y recourir.

La diététique demeurera subordonnée à la température : la quantité de boisson sera réglée par le degré thermique : 3 litres de liquide vers SS"" 1/2, 2 litres 1/2

à 3 litres à ^9^ i/2. Mais ce liquide sera absorbé par petites quantités» un verre à bordeaux par exemple, toutes les demi-heures de manière, par une brusque irruption de liquide dans les voies circulatoires, à ne pas augmenter passagèrement le volume de la masse sanguine et avec lui le travail du cœur.

La balnéation^ si souvent recommandée dans les maladies hyperpyrétiques et organisée systématiquement dans la fièvre typhoïde, se pliera, du fait de la myocardite, à une tactique un peu différente. Les bains seront continués toutes les 3 heures et tant que la température atteint 39*. Seulement si le malade prend des syncopes dans le bain, si son arythmie augmente, le degré thermique sera élevé et le bain donné tiède (à 33* ou 35<'). En général, le degré de 25<» à iS"" sera bien toléré et il sera inutile d'élever davantage la température.

Ces règles générales se superposeront aux règles particulières tirées de la maladie initiale. Dans la dilatation aiguë du cœur au cours de la fièvre palustre, la quinine sera prescrite à faibles doses (0>',40 à 0^',60 dans les 24 heures), lesalicylate de sonde serei supprimé dans la myocardite rhumatismale, les injections quotidiennes de sérum de Roux (40 centimètres cubes) continuées dans la myocardite si rare de la diphtérie.

En raison de laction possible des capsules surrénales dans le tableau symptomatique, Vadrénaline trouve son emploi. On la prescrit dans les cas d*hypotension et de tachycardie aux doses de V à XX gouttes de la solution à 1/1000, 2 fois par jour. Netter conseille jusqu'à 5 milligrammes, soit C gouttes. Le remède peut être

pris par roie stomacale, des injections à' huilé catnphPée étant concarremment pratiquées par la Voie hypoder* mique. Nous ne savons si Tadrénaline en cas de maladie fébrile est supérieure à ia poudre dé glandei surré'nales (cachets de 10 centigr.), laquelle est absorbée en cachets; la médication surrénale renferme dés principes parmi lesquels l'adrénaline compte comme substance active, mais non unique. Toutefois, pour l'action circulatoire et tonique h produire, l'adrénaline possède une action remarquable et suffisante. Netter emploie l'adrénaline dans l'adynamie des diphtéries graves (X à XX gouttes de la solution à 1/1000) et la mortalité a été réduite. La scarlatine, la variole, la fièvre typhoïde se trouvent bien d'une médication analogue. On peut môme employer le sérum adrénalique dans les cas de collapsus (Garnot et Josué), à savoir 1/i milligramme d adrénaline pour 100 centimètres cubes de sérum artificiel.

La poudre d* hypophyse a été recommandée dans les défaillances myocardiques de ia fièvre typhoïde (L. Rénon), de la diphtérie, de la pneumonie (cachets de 10 centigr., trois par jour). Si au bout de 3 jours d'administration d*adrénaline^ un mieux n est pas obtenu, la poudre d'hypophyse trouvera son emploi les 3 ou 4 jours consécutifs. On utilise également la pUuUrine (extrait glandulaire de substance pituitaire, 0«%10 par centimètre cube). On injecte 0»',80; de bons résultats auraient été obtenus dans la myocardite diphtérique ^

i. La piluitriue dans la myocardite diphtérique. /. du Pratic, 1913. n* 14.

l,E6 TORMIES MORBIDES 958

2* TraUement de l'élément cardiaque. — Les classiques les plus autorisés' décriyent deux phases dans la myocardite aigu6 : 1^ celle de réréthisme cardiaque ; â^ oelle de baisse dans la pression vasculaire. Souvent, en raison même de rafîaiblissement du sujet, la pre-r mière phase passe inaperçue. Rien de bruyant dans Tapparition de la complication cardiaque : une gène précordiale, de Tanxiëté plutôt que de la douleur, de la tachycardie avec quelques extrasystoles et c'est tout.

Une médication excellente dans Tospèce et qui ne doit jamais être omise est Vapplicaiion d'une vessie de glace sur la région précordiale : un carré de flanelle sur la peau, par-dessus une vessie de caoutchouc dans laquelle on introduit une quipzaine de morceaux de glace. Le tout est suspendu h un arceau disposé au des* sus du lit, de manière h ne pas trop peser sur le cœur. La glace est maintenue en place, six« huit, dix jours de temps, jusqu'à régularisation du rythme cardiaque. Le typbique ou le scarlatineux baignés quittent leur vessie pourentrer au bain et la reprennent quand ils en sortent.

Si la douleur etst vive, il existe un moyen héroïque de la calmer : la morphine ou Vhéroine^ mais non aux doses communément prescrites. Mieux vaut employer des doses très faibles et répétées si nécessaires : h savoir une injection de 1 à 2 milligrammes de morphine, de 1/2 à 1 milligramme d'héroïne, renouvelées toutes

i. Lê§ MyoearditeB, par le profeiseur J. Rbkaut et J. Mollahd m Traité Thér. Albert Robin, 1912, t. 1, p. 588.

les 3 heures en cas de besoin. Maintes fois nous avons insisté à la fois sur la haute valeur de cette médication et ses dangers si elle était mal employée. Demeurons dans les doses faibles pour éviter des incidents désagréables.

Le bromure si communément prescrit déprime trop aisément. La morphine, à dose très faible, par ses vertus cardio-toniques lui est supérieure.

Certaines médications dirigées contre Tétat infectieux seront poursuivies : telles Vadrénaline ou la poudre d'hypophysCf à laquelle seront adjointes les injections d*huile camphrée à 1/10. Une injection de 2 à 3 centimètres cubes 3 fois par jour. Ces doses peuvent être élevées à 10 et 20 centimètres cubes dans les 24 heures, avec tout avantage (D' Bonifas). Le camphre moins excitant que la caféine, ne laisse point redouter la dépression consécutive ; toutefois à hautes doses, des auteurs lui ont reconnu une action fâcheuse sur la viscosité sanguine qu elles réduiraient dans de fortes proportions.

La caféine, en «as de grande faiblesse du pouls, sera ordonnée à doses minimes de manière à ne point fouetter le cœur d'une excitation trop vive qui aboutirait à l'épuisement consécutif (deux injections de 10 centigrammes par jour), dans l'intervalle des injections d'huile camphrée.

Les injections dTéther et d'éther camphré (1/10) sont douloureuses. En cas d'affaiblissement considérable que l'huile camphrée ne combat qu'imparfaitement^

dans les formes syncopales par exemple, on peut la remplacer par Thuile éihéro-camphrée plus aisément supportée que l'éther camphré.

Haile d'oliye stérilisée ^ ( aa e

Elher sulfurique . I ** ^ grammes.

Camphre i —

Pour injections hypodermiques.

Pendant 48 heures, huile camphrée, éthéro-camphrée, caféine feront les frais de la médication.

Si aucun mieux ne se produit, les injections de spartéine, de strychnine trouveront à se placer^ lieu de la caféine.

Sulfate de spartéine 2 centigr. 1/2.

Salfate de strychnine t milligr.

s Eaa distillée 1 cent. cube.

Pour 1 ampoule stérilisée. En injecter une matin et soir.

Une autre médication est susceptible de relever passagèrement le pouls : les injections soiLS-cuianées cToxygène (700 à 800 grammes), mais TeOet favorable ne semble pas durer.

Jusqu'à présent nous n*avons point parlé de la digitale. Tout d'abord son action est un peu lente et ne s'affirme qu'au bout de plusieurs heures. Il faut donc user des médications que nous avons dites avant d y recourir. Mais s'il existe des extrasystoles ou un galop cardiaque, au bout de 24 à 48 heures^ c'est au tour de la digitale d'intervenir.

Gardons-nous de la prescrire à hautes doses. C'est dangereux. Rappelons-nous que plus un myocarde est

Sb6 LES MALADIBB DU CGBUR ET DE L* AORTE

touche, plus il convient de l'aborder avec ménagement. Les coups de fouet médicamenteux trop violents auraient vite fait de i'abattre sïina espoir de relèvement. Ordonnons la dose de 1/10 de milligramme de digitaline cristallisée, soit Y gouttes de la solution h 1/1000, 8 à 10 jours de suite. Interrompons quelques jours et reprenons ensuite.

Cette méthode nous semble indispensable ; — on la prolongera au cours de la convalescence, quand des extrasystoles continuent de traverser la régularité du rythme cardiaque. Les myocardites aliénuées et curables, dont JYt^us avons donné la description en 1908 et en 1912 S nous montrent qu'il convient de se méfier. Des myocardes qui semblent guéris se dilatent par la suite au bout de quelques semaines ou de quelques mois. Il semble bien que, si la digitaline était prudemment prescrite dans les convalescences des maladies aiguës où le cœur a été touché, pareil accident ne serait point à déplorer.

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