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IX. — Les aortltes aiguôs et chroniques

l"" Aortites aiguës. — En 1891 et 1892, nous ayons décrit le premier les aortites aiguës de la pneumonie et de la grippe ^ Deux de ces malades peuvent nous servir de type dans la description. Une femme de 60 ans, atteinte de pneumonie du sommet droit était entrée en convalescence dès le quatrième jour. Suivent 48 heures d*un état satisfaisant. Puis éclatent des accès d'oppression épouvantable. L'auscultation laisse entendre un souffle rude au premier temps et au foyer aortique et la mort survient rapide au milieu de crises angineuses.

La fin peut être moins tragique et Tinflammation de l'aorte peut se terminer par la production d'une insuffisance aortique. C'est ainsi qu'un jeune homme de 20 ans, dans la conyalescence d'une grippe a été

1. Ch. P1B88IN6B11. La pneumonie, 1891. Doin, édit. et L'aortite aiguë d'origine grippale. Gaz. Méd., Paris, 1892, n* 4.

pris d^une oppression angoissante, paroxystique, avec sensation de poids énorme sur le sternum et douleur vive au creux ëpigastrique. A l'auscultation, double souffle aortique couvrant toute la surface du cœur. Le malade guérit, les crises angineuses cèdent, l'insuffisance aortique survit.

Toutes les maladies infectieuses peuvent donner lieu à des accidents de cet ordre (variole, fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, scarlatine, érysipèle, etc.). Les diathèses (diabète, goutte) et les intoxications produisent plutôt de Faortite chronique (saturnisme, excès alimentaires).

Les symptômes angineux sont le trouble fonctionnel de cette maladie, de même que les souffles aortiques en traduisent la signature physique. Ajoutons la dyspnée en général angoissante, h paroxysmes terribles.

Le iraUement s'inspire de ces données primordiales : veniouses Bcarifiéet sur la région précordiale en laissant une place pour Tapplication d'une vesêie de glace qui fera suite et laissée à demeure. En même temps, injections répétées toutes les 2 ou 3 heures dis 1 à i milligrammes de morphine et d^huile camphrée, si le cœur est arythmique. La digitaline^ en cas d'arjrthmie, sera de même prescrite à Tintérieur : V gouttes 6 à 10 jours de suite. Interrompre 4 jours. Et reprendre.

Régime hydrique et hydro-lacté à Tintérieur. Le malade gardera le lit une quinzaine et s'il présente une insuffisance aortique consécutive, celle-ci nécessitera les règles de traitement imposées aux malades valvulaires en général. Notons que TinsufQsance aortique,

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suite d aortite aiguë, ne paraît point plus grave que la même complication apparue immédiatement à la suite de rhumatisme articulaire aigu. Notre malade atteint d*aortite grippale vivait encore 10 ans après sa maladie première et vaquait même à des occupations pénibles.

f" Aortites chroniques. — Nous distinguerons Taortite athéromateuse, la périaortite» Taortite syphilitique. L'aortite chronique est un des diagnostics journellement posés et cela est vrai, que rien n'égale en fréquence, chez une personne âgée, l'existence d'un souffle systolique de l'aorte. Mais il s'agit dans l'espèce d*un simple épaississement valvulaire, d'une aortite athéromateuse qui ne se traduit par aucun trouble apparent. L'insufQsance aortique, l'anévrysme n*y font point suite et c'est exceptionnellement qu'une angine de poitrine ou une insuffisance aortique peuvent s'installer sur des lésions d*athérome. C'est l'aortite syphilitique dont nous parlerons tout à l'heure qui produit ces dégâts, non l'aortite athéromateuse.

I. VaorMe chronique athéromateuse avec son souffle systolique et la dilatation du vaisseau qui l'accompagne est bien plus une lésion qu'une maladie. Elle ne donne guère lieu à l'endoaortite avec symptômes angineux (lorsqu'elle intéresse l'embouchure des artères coronaires) et encore moins à l'insuffisance aortique. Cette dernière, quand elle existe, indique presque à coup sûr la participation de la syphilis. Quant aux accidents rénaux qui peuvent coexister, ils tiennent à une néphrite interstitielle concomitante et ce n'est point l'athérome aortique qui en est responsable

non plus que des accidents cardiaques, liés à une dégénérescence éventuelle du myocarde.

L'aortite chronique athéromateuse ne compromet nullement la vie et ce n'est que par hasard qu'elle est découverte à l'auscultation du grand nombre. Quand des douleurs, de la dyspnée sont accusées, il y a autre chose : de la périaortite ou une lésion cardiaque ou rénale.

II. Sur la périaortite, ce que Ton peut affirmer, c'est la grande exagération de sa fréquence. Nombre d'angineux, par les médecins les plus compétents, sont qualifiés comme atteints de périaortite, alors qu'en réalité il s'agit d'accidents simplement nerveux. Ne concluons pas du fait de l'âge avancé d'un sujet à la nécessité de lésions organiques. Il peut très bien ne s'agir que de troubles de la sensibilité demeurée jeune en dépit des ans. Le souflDe systolique à l'aorte est organique, et la périaortite ne consiste qu'en une névralgie surajoutée.

Seulement la périaortite existe néanmoins et la meilleure preuve de son existence est la persistance des accidents douloureux qu'elle provoque alors que le régime diététique a été rigoureusement suivi. En général, il s'agit de vieillards ayant dépassé 70 à 75 ans ; douleurs rétro-sternales subcontinues, sourdes, s'exagérant au moindre elTort. Pas de syphilis dans le passé ; à l'auscultation souffle systolique de l'aorte dont la crosse est dilatée. Mais exceptionnellement un souflDe diastolique. Quand celui-ci, en France du moins, se produit dans le second âge de la vie, il faut toujours songer à la syphilis. Il n'est guère que trois sujets que

nous avons suivis et qui indemnes de tous antëcëdents rhumatisants et infectieux, présentant un Wassermann négatif, ont fait un souflDe dîastolique de l'aorte.

Le traitement de Taortite athéromateuse est à peu près nul. Qu'on prescrive le régime lacto-végétarien avec peu de viandes à midi, c'est entendu. L'athérome étant fonction de localisation sur les parois vasculaires de déchets de nutrition, de crasse organique si Ton pré« fère, il est toujours indiqué de favoriser les fonctions éliminatriees et d'éviter dans l'alimentation l'apport de substances toxiques.

Les indurés sont couramment prescrits. £n cas de syphilis aortique et si les reins éliminent normalement, ils rendent service. Sinon, leur action antidyspnéique ne s'exerce guère qu'en cas d'insuftisance aortique concomitante. On ordonnera souvent avec avantage, une petite cuillerée à café d'eupnine (lodure de caféine), avant le repas de midi et du soir dans un demi* verre d'eau ou bien une cuillerée à soupe de la potion avant le repas de midi et du soir :

lodure de potassiam i .^ «•.^.«^.

Bicarbonate de Boude j *® «gammes.

Ext. thébalqae Oc^.iO

Eau distillée 300 grammes.

L'adjonction de bicarbonate de soude a surtout pour effet de réduire l'irritation de l'iode sur les parois sto* macales.

Continuer dix ou quinze jours.

Interrompre quelques jours et reprendre. Rappelons* nous toutefois que les reins sont infiniment sensibles à l'action des iodures. A la moindre altération, l'intolérance peut se produire.

Dans l'aortîte athëromateuse simple, dans Taortite syphilitique sans lésion rénale, les iodures trouveront donc un emploi modeste» mais souvent apprécié.

Si une lésion rénale coexiste, le régime hydrique, hydro lacté (1 litre et demi de liquide par jour) aidé de Taction de la théobromine sera naturellement mis en œuvre lors des paroxysmes dyspnéiques.

Môme traitement dans la périaortite. Théobromine. Régime lactéÏBiCio-Yégéitinen, Système des petits repas. Les nitrites en plus combattront les manifestations douloureuses.

Trinitrine (sol. aie. 4/100) XL gouttes.

Eau distillée 200 grammes.

t à 4 cuillerées à dessett par jour ou comprimés de tétranitrol 5 milligrammes, i à S au coucher (lluchard).

Mais les nitrites le plus souvent seront insuffisants. Des révulsifs locaux : pointes de feu» vésicatoires n'amèneront que peu de soulagement. La morphine devien* dra indispensable (3 à 4 milligr. et au-dessus) en injections pour calmer les douleurs nocturnes.

Comme le zona chez certains vieillards, la périaortite est souvent très douloureuse et bien des efforts médicamenteux échouent devant sa ténacité.

in. AorMe syphilitique — Il n'en est pas de Taortite syphilitique comme de Taortite athéromateuse. Ici la terminaison par insuffisance aortique est la règle; c'est recueil qu'il convient d'éviter. D'autant que la maladie est des plus fréquentes. On peut affirmer au

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moins que les 3/4 des aortites (49 snr 60 dans notre statistique) non rhumatismales et survenant dans le second âge de la vie sont de nature syphilitique. L'artërio-sclérose de la valvule aortique avec insuffisance valvulaire, c*est de la syphilis. Pour instituer le traitement spécifique, il ne faut attendre ni les signes d'insuffisance yalvulaire, ni le tableau des douleurs angineuses. De pareils symptômes indiquent déjà la propagation avancée du mal. Il faut intervenir plus tôt. Un malade âgé de 42 ans vient nous consulter pour de la dyspnée d*efTort. Il existe une tachycardie légère (100 pulsations), un retentissement clangoreux de l'aorte ; les artères de la base du cou sont surélevées et les battements de l'aorte sont perceptibles au niveau de la fourchette sternale. Pas d'albumine dans les urines. Tension artérielle 20-15 (au Pachon). Syphilis iS ans auparavant, avec accidents secondaires (roséoles, plaques muqueuses très atténuées). Wassermann positif.

Quinze injections au biiodure de mercure (2 centigr.), l'iodure de potassium (2 gr. par' jour) pendant 20 jours amènent la disparition presque complète des accidents. Guérison définitive avec une nouvelle série médicamenteuse un mois plus tard.

Ce malade nous semble avoir échappé à une insuffisance aortique presque certaine. Celle-ci 'une fois constituée, les hautes doses d*iodure sont mal supportées. C'est une observation que nous avons faite maintes fois et Hirtz et Braun la confirment de leur côté ^ Ou des troubles digestifs s'installent, ou alors même que

1. Hirtz et Braun. Sur 40 cas d'aortite syphilitiqae, Bull, Soe. Uédic, Hâpil., 1910.

la tension artérielle est normale, et qu'il n*existe pas d'albumine dans les urines, se montrent et éclatent soit de la dyspnée, soit de la congestion bronchitique, soit de Tœdème aigu du poumon. Cette dernière complication s'est produite chez un homme de 35 ans, adjudant dans l'armée, qui nous avait été adressé par notre distingué confrère le D' Lagorse (de Brive). Il s'agissait d'un anévrysme de l'aorte avec dyspnée et cornage. Une saignée abondante, le régime lacto-hydrique remirent les choses passagèrement en état, mais l'iodure à haute dose dut être supprimé . Nous reviendrons sur ce malade tout à l'heure. Tous ces sujets, alors même que le rein ne semble pas touché et que la tension artérielle est normale, ou à peu près, ont des reins fragiles, comme l'a démontré L. Rénon. D'une aortite à une néphrite, la distance n'est pas grande. £n sorte que le danger devient doublement pressant. 11 faut instituer la médication spécifique dès le début : sinon et tout d'abord la maladie s'aggrave et ensuite on ne peut plus rien contre elle puisque la voie d'élimination rénale ne tolère plus les remèdes.

A ce moment, on se contentera de faibles doses d'iodure (0,20 à 0,2S par jour), associé à l'opium, car l'iodure, même à faibles doses dans l'insuffisance aortique, jouit d'une action eupnéique incontestable.

lodure de potassium 3 grammes.

Extrait thébalque Oc.Ob

i!^a distillée 300 grammes.

1 cuiilerée à soupe avant les repas de midi et du soir 10 à 15 jours par mois.

Si l'iodure est mal toléré par l'estomac, ajouter du bicarbonate de soude (3 à 5 gr.) à la potion précédente

OU même ordonner le remède en larements ; pendant des semaines de suite, des malades ont pris 2 à 8 gram* mes d'iodure en lavements quotidiens; une préparation spécialisée, Tiodure de caféine (i à 2 petites cuillerées à café par jour dans un demi-Terre d*eau) combattra également la dyspnée.

Mais on ne se privera pas du traitement mercuriel. Celui-ci nous a paru en général mieux supporté que le traitement ioduré. Alors même qu'il existe passagèrement des traces d'albumine et que la tension artérielle atteint i4ou 26 (max. au Pacbon), il nous est arrivé de l'utiliser en face d'accidents redoutables.

Donc, dansTaor/i/a syphilitique conniiiuée : iodures k petites doses^ et tenter le traitement mercuriel par injections de biiodure ou de benzoate de mercure (1 à

2 centigr.), IB jours de suite 3 à 8 mois consécutifs. Interrompre 2 à 3 mois et reprendre. La réaction de Wassermann positive à Torigine le sera au bout de 2 et

3 ans de traitement. Le médecin doit être averti de cette particularité. En tout état de cause si les signes objec* tifs ne rétrocèdent pas, le traitement peut s*opposer à la propagation de la lésion. Si la coronarite est installée, les douleurs angineuses rétrocèdent et s'il existe un anévrysme, un arrêt sera constaté dans la marche de la maladie et une grosse amélioration en cas de médiasti* nite concomitante.

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