III. — Les bronchites des cardiaqnes
Il n'y a point à distinguer les bronchites des mitraux et des aortiques. Les uns et les autres sont exposés à des congestions œdémateuses, des inflammations chroniques, des inflammations aiguës. La participation possible de l'élément rénal assure à ces variétés des modalités spéciales.
Tout d*abord, une médication générale est imposée à toutes les formes. C'est d'abord, le repos au lit et
entuite le régime hydrique. Le repos au lit dans les cas d'insttfQsance cardiaque, sera prolongé de 15 jours à 3 semaines. Le régime hydrique^ avec ses 1.200 grammes ou 1.500 grammes d*eau, sera continué S4 à 48 heures pour faire place ensuite au régime hydrolacté, puis lacté. S'il existe un épanchement pleural concomitant, ne dépasserait-ii pas 500 grammes, il convient de l'évacuer au plus vite. Cette pratique favorise à la fois le travail du cœur et évite l'épaississement des plèvres qui retarde si souvent la guérison chez les cardiaques.
Entrons maintenant dans les particularités de chaque forme morhide.
1* CongesUon cedémaieuse, — Elle peut être aigué (œdème aigu du poumon) ou, au contraire, subaigué et plus sourde. Vœdème aigu du poumon se rencontre chez les rénaux et plus aisément ches ceux dont le cœur tend à fléchir. Une inondation séreuse envahit le poumon dans toute sa hauteur, les accidents se préci* pitent. Pas un instant n*est à perdre. Une large saignée (300 grammes), le régime hydrique, les injections d^huile camphrée (à 1/10), de caféine (0,25), voilà pour le traitement d'ensemble de cette complication qui se produit à la suite d'une fatigue, d'un écart de régime, d'un voyage en chemin de fer. Vœdéme suhaigxi du poumon ne procède pas avec ce tapage. Des râles souscrépi tan ts encombrent les bases du poumon. On observe l'œdème aigu chez les cardiaques valvulaires en partie culier les aortiques, dont le ventricule gauche commence à fléchir, ou chez les néphritiques, dont le cœur hypertrophié bat avec force, mais dont le pouls hypertendu
et les urines albumineuses annoncent une lésion rénale. Le cœur peut fléchir également chez les rénaux, le galop et la distension cardiaque se produisent : mais le sujet n'attend pas cette période ultime pour présenter des accidents bronchitiques. Huchard a beaucoup insisté sur ces types morbides qualifiés bronchite chronique, asthme nerveux. Maintes fois, il s'agit de rénaux méconnus. Alors même que l'examen des urines laisse croire à une intégrité du filtre rénal, la recherche de la constante d'Ambard et surtout le dosage de l'urée sanguine apprennent que ce dernier est sérieusement touché. Parfois Turée sanguine n'est point augmentée et pourtant il s'agit d'œdème d'origine rénale. Nous reviendrons sur ce point dans notre chapitre de l'asthme cardiaque.
La congestion œdémateuse des cardiopathes valvulaires réclame de la digitaline, faible dose : V gouttes de la solution alcoolique cristallisée à 1/1000, 10 jours de suite, interrompre 3 à 4 jours, reprendre 10 jours. Ainsi de longs mois de suite. Si les œdèmes persistent, on ordonnera concurremment la théobromine.
Même conduite chez les rénatix à la période de dilatation cardiaque. Un médicament sera adjoint : la/Aeobromine, un cachet de 50 centigrammes à midi et à 6 heures, quelques semaines des uite. Si le cœur ne fléchit pas le régime lacto- hydrique et la théobromine suffiront; car il s'agit dans l'espèce de rétentions chlorurées liées au mauvais fonctionnement du rein et non au mauvais état du myocarde. En sorte que la digitaline n'est pas nécessaire ou du moins ne le devient que lorsque se montre le bruit de galop, indice d'un fléchis-
sèment myocardique qui n'existait pas à Torigine. Chez les rénaux et au début, le poumon n'est point engorgé du fait de l'insuffisance cardiaque, mais de Tinsuffisance rénale. C'est pourquoi la théobromine, agent déchlorurant et diurétique, est requise dès Torigine.
En résumé : digitaline au début des congestions œdémateuses des yalvulaires et théobromine associée, quand les œdèmes sont très développés.
Théobromine au début des néphrites interstitielles et digitaline associée à la fin^ quand le cœur se fléchit et tend à se dilater.
2^ Inflammations chroniques. — Tout cardiaque a tendance à présenter des phénomènes inflammatoires du côté du poumon et des bandes de sclérose envahissent peu à peu le parenchyme. Les cardiopathes ▼alvulaires y sont exposés, moins toutefois, ce semble, que les rénaux. « Il s*agit, écrit HuchardS de malades de 40 à 50 ans, atteints de bronchites à répétition. Celles-ci sont toujours accompagnées d une congestion chronique et permanente des deux poumons, siégeant le plus souvent aux bases et persistant pendant des mois et même des années après la guérison des poussées bronchitiques. Plus tard, si on n y prend garde, les bronchites répétées avec congestion pulmonaire pourront aboutir à la formation de foyers de pneumonie interstitielle et chronique, et il sera possible de constater à leur niveau Texistence d'une légère submatité avec respiration soufflante et même avec souffle bronchitique. »
Ces bronchites chroniques sont simples^ mais peuvent devenir tuberculeuses; il n'existe^ en effets nul antagonisme entre la tuberculose pulmonaire et les affections cardiaques : tout au plus, un certain antagonisme d'évolution entre la phtisie pulmonaire et les maladies du cœur ; et encore cet antagonisme n'est-il pas absolu.
11 arrive que des rénaux à forte tension et à accidents bronchitiques fréquents, du jour où ils deviennent tuberculeux, voient s'abaisser fortement leur tension. Un malade de 60 ans, que nous avons vu en ville avec L. Rénon, avait 25 de tension et des urines albumineuses ; il devient tuberculeux ; sa tension artérielle tombe à 16. D'autres fois et alors même que la tension demeure normale, des congestions peuvent s'opérer dans les bases du poumon. L'urée dans le sang s'élève, la constante d'Ambard élevée indique un fléchissement dans la valeur filtrante du rein.
Le traitement des bronchites cardiaques simples consiste dans l'emploi de la digitaline à très faibles doses, et dont la prolongation est subordonnée à l'intensité des troubles cardiaques. La théobromine sera ordonnée par périodes de 5 jours coupées de suspensions de 5 à 10 jours. En cas d'élément rénal concomitant la théobromine sera adjointe plus longtemps; en tout état de cause, les régimes hydrique, hydro-lacté, lacto-végétarien, hypo-chloruré tiendront le premier rang.
Si le rein est sain, trouveront place en présence d'une bronchite chronique les expectorants et les
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révulsifs- Les pastilles (fipéea (3 à 4 par jour), la poudre de Dower comptent entre les meilleurs.
Pondre de Dower 15 centigrammes.
P. 1 cachet. — 1 à 40 henres, à 4 henres, an concher.
Od continue 5 à 6 jours. Les balsamiques (goudron, térébenthine) seront proscrits chez les rénaux en raison de Faction irritante possible sur le rein. Les iodures ne réussissent que dans les asthmes nerveux compliqués de sibilances bronchiques ; ici, il existe surtout des râles humides, les reins sont touchés, des accidents d'iodisme ou au moins l'exagération des râles humides bronchiques peuvent apparaître sous reflet de la médication.
Les révulsifs sous forme de ventoi^es scarifiées, ventofÂSes sèches, pointes de feu sont journellement utilisés. On se méfiera des vésicatoires s*il s'agit d'un rénal.
Si le sujet est devenu tuberculeux, ce que l'on vérifiera par la présence des bacilles de Koch dans l'expectoration, les arsenicaux i la lécithine, les glycérophos* phates trouveront leur emploi.
Glycéropbosphate de chanx O^^^ÎO
Lécithine ©•'.lO
Glycérophosphate de magnésie Ocr^iS
P. 1 cachet. — là midi et à dtner.
Ou:
Ârséniate de sonde 1 miUIgr. 1/2
Extrait de convallaria Oc',10
P. 1 pitnle. — 1 avant le repas de midi et du soir.
La nourriture surtout lacto-végétarienne. De la
Tiande à midi si le cœur et les reins fonctionnent à peu près normalement. Repos au lit en cas de fièvre.
Une rémarque en cet endroit : se garder de voir la tuberculose où elle n'est pas. Parfois des rétrécissements mitraux chez des jeunes sujets se compliquent de congestions à un sommet. On croit à de la tuberculose. Auscultons le cœur avec soin, dépistons le roulement présystolique ou le dédoublement du second bruiU U suffit de mettre le malade au repos et de prescrire la digitaline pour voir les accidents se dissiper.
3® Inflammations aiguës. — Les cardiaques sont sujets tout d'abord à des infarctus hémoptoîques dont il sera parlé plus loin, suivis d'inflammations locales et ensuite à des bronchites, broncho-pneumonies, pneumonies souvent indépendantes de l'état du cœur. Toutefois, l'état du cœur peut influer sur le tableau des symptômes. C'est aiosi que la broncho-pneumonie offre asses souvent un caractère hémorragique. La température est peu élevée, en sorte qu'il peut être difQcile de savoir si l'on a devait soi les symptômes d'une broncho*pneumonie ou d'un infarctus. Le traitement consistera dans l'emploi des expectorants^ des révulsifs cutanés {cataplasmes sinapisés^ ventouses scariflée$^ enveloppements humides et chauds du thorax). On prescrira de la digitaline à très faibles doses : V gouttes dès le premier jour de l'infection, des injections sous-cutanées d'huile camphrée, éthéro-camphrée. Le régime sera hydro-lacté ; on ajoutera un peu d'alcool, de grogs, du Champagne si le malade est très faible. Les injections de morphine à faibles doses (1 miliigr.) calmeront la douleur s'il y a lieu. Les
ferments métalliques (10 c. c.) en iojections hypodermiques à partir du cinquième jour feront céder le mouvement fébrile.