ROTH
Le début de la maladie remonte à la fin de septembre.
Le 29 septembre au matin, la mère s'aperçoit que tout le corps de l'enfant est couvert de petites taches rouges qui bientôt se réunissent et confluent, sans cependant intéresser la face. En même temps, il existe un malaise général ; l'enfant, jusque-là toujours très bien portante, pleure au moindre contact.
L’éruption dure deux jours et demi, puis disparaît, mais l'enfant reste mal en train, il s'agissait sans doute d’un rash rubéolique.
Le 7 octobre, elle a un vomissement bilieux ; le 9, elle présente, à plusieurs reprises, des convulsions localisées au côté droit avec rotation des yeux du même côté. Les jours suivants, ces convulsions se reproduisent, des vomissements surviennent après chaque tétée et, en présence de la répétition de ces symptômes alarmants, la mère l’amène à l'hôpital le 13 octobre.
A l'examen, ce qui frâppe immédiatement, c'est l’abattement de l'enfant, abattement qui contraste avec l’aspect général robuste et vigoureux : le regard est vague, sans expression, les membres inertes, la tête retombe en arrière.
La température est de 38°2, les différents organes paraissent normaux, l'appétit est conservé ; l'enfant, élevée au sein, boit régulièrement, gloutonnement. Les signes méningés sont minimes ; 1l n’existe pas de Kernig, pas de raideur de la nuque, mais seulement une distension marauée des fontanelles. Les vomissements ont cessé, mais dans l’après-midi surviennent de nouvelles convulsions ; une ponction lombaire est pratiquée.
Elle donne un liquide hypertendu, albumineux, renfermant de nombreux diplocoques et, dès le lendemain, on institue un traitement par le sérum antiméningococcique de l’Institut Pasteur.
DANS a
Après évacuation d'une quantité correspondante de liquide céphalo-rachidien, on injecte
10 centimètres cubes le 15 ; 10 centimètres cubes le 16 ; lc 17, 10 centimètres cubes ; 5 centimètres. cubes, le 20 ; 10 centimètres cubes, le 21.
L'état, au lieu de s'améliorer, s'aggrave.
Les signes méningés s’accentuent ; la distension dés fontanelles, les convulsions, les vomissements persistent et, en cutre, apparaissent du Kernig et dé la raideur dé la nuque.
L'étude de la courbe thermique et les résultats fournis par la ponction lombaire montrent en outre l’inefficacité absolue du sérum employé.
Après chaque injection, la température, loin de s'abaisser, s'élève, et cette élévation persiste encore pendant plusieurs heures, ainsi qu’en témoigne là courbe prise toutes les trois heures ; il ne s’agit doné bas là d'une simple “hyperthermie véspérale, mais bien d’une hyperthermie provoquée, et l’abaissement de la courbe après la suppression du traitement est venue confirmer cette interprétation.
Le culot provenant de chaque ponction lombaire montre un très grand nombre de microbes, tant intra qu’extracellulaires ; ce nombre reste toujours aussi considérable ét sensiblement le même qu’à la première ponction ; le sérum est donc sans action sur les éléments microbiens.
Devant l’insuccès de la Sérothérapie, les injections de sérum sont abandonnées ; la malade est traitée par des bains chauds toutes les trois heures et des ponctions décompressives.
La température, qui, pendant l'emploi du sérum, avait atteint et dépassé 40, retombe alors et se maintient entré 38 et 39 degrés.
Le tableau clinique se complète. Aux symptômes anté-
noires rieurement constatés, s'ajoutent des troubles respiratoires et des troubles oculaires.
L'enfant est pâle, abattue, s'alimentant difficilement, ne réagissant que faiblement aux excitations ; de temps à autre reparaissent les vomissements et les convulsions ; celles-ci ne sont plus seulement limitées au côté droit et consistent en contractions toniques plutôt que cloniques.
La respiration est rapide, pénible, irrégulière, avec pausés dé durée variable ; le pouls est irrégulier.
On note de l'irrégularité pupillaire, du strabisme convergent, du ptosis de la paupière gauche. Les selles sont diarrhéiques et verdâtres.
L'état reste ainsi stationnaire, avec alternatives d'amé-
licration “et d'aggravation, jusqu'à la fin octobre. * À partir dé Cette époque, rapidement les symptômes s'amendent : la température redevient normale, les convulsions et les vomissements cessent, le strabisme et l'inégalité pupillaire disparais®ent, la respiration redevient régulière ainsi que le pouls ; l'enfant recommence à prendre le sein.
La mère s'aperçoit aiors que sa petite fille à perdu la vue.
Un examen méthodique montre une cécité en apparence complète.
Pendant toute la durée de novembre, l’amélioration persiste ; la guérison paraît assurée, lorsque, brusquement, sans cause, le 29, à 3 heurés de l'après-midi, l'enfant est reprise de convulsions,
Les convulsions siègent surtout dans la face et les membres supérieurs ; elles sont violentes, extrêmement fréquentes, s'accompagnent de cris au moment des paroxysmes.
La témpérature s'élève rapidement et atteint 41; la respiration s'accélère, le facies s’altère, les yeux s’exca-
vent, du nystagmus apparaît, la mort survient le lendenain, 30 novembre, à 8 heures du soir.
Opposition à l’autopsie.
Une série de ponctions lombaires ont été pratiquées pendant l’évolution de la maladie.
Au début, le liquide était clair, hypertendu, albumineux.
Le culot renfermait peu d'éléments constitués surtout par des polynucléaires altérés, mais un très grand nombre de microbes, en diplocoques pour la plupart, quelquesuns en tétrades ; un petit nombre intracellulaires, la plupart libres. - 6 de sl add
Les jours suivants, le liquide est devenu légèrement jaunâtre mais n’a Jamais été franchement purulent.
Le culot plus abondant renfermait des éléments en beaucoup plus grand nombre, la plupart altérés et à forte prédominance polynucléaire ; les microbes étaient toujours en grand nombre.
A partir de la sédation des symptômes cliniques, le culot est devenu moins abondant, les microbes ont diminué de nombre, les lymphocytes ont, au contraire, augmenté.
Les dernières ponctions ne renfermaient plus de microbes, peu de polynucléaires, mais de nombreux lymphocytes.
Le microbe ensemencé donne sur gélose, et sur géloseascite, des colonies isolées dont l’aspect rappelle celui des culture de méningocoques.
L'examen microscopique montre qu'il s’agit d’un coccus en grain de café ne prenant pas le Gram.
D’après l’examen pratiqué par M. Dopter, ses caractères de différenciation sont les suivants
Le germe fait fermenter le sucre comme le méningocoque (lévulose, maltose, glucose), mais il en diffère nettement par les réactions d’agglutination et de précipitation.
Agglutiné par le sérum du malade à 1 p. 80, il ne l’est