LE TRAITEMENT DE LA DOULEUR
L’emploi des calmants du système nerveux, des médicaments analgésiques semble à première vue l’indication fondamentale du traitement des névralgies. L’essentiel, disait Trousseau, est de soulager d’abord.
(1) Neut'oloyiticlic Canlralblalt , 1900, 22.
LE TRAITEMENT DE LA DOULEUR
EL il ne craignait pas d’arriver à des doses formidables de morphine, de belladone ou d’opium. Il ne craignait pas de les reprendre au moindre retour offensif du mal et de les continuer indéfiniment.
Dans certaines névralgies atroces, extrêmement douloureuses, cette pratique est parfaitement justifiée. Dans les névralgies tolérables, de beaucoup les plus nombreuses, mieux vaut au contraire n’employer qu’en dernier moyen les médicaments analgésiques. Ils semblent en effet rendre la névralgie plus rebelle aux autres modes de traitement. Ceci s’applique particulièrement à la morphine. Les malades ayant une fois pris l’habitude de la morphine, surtout sous forme d’injections sous-cutanées, ne trouvent plus guère de soulagement par aucun autre moyen. Ils deviennent très souvent morphinomanes. Dans d’autres cas, la médication, à côté de son influence calmante, a des effets indirects nuisibles. Franck remarquait par exemple combien l’opium, par la constipation qu’il entraîne, réussit mal dans la sciatique. Dans la névralgie intercostale d’origine anémique, il ne réussit guère mieux, non seulement en raison de la constipation mais parce qu’il aggrave les troubles gastriques.
Mieux vaut donc, à moins de souffrance excessive, épuiser d’abord les moyens de traitement purement externes et essayer les médications internes répondant à une indication étiologique (syphilis, impaludisme, goutte, anémie, etc.) et non dirigées exclusivement contre la douleur. La crainte de la morphinomanie obligera à se montrer très réservé dans l’emploi des injections de morphine. Dans les névralgies liées à une lésion grave et incurable (sciatique liée au cancer de l’utérus, névralgies intercostales dépendant d’un cancer secondaire du rachis ou d’une phtisie pulmonaire avancée), cette crainte de la morphinomanie perdrait évidemment son importance. Apaiser la douleur devient bien ici l’indication fondamentale et l’on conçoit qu’on puisse manier avec moins de réserve les divers cal-
manls ; opium, morphine, aconit, datura, belladone, jusquiame, cocaïne, etc.
1" Traitement externe.
Les moyens locaux proposés contre la douleur : révulsion, topiques, chlorure de méthyle, massage, électricité sont nombreux.
Révulsion. — Elle se fait surtout sous forme de pointes de feu et de vésicatoires. Mais de nombreux topiques : liniment térébenthiné, chloroforme, agissent surtout par révulsion. Le pinceau faradique, les pulvérisations de chlorure de méthyle elles-mêmes lui doivent aussi leur principale action. La pommade stibiée d’Autenrieth provoque une pustulation très intense. Elle a surtout été employée dans les névralgies semblant consécutives à la disparition d’un herpès, d’un eczéma. Elle est en ce cas très efficace. Mais les premières applications doivent être légères, la réaction inflammatoire de la peau étant très variable.
Outre la révulsion faite au siège même de la névralgie, Armaingaud insistait sur l’importance de la révulsion sur le rachis, aux points d’origines dos nerfs et surtout aux points de douleurs apophysaires. Souvent même cette révulsion à distance, faite au moyen soit de vésicatoires soit de pointes de feu, est la plus efficace. En cas de douleurs apophysaires, les pulvérisations d’éther faites sur le rachisont égalementdonnéà Iluchard de très bons résultats.
Trousseau, dans le cas de névralgies très localisées avec points douloureux bien nets, insistaitlonguement sur la supériorité des vésicatoires à l’ammoniaque. 11 en a indiqué minutieusement la technique. On remplit aux trois quarts un dé à coudre avec de l’ouate de coton bien sèche et bien tassée. Puis on imbibe d’ammoniaque caustique un autre tampon qui doit l’emplir le reste du dé. On applique alors ce dé sur la peau a la tempe
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par exemple, dans la névralgie faciale — et on le maintient cinq minutes. Quand on enlève le dé, on trouve la portion de peau, avec laquelle l’ammoniaque a été en contact, pâle et contrastant avec la rougeur du pourtour. L’épiderme est flétri et ridé. Il se détache facilement par une légère friction. Sur le derme ainsi mis à nu. Trousseau faisait un pansement avec un centigramme de morphine délayé dans un peu d’eau. Le tout est recouvert d’un pansement occlusif. Le soulagement obtenu dans certains cas « tenait presque du miracle ». L’absorption de la morphine parle derme dénudé continue à se faire pendant deux ou trois jours. Elle est même particulièrement énergique le deuxième j our. Mais elle cesse dès que la cicatrisation commence à s’effectuer.
Topiques calmants. — L’action des simples topiques calmants reste par contre assez problématique. Trousseau employait beaucoup lespommades renfermant un quart d’extrait de belladone ou d’extrait de datura, trois quarts de glycérolé d’amidon. En recouvrant la pommade d’un linge mouillé et d’un taffetas, en se servant du glycérolé comme excipient, l’absorption est notablement plus active qu’avec les excipients graisseux.
Le menthol est assez efficace. Sabbatani l’associe au gaïacol dans la formule suivante :
Gaïacol \ ^ gramme.
Alcool absolu 18
La solution suivante réussit aussi très bien, en particulier dans la sciatique :
•Menthol 5 grammes
Eau de Cologne 30 —
Etendre au moyen d’un petit tampon d’ouate hydrophile surlespoints les plus douloureux. Recouvrir d’ouate et d’un taffetas gommé.
Quelques autres formules seront données â propos des
diverses névralgies en particulier. En voici une dernière due à Huchard, très agréable et évitant les inconvénients des corps gras :
Alcool camphré ) ^
Alcoolat de genièvre '
Alcoolat de lavande
Chloroforme ) ^
Teinture thébaïque s
grammes.
Friction donnée matin et soir, avec une ou deux cuillerées à café de ce Uniment.
Chlorure de méthyle. — Les pulvérisations de chlorure de méthyle imaginées par M. Debove ont constitué dans le traitement externe des névralgies un progrès considérable. La pulvérisation doit être faite sur une très large étendue. 11 est tout à fait inutile de chercher à suivre le trajet du tronc nerveux principal. Le jet sera dirigé obliquement par rapport à la peau et non perpendiculairement. Au moyen de la vis de réglage très commode dans les siphons actuels, on obtiendra un jet petit, filiforme, s’étalant en éventail. Un jet direct et trop gros amène la formation d’une capsule blanche, d’une phlyctène, et parfois même d’une escarre. Le jet doit être déplacé aussitôt que la peau blanchit et se couvre d’un léger givre. Avec ces précautions bien faciles, ces pulvérisations n’olTrent jamais d’inconvénients. Elles peuvent être employées, même chez les diabétiques et les sujets âgés, sans aucune crainte de sphacèle. Il est bien rare que cet excellent procédé ne donne pas un soulagement au moins temporaire. Les indications seront d’ailleurs reprises à propos de chaque névralgie.
Stypage. — Le stypage, dû à M. Bailly (de Chambly), est plus commode que la pulvérisation directe dans certaines régions, sur la face, sur le thorax où l’on peut redouter un refroidissement trop intense. Il convient surtout en cas de points douloureux bien nets et bien limités. Un tampon d’ouate hydrophile peu serré, entouré d’une seule couche de tarlatane fixée par une
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pince hémostatique peut servir à défaut des stypeurs spéciaux. Ce tampon est, au moyen d’un siphon, chargé de chlorure de méthyle jusqu’à ce qu’il laisse suinter de fines gouttelettes liquides. 11 est promené doucement sur tout le territoire douloureux, en insistant sur les points particulièrement sensibles. Le contact doit être ici assez prolongé pour que la peau devienne à ce niveau franchement blanche. Dans un cas de névralgie du nasal interne, le voisinage de l’œil ne permettant pas l’emploi d’un tampon même très petit, M. Bailly s’est servi avec succès d’un pinceau fin, imbibé de quelques gouttes de chlorure de méthyle.
Le stypage trouve, dans les névralgies si intenses et si tenaces liées au zona, son indication la plus intéressante. « Dès que l’éruption herpétique se montre, a bien voulu nous écrire le D"" Bailly, j’applique le tampon chargé de chlorure de méthyle sur chaque bouton efflorescent, jusqu’à ce que j’obtienne la congélation (tache blanche en cupule). Je promène le tampon sur tout le trajet du nerf malade et cela une seule fois par jour. Après trois ou quatre stypages, les boutons s’éteignent et se flétrissent. Si d’autres poussées surviennent, elles sont traitées de même. On parvient ainsi avec un maximum de huit séances (la plupart du temps trois à quatre) à guérir un zona qui généralement réclame un traitement de trois à quatre semaines.
L’application énergique du tampon au niveau de l’éruption est assez douloureuse. Les applications sur le trajet nerveux amènent au contraire une sensation de soulagement. On n’a aucunement à craindre de produire d’ulcérations spéciales. Dans un zona survenu chez une femme de soixante-quatorze ans, atteinte de cancer ulcéré du sein, je n’ai point hésité à appliquer la réfrigération à une distance très voisine de la plaie cancéreuse et la malade a été rapidement guérie, quoique l’éruption fêt large et confluente. »
Le traitement pourrait être parfaitement employé
dans le zona ophtalmique. La seule contre-indication àl’emploi de la méthode serait, quelque soitle siège, une éruption très ancienne et profondément ulcérée. Le nombre des observations de M. Bailly s’élève actuellement à trente-deux. Dans toutes, le procédé s’est montré d’une fidélité parfaite et l’auteur le regarde comme la plus importante des nombreuses applications du stypage.
Electricité. — V électricilé a été employée contre les névralgies et les névrites sous les modes les plus variés : faradisation, courants continus, électricité statique, courants de Morton, courants sinusoïdaux, courants de haute fréquence. Tous ont compté des succès, tous ont aussi compté des échecs. Parfois même les courants trop forts, trop intenses, ont amené des aggravations. La faradisation au pinceau par exemple, avec un courant aussi fort que possible, préconisée par Duchenne de Boulogne, est un bon moyen contre la sciatique. Elle est souvent plus nuisible qu’utile, absolument intolérée, dans la névralgie faciale.
Donner des règles générales est donc assez difficile. Une première due à Beard et trop souvent oubliée est d’employer toujours au début des courants très doux. Us réussissent souvent. Us réussissent parfois même, comme l’ont montré les expériences de Regnard sur la métallothérapie, là où des courants plus forts échouent. De tous les modes d’électricité, les courants continus ont certainement l’action la plus régulière et la plus puissante. C’est surtout en cas de névrites, en cas d’atrophies musculaires ou de troubles trophiques compliquant la névralgie qu’ils constituent réellement le procédé de choix. Contre la douleur, les effets calmants du pôle positif appliqué sur les points les plus sensibles sont rarement en défaut. Le pôle négatif sera de préférence appliqué sur le rachis au lieu d’origine des nerfs atteints ou des points douloureux apophysaires. L'action calmante sera dans quelques cas obtenue par l’intensité
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du courant (procédé de Bergonié dans les névralgies faciales rebelles). Plus fréquemment elle sera demandée à un courant faible, facilement tolérable, mais de durée prolongée.
L’électricité statique, sous forme d’effluves, se rapproche comme action sédative des courants continus. Sous forme d’étincelles, elle se rapproche davantage de la faradisation. Outre son influence locale, elle a en cas d’hystérie, de neurasthénie, une influence générale incontestable. Morton (1) l’a employée sous une forme spéciale (courants de Morton) dans quatre-vingts cas de névralgies et névrites rebelles, traitées inutilement par tous les moyens. Il donne à ces courants la préférence, non seulement sur les divers agents thérapeutiques, mais sur tous les autres modes d’électricité.
Massage. — Le massage a été employé contre les névrites sous des formes diverses : effleurage, massage profond, pétrissage, douche, massage sous l’eau, suivant l’application classique d’Ai.v. En cas de nervosisme, d’hystérie, l’effleurage, les attouchements très légers réussissent particulièrement. Dans les névrites tenaces, les pincements profonds de tout le nerf, pratiqués de la périphérie vers le centre, en saisissant sur ses divers points le cordon nerveux, entre les doigts et le pouce, constituent un procédé se rapprochant de certaines interventions chirurgicales : la compression forcée de Delorme et l’élongation. Dans les névralgies rhumatismales et anémiques, le massage vibratoire par les trépidations mécaniques ou par le diapason de Boudin a donné quelques-uns de ses succès les plus nets. Outre son action directe, le massage peut être indirectement utile en cas de névrites et d’amyotrophies contre les difformités par rétractions musculaires. Il peut être en ce cas utilement combiné aux divers procédés de gymnastique et de Uinésithérapie. Après les polyné-
(1) Medical Itecord, 15 avril 1899, p. 521.
vrites graves, les exercices réguliers, la rééducation patiente des mouvements donnent des résultats aussi satisfaisants et même plus nets encore que dans le tabes.
2° Traitement interne.
Opium. — L'opium^ depuis les célèbres leçons de- Trousseau, est en particulier classique dans le tic douloureux de la face. Trousseau cherchait à tout prix « à maintenir la malade sous la domination du médicament ». 11 débutait toujours par des doses élevées commençant presque d’emblée par 0 gr. 50 d’extrait gommeux d’opium par jour. Cette dose déjà forteétait portée progressivement et rapidement jusqu’à 15 grammes et plus par jour, s’il était nécessaire. La médication n’élait que lentement diminuée et reprise au premier symptôme de rechute. Pour diminuer leur dépense pharmaceutique, certains malades finissaient par acheter l’opium brut au kilo. Ils en faisaient euxmêmes des bols d’un gramme environ dont ils prenaient cinq, dix et vingt par jour. Au fond, malgré cette énergie dans le traitement. Trousseau regardait la névralgie épileptiforme comme d’une opiniâtreté désespérante. En trente-six ans de pratique médicale, il disait ne pas avoir vu un seul cas grave sans retour.
Morphine. — La morphine^ surtout au moment de la vogue excessive des injections hypodermiques, parut devoir détrôner complètement l’opium et amener la. guérison de toutes les névralgies. Le seul point discuté était de savoir s’il suffirait de faire les injections à distance ou s’il fallait se rapprocher le plus possible du siège du mal, afin d’avoir une action à la fois locale et générale. Vanlair se fondant sur ce que la douleur est avant tout un phénomène d’origine centrale soutint [)articulièrement la première opinion. En réalité, pour la névralgie faciale, la difliculté de faire l’injection à la face oblige à la pratiquer à distance. Mais pour les né-
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vralgies intercostale, sciatique, etc., cette difficulté n’existe pas. 11 y a tout intérêt, comme l’a montré Chouppe, à se rapprocher le plus possible du point douloureux. Mais le mieux est de réserver les injections de morphine aux névralgies entraînant des soulTrances atroces ou symptomatiques d’une affection incurable (cancer, etc.). Pour soulager une névralgie légère ou passagère, il est toujours dangereux d’exposer les malades à la morphinomanie.
Aconit. — aconit est certainement le plus puissant des antinévralgiques, peut-être même le seul antinévralgique réel. Ferreira allait jusqu’à dire que, sans ce médicament, le traitement des névralgies est impossible. L’aconit n’a pas seulement réussi dans les diverses névralgies, mais il compte des succès, même dans la plus rebelle de toutes : le tic douloureux de la face. Cependant son véritable triomphe est dans ce que Gubler appelait la névralgie faciale congestive sans intermittence, sans périodicité, sans crises épileptiformes, se montrant particulièrement la nuit, s’exaspérant par la chaleur et s’accompagnant d’une élévation thermique.
L’alcoolature d’aconit est d’action très inconstante ; la teinture d’aconit elle-même varie beaucoup comme activité. Les granules d’aconitine à 1/10 de milligramme sont presque exclusivement employés. Laborde, dans une excellente formule, associe l’aconitine au sulfate de quinine :
Aconitine cristallisée 1/5 de milligr.
Sulfate de quinine 10 centigr.
Extrait mou de quinquina Q. S.
Pour une pilule, quatre à cinq par jour.
On ne doit pas, avec l’aconitine cristallisée, dépasser 2 milligrammes. Les doses de 4 et même 7 milligrammes, citées par Gubler, s’appliquent à l’aconitine amorphe. Môme avec 1 à 2 milligrammes on devra prévenir le malade des symptômes d’intolérance : ver-
30 LliS INDICATIONS SYMPTOMATIQUES EN GÉNÉRAL.
tiges, fourmillements et engourdissement de la langue, saveur poivrée de la bouche, soubresauts des membres inférieurs, nausées, anxiété respiratoire. Quel que soit le dosage et même avec les granules au 1/10 de milligramme, le médecin doit toujours surveiller et constater par lui-même l’effet des premiers granules. Les injections hypodermiques ne doivent jamais être employées.
Datura. — Le dalura était regardé par Trousseau et Pidoux comme très actif dans la névralgie faciale. Ils indiquaient comme ayant une action calmante réelle la pommade suivante :
Extrait de datura Gérât
âa 10 grammes.
Ils employaient également des compresses imbibées avec une décoction chargée de 30 grammes d’extrait alcoolique pour 300 gi’ammes d’eau. Le datura a été également donné à l’intérieur sous forme de pilules renfermant 2 à 3 centigrammes d’extrait. Le nombre des pilules prises chaque jour était progressivement augmenté jusqu’à production d’un peu de sécheresse de la bouche et de légers vertiges. Tous ces moyens sont aujourd’hui bien oubliés. Seules les cigarettes de datura, classiques contre l’asthme, méritent d’être connues dans la névralgie faciale et surtout dans la névralgie d’origine dentaire. Elles donnent, principalement dans les formes avec douleurs sourdes, persistantes, continues, un soulagement l’éel.
Belladone. — La belladone ne calme guère les névralgies qu’à très fortes doses, amenant l’éblouissement et le vertige. Les injections sous-cutanées d’atropine sont très toxiques. Les simples frictions indiquées par Trousseau sont elles-mêmes délicates à manier. Trousseau, dans la névralgie faciale et dans les névralgies à points très limités, faisait faire toutes les heures
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une friction avec IV à V gouttes de la solution suivante :
Sulfate d’atropiue 5 centigr.
Eau alcoolisée 5 grammes.
Parfois même il appliquait des compresses de toile fine recouvertes d’un taffetas gommé et imbibées d’une solution moins active :
Sulfate- d'atropine 25 centigr.
Eau alcoolisée 100 grammes.
Ces moyens doivent être connus, mais en raison de leurs dangers, doivent être réservés à des cas exceptionnels.
Les cautères belladonés ont parfois donné à Trousseau des succès dans des névralgies et surtout dans des sciatiques ayant l’ésisté à toutes les médications. Le cautère était appliqué entre l’ischion et le grand trochanter. Au lieu d’être pansé avec un pois simple, il était pansé avec le pois médicamenteux suivant :
Extrait de belladone
— d’opium
Poudre de ga'iac
— de gomme adragante
Ces pois devaient être très durs et séchés même à l’étuve, afin de n’abandonner que lentement leur principe actif.
L'atropine a été quelquefois donnée à l’intérieur. Bouchardat, par exemple, remplaçait la formule usuelle des pilules de Meglin par la formule suivante et la regardait comme beaucoup plus efficace :
Valérianate de zinc 5 centigr.
Atropine 1/2 milligr.
Miel Q. s.
Pour une pilule.
I âa 10 centigr.
) pour durcir.
Jusquiame. — a été longtemps regardée
comme le médicament antinévralgique par excellence. On la donnait surtout sous forme de pilules de Méglin. Celles-ci ont dans les névralgies, en particulier dans les névralgies faciale et intercostale, une efficacité réelle. Voici leur formule :
Extrait de jusquiame noire
Oxyde de zinc sublimé
Pour une pilule.
Méglin (1) insistait beaucoup sur l’utilité de faire prendre immédiatement après la pilule une tasse d’infusion de tilleul et d’oranger. Dans les cas anciens et surtout dans ceux où les malades étaient affaiblis et fatigués par la violence des douleurs, il associait le quinquina.
Les doses atteintes chez certains malades semblent presque incroyables. Après avoir débuté par une pilule matin et soir, Méglin atteignait parfois jusqu’à 20 et même 30 pilules chaque jour. La tolérance pour la jusquiame, le principe actif du médicament, parait extrêmement variable. Méglin remarque lui-même que l’activité du produit est également sujette à de grandes variations. 11 est sage de débuter par une seule pilule par jour. On augmentera lentement en tenantcompte des signes d’intolérance : vertiges, lourdeurs de tête, accidents gastriques. Une règle importante, une fois le soulagement obtenu, est de ne pas suspendre brusquement l’emploi des pilules, mais de les continuer, à doses décroissantes. Dans les cas anciens, Méglin maintenait fort longtemps après la guérison le traitement avec une ou deux pilules par jour.
Hyosciamine. — L'kyosciamine peut être employée pour remplacer la jusquiame. Elle s’emploie en granules
de valériane
(I) .Méglin.
bourg, 181C.
Ilecherches sur la névralgie faciale. Stras-
LE TRAITEMENT DE LA DOULEUR
de un milligramme pour l’hyosciamine amorphe, de un demi-milligramme pour l’hyosciamine cristallisée. L'augmentation doit êtretrès progressive, très surveillée. La dose totale ne dépassera pas par jour 5 ou 6 granules. Les injections sous-cutanées sont à peu près abandonnées et offrent, en i-aison de l’absorption rapide, des dangers réels d’intoxication. MM. Lannois et Pont, dans’ un cas de tic douloureux de la face ayant résisté à la névrotomie, ont obtenu la guérison par les injections de chlorhydrate d’hyoscine (deux injections par jour d’un 1/5® de milligramme chaque).
Gelsemium sempervirens.— Le gelsemium sempercirens a eu vers 1875 quelques années de vogue passagère. Il paraît présenter une efficacité réelle. C’est malheureusement un médicament difficile à manier, d’activité semblant très variable. Jurasz, avec XX gouttes de teinture de gelsemium données chaque jour, a guéri 5 cas de névralgies rebelles dont 3 de la face, 1 du bras, 1 du nerf sciatique. La sciatique durait depuis un an et demi, les autres depuis plusieurs semaines. Elles avaient résisté à tous les traitements. Mais il n’est pas rare d’observer, même avec des doses faibles, des accidents assez sérieux : vertiges, vomissements, frissons, ptosis, diplopie, myosis, somnolence, parésie des membres inférieurs.
La gelsémine est un produit encore très mal défini, tantôt extrêmement actif sous forme de gelsémine cristallisée et aussi peu maniable que l’aconitine, tantôt mélangé de résines et d’effet très inconstant. Le gelsemium paraît d’ailleurs renfermer deux alcaloïdes distincts en proportions mal définies. L’un aurait l’effet calmante! antinévralgique, l’autre aurait une action tétanisante des plus redoutables. Bref c’est un médicament énergique, méritant d’être étudié, et même d’être employé dans certaines névralgies atroces ayant résisté à, tout traitement, mais encore trop mal connu pour entrer dans la pratique journalière.
Plicque. — Névralgies et névrites.
Antipyrine.^ — L’antipyrine n’a pas tenu toutes les espérances qu’avaient fait naître les premières l'eclierches de Wolf et de Germain Sée sur son emploi dans les névralgies. Son efficacité dans la migraine est incontestable. Elle réussit assez bien dans les névralgies légères où tout réussit. Mais elle échoue dans les névralgies tenaces, graves, et en particulier le tic douloureux de la face. Les injections hypodermiques, plus actives, n’ayant aucun inconvénient, doivent être préférées dans la sciatique, la névralgie intercostale. Voici la formule la plus usuelle :
Eau distillée 10 grammes.
Antipyrine 2s'-,50
Chaque sei'ingue de Pravaz renferme 0*'% 25 d’antipyrine.
Les lavements à l’antipyrine sont un bon moyen dans la sciatique et les névralgies lombaires ; on formulera ;
Eau tiède 120 grammes.
Jaune d’œuf n« 1
Antipyrine 2 à 4 grammes.
Enfin dans toutes les applications de courant continu et en particulier pour la névralgie faciale, il est très utile de mouiller la plaque de feutre répondant au pôle positif avec une solution d’antipyrine au I/IO”. L’action sédative paraît notablement augmentée.
Cocaïne. — La cocaïne donne, quand l’injection peut-être faite au voisinage même du nerf douloureux, un soulagement aussi complet que la morphine. Toutefois elle n’a pas, comme cette dernière, l’avantage de procurer en même temps le sommeil. Parfois aussi l’action analgésique reste imparfaite. M. Pitres (1) amon-
(l)PiTMEs. — NUI® Congrèsinternationaldemcdecine, août 1900. Section de neurologie. Comptes rendus, p. .^>92.
LE TRAITEMENT DE LA DOULEUR. Ô5
tré les raisons de cette action inconstante ; le siège des excitations algésiogènes dans les névralgies est variable. La cocaïne permet de déterminer exactement ce siège. On peut ainsi en faisant successivement des injections sur les divers points du trajet des conducteurs sensitifs et au besoin jusque dans le canal rachidien, déterminer à quel niveau se produit complètement la suppression delà douleur. La cocaïne devient un agent de diagnostic précis en même temps que de traitement. Ce fait, (réserve gardée sur le danger aujourd’hui mieux connu des injections intrarachidiennes) peut être utilisé avant les interventions chirurgicales.
La solution employée est en général la solution au t/oO^ Malherbe (1). préférait toutefois une solution plus concentrée. Il injectait deux fois par semaine une demi-seringue de la solution au l/2ü®. Malheureusement l’emploi delà cocaïne expose à la cocaïnomanie. Le malade, pour trouver du soulagement, est forcé de multiplier les injections. La cocaïnomanie est peut-être plus facile à supprimer que la morphinomanie. Mais ses accidents : déchéance physique et intellectuelle, attaques épileptiformes sont particulièrement redoutables.
La cocaïne en injections sera donc réservée aux cas intolérables. Dans le tic douloureux de la face, la méthode de M. Grandclément (de Lyon) a donné trois guérisons maintenues après six mois et un an. M. Grandclément associe l’antipyrine et la cocaïne dans la solution suivante :
Eau distillée 10 grammes.
Antipyrine 4 —
Cocaïne 5 centigr.
Les injections sont faites chaque jour loco dolenli. Trois injections sulïirent dans le cas le plus heureux. Six semaines de traitement suffirent dans le cas le plus
(1) Maliif.hbe. — ItuUelin médical, 27 janvier 1802.
36 LlîS INDICATIONS SYMPTOMATIQUES EN GÉNÉRAL.
tenace. Dans un quatrième cas, il y eut au bout d’un an récidive. Mais celle-ci céda après une série d’injections, moins longue que la précédente. Dans ce dernier cas, la cocaïne avait déterminé une atrophie des muscles de la région affectée et une anesthésie permanente de la peau. La médication semble donc agir par une véritable destruction des rameaux nerveux. C’est une nouvelle raison de réserver uniquement son emploi aux névralgies graves.
Dans les dernières séances de la Société médicale des hôpitaux, MM. Achard, Marie, Guillain ont présenté des faits assez nombreux de sciatiques immédiatement soulagées par des injections intrarachidiennes de cocaïne. La faiblesse des doses employées (un demi-centigramme dans quelques cas) supprime toute crainte d’intoxication. Cette méthode sera plus utilement discutée à propos de la sciatique. La crainte de la ponction rachidienne reste la principale objection.
M. Sicard (1) a obtenu les mêmes succès par l’injection de cocaïne dans l’espace épidural en dehors des méninges. 11 fait pénétrer l’aiguille par l’articulation sacrococcygienne, très facilement abordable sous la peau. Ce procédé lui a réussi, ainsi qu’àM. Widal, non seulement dans la sciatique mais dans la névralgie intercostale et dans une gastralgie violente, symptomatique d’un ulcère de l’estomac. 11 mérite une attention particulière.
Acétanilide, Exalgine, Phénacétine. — Outre ces médicaments déjà si nombreux, bien d’autres ont été proposés.
L' acétanilide se donne par cachets de sans
dépasser 2 grammes par jour.
Vexalcjine, plus toxique encore, se donne par cachets de 0<5'’,20 sans dépasser 1 gramme ; même à dose de 08%25, elle détermine parfois de la gastralgie, des
(1) SicAiu). — Société médicale des hôpilauj', séance du lu mai 1901.
LE TRAITEMENT DE LA DOULEUR
nausées, des vertiges. La Tormule suivante de Berne et Gouguenheim permet un emploi très fractionné :
Exalgine 50 centigr.
Alcool cà 90“ Q- S. pour dissoudre.
Sirop diacode 10 grammes.
Eau distillée 90 —
Par cuillerée à bouche, en espaçant et surveillant les effets.
L'anilipyrine, combinaison d’acétanilide et d’antipyrine est plus maniable. Par cachets de 0®'',50 sans dépasser 2 grammes, elle est mieux tolérée que l’acélanilide et semble aussi efficace.
La a l’avantage d’une certaine durée d’ac-
tion. On ne dépassera pas 1 gramme àl®^50 par jour par cachets de 0s%2o. Domanski l’a associée, surtout dans les névralgies rhumatismales, au salol et à la caféine :
Phéuacétine
Salol
Caféine
Diviser en dix cachets : 2 à 4 par jour.
.t:i 2 grammes.
40 centigr.
Traitement thermal. — Les slalions lhc7')nales efficaces contre les névralgies et les névrites sont nombreuses. Les unes s’adressent surtout à, la lésion locale (eaux sulfureuses, bains de boue) ; les autres, à l’état général (nervosisme, anémie).
Leurs indications peuvent être brièvement résumées, mais ce résumé sera forcément un peu schématique.
1® Néris, la station thermale la plus nettement spécialisée contre les névralgies, convient surtout en cas d’hystérie, de nervosisme. Son action dans la névralgie intercostale, dans la névralgie plantaire, est classique. Si peu stimulantes et si indifférentes de composition que soient les eaux de Néris, elles déterminent presque toujours au début une exacerbation suivie bientôt de soulagement et de guérison .
2“ Bagnères de Bigorre convient, comme Néris, en cas d’excitation nerveuse.
38 LES INDICATIONS SYMPTOMATIQUES EN GÉNÉliAL.
3“ Luxeuil, par la composition ferrugineuse de ses eaux est surtout indiqué en cas de chlorose et d’anémie.
4“ Plombières a une spécialisation bien nelte contre les névralgies palustres et rhumatismales.
Les Eaux-Chaudes, autrefois célèbres en cas de rhumatisme chronique, de syphilis ancienne, d’intoxications minérales et surtout d’intoxication saturnine, ont l’action puissante des eaux sulfureuses.
6“ Cette action se rétro UA^e à Aix, aidée de procédés spéciaux d’hydrothérapie : douches-massages, douches avec étuve. Aix est la station classique contre la sciatique et surtout contre la sciatique des goutteux.
7° Cette action des eaux sulfureuses se retrouve également à Ludion, avec une indication spéciale en cas de syphilis ancienne ou d’herpétisme.
8“ La Malou est surtout l’ecommandable en cas de crises fulgurantes, de viscéralgies survenant au cours des polynévrites et rappelant les douleurs en éclair et les crises viscérales du tabes.
9“ Les boues organiques de Dax et de Saint-Amand sont principalement conseillées contre la sciatique-névrite. Comme N’éris, elles déterminent parfois au début un réveil des douleurs. En cas de contractures, de rétractions des muscles antagonistes aux muscles atrophiés leur action résolutive est souvent très remarquable. L’application des boucs transportées à distance et réchaulfées conserve une action très réelle.
10“ Bourbonne enfin a son indication spéciale contre toutes les névralgies et névrites traumaticiues, suites de contusion, de fracture ou de plaie par armes à feu; vers la fin de la cure, les douleurs passent souvent par une période d’exacerbation.