II. — EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE
Le but de l’examen bactériologique est démontrer quelle est la marche de la stérilisation et le moment où cette stérilisation est suffisante pour que la fermeture puisse être effectuée. 11 est nécessaire que la quantité des microbes contenus dans la plaie soit connue. Comme les plaies doivent être examinées tous les deux ou trois jours, et que dans beaucoup d’hôpitaux il n’existe pas de bactériologiste de profession, la technique a été rendue assez simple pour qu’un grapd nombre d’examens puissent être faits par des gens peu expérimentés en bactériologie. Les sécrétions des plaies sont étudiées à laide de frottis. Ce procédé sommaire permet quelques constatations qualitatives, mais surtout la numération approximative des microbes contenus dans les sécrétions. Grâce à lui, on peut apprécier la diminution des microbes â mesure que le traitement progresse et le moment de leur disparition totale. Nous avons déterminé empiriquement que la disparition des microbes des frottis indique un degré d’asepsie compatible avec la fermeture de la plaie. Malgré sa grossièreté' cette méthode est préférable aux procédés habituels de la bactériologie. En effet, les frottis montrent ce que contient la plaie, tandis que les curtures indi-
122 HXAMKN CUXKJIjL: HT BACJERIOLOGIQÜE DES PLAIE.'^.
quent ce qui pousse dans un milieu détermine. 11 faut lecouni aux cultures lorsqu’on veut savoir si une plaie est bacteriotogiquement stérile, ou lorsqu’il est important de connaître non seulement le volume mais la nature de l’infection. La méthode des cultures peut être employée aussi à la période de l’infection où les frottis ne donnent pas de renseignement sûr, c est-à-dire, pendant les douze premières heures. A cette période, en effet, les microbes sont en si petit nombre et si dilués par le sang, qu’on ne les voit pas sur les frottis.
■V Technique. — 1“ Manière de faire les prises des sécrétions. — Pendant les six ou douze premières heures les
sécrétions de la plaie sont nulles. Les parois saignent p us ou moins abondamment et les frottis du sang prélevé dans la plaie ne montrent pas de microbes. Les prises doivent etre faites dans les parties de la plaie qui ne saignent pas, au voisinage ou à la surface des débris de vêtements et des éclats
Les plaies âgées de plus de douze heures présentent, en général, quelques sécrétions. Comme l’hémorragie s'est arrêtée, les prises peuvent être faites facilement dans une région ou les sécrétions ne sont pas diluées par du sang. On choisit toujours
EX AMES BACTERIOLOGKJÜE.
les points situés au contact des débris de vêtements ou des éclats d’obus, car dans ces régions l’infection primitive se trouve à son maximum.
La prise se fait à l’aide d’un fd de platine rigide monté sur une tige de verre (flg. 49). Si la plaie est soumise à l’instillation continue, le traitement est interrompu deux heures, au moins, avant le moment de la prise, afin que les secrétions ne soient pas diluées par l’hypochlorite. Un retire les tubes et tes compresses de la plaie avec douceur de façon à ne pas provoquer d’hémorragie. Le lieu de la prise est choisi attentivement. Il ne faut jamais faire de prise dans une région de la plaie qui saigne. On cherche la région où il y a le plus de probabilité de trouver des microbes. Gomme la surface lisse des muscles se désinfecte très vite, il faut examiner de préférence les tissus grisâtres qui se trouvent dans les parties les plus profondes des plaies, les points nécrosés des aponévj'oses, la surface des
os blessés et les culs-de-sac des plaies anfractueuses, où les sécrétions peuvent s’accumuler à l’abri du liquide antiseptique. C’est par des prises multiples faites en des endroits variés qu’on peut se rendre compte de l’état bactériologique d’une plaie. Dans les plaies en surface, il est utile d’examiner la peau voisine. A l’aide d’un bistouri ou d’un fil de platine rigidè on racle légèrement la surface de la peau ou du liséré épithélial.
2“ Préparation des lames. — Les sécrétions ainsi recueillies sont étendues sur des lames (fig. oO) pourvues d’une éti-
]2'i EXAMEN dINIQUE ET BACTERIOEOGIQUE DES PLAIES.
quelle sue laquelle on mscril le iioru du blesse, sou numéro et l’indication de la plaie et de la région de la plaie où a été prélevée la sécrétion. Les lames, ainsi préparées au cours de la visite, sont rangées dans une boîte à préparations microscopiques où elles sèchent, et portées au laboratoire où une infirmière les fixe et les colore.
Chaque lame est saisie entre le pouce, et l’index et passée trois fois à travers la flamme -d’un bec de Bunsen, le frottis étant tourné vers la flamme.
Puis elle est déposée sur un support de verre et elle reçoit quelques gouttes de thionine phéniquée. Au bout d’une demiminute, elle e'st lavée à l’eau et mise à sécher.
3» Numération des microbes — Les lames ainsi colorées sont rangées sur une table et l’infirmière place sur chaquefrottis une goutte d’huile de Cèdre. Les préparations sont alors examinées avec un objectif à immersion n° 12 et un oculaiie 11“ 5. On compte le nombre de microbes qui se trouvent par champ de microscope et on examine aussi les éléments anatomiques qui s’y trouvent. Cette technique donne naturellement des renseignements grossiers, mais qui sont suffisants. En effet, lorsque le nombre des microbes par champ de microscope dépasse cinquante ou cent, il est inutile de les compter très exactement L’examen des frottis n’a pour but que de faire connaître la marche du traitement. Or, il est facile de voir si une sécrétion, contenant un jour des microbes innombrables, montre le lendemain une diminution marquée de leur quantité. Si leur nombre devient inférieur à cinquante par champ de microscope, la numération est plus facile. Lorsqu’il s agit de refermer une plaie une dizaine de champs doiventêtre examinés avec soin. Au moment où les frottis ne contiennent plus de micro-organismes ou montrent un seul microbe par cinq ou dix champs, le chirurgien doit être averti de la possibilité de suturer la plaie.
On exprime l’état bactériologique de la plaie pai\un rapport où le numérateur représente le nombre de microbes observé et-le dénominateur le nombre de champs examinés.
L’état bactériologique se traduit graphiquement par une courbe où le temps est porté en abscisse et le nombre de microbes contenus dans un champ de microscope en ordonnée
EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE.
(fig. 51). Comme il arrive souvent qu’on ne voit qu’un seul microbe par deux, cinq ou dix champs, on exprioie ces élats par f, I ou ^ de microbe par champ.