CHAPITRE I
Sommaire. — Les caractères généraux de la méthode. — [. Choix d’un antiseptique. Les antiseptiques usuels. Pouvoir bactéricide et action sur les tissics. — A. L’hgpochlorite de soude de Dakin. Différence de Vnclion sur les tissus d.e l’eau de Javel, de la liqueur de Ldbarraque et de la solution de Dakin. — 1° Son action bactéricide. Expériences montrant que la stérilisation des plaies est due à l’action antiseptique de l’hypochlorite. — 2° Son action sur les toxines microbiennes. — 3° Sa toxicité. — 4“ Son action sur les tissus. Son influence sur la marche de la cicatrisation des plaies. — 5° Son mode d’action. — B. Les chloramines. — 1° Leur pouvoir bactéricide et leur action sur les tissus. Leur mode d'action. — 2“ Le paratoluène sodium sulfochloramine et ses propriétés.
II. Le contact de l’antiseptique et des microbes. — A. La topographie de l’infection. Plaies fraîches et plaies suppurantes. — B. La préparation de ta plaie à la pénétration de la substance antiseptique. — C. L’adduction de l’antiseptique à toutes les régions de la plaie.
III. Lé maintien de la concentration de l’antiseptique. L’instillation continue.
IV. Durée de l’application de Vantiseptique. — A. Nécessité d’un contact prolongé. — B. Rapports entre la durée de l’application et les dimensions de la plaie.
V. La connaissance de l’état bactériologique de la plaie. Toute plaie doit répondre au traitement par la diminution du nombre des micro-organismes et leur disparition. Insuffisance des renseignements cliniques. Nécessité de l’e.xamen bactériologique.
La destruction chimique des rnicro-organismes infectant une plaie est rendue possible par la différence de résistance que présentent tes tissus pourvus de circulation, et les microlîès qui se trouvent à leur surface. On conçoit donc qu’une substance antiseptique donnée, appliquée sous une certaine concentration, et pendant un certain temps, puisse tuer les microbes sans léser de façon appréciable, les tissus normaux La chimiothérapie des plaies est plus facile à réaliser que celle du sang. Dans ce dernier cas, une substance capable de détruire les
microbes est dangereuse pour les globules car la résistance des éléments anatomiques isolés est peu différente de celle des micro-organismes.
L'application à l’aide d’une technique quelconque d’une substance antiseptique énergique ne suffit pas à stériliser une plaie. Le succès de la méthode qui nous permet de rendre aseptique une blessure infectée n’est pas dû aux propriétés merveilleuses d’une drogue nouvelle. 11 doit être attribué à un ensemble de procédés qui permettent d’employer une substance antiseptique déterminée dans des conditions telles de concentration et de durée que son action devienne efficace. Cet ensemble constitue une méthode dont toutes les parties-sont solidaires les unes des autres. 11 serait impossible de modifier l’antiseptique sans changer son mode'd’emploi. De même, une modification dans la technique demanderait un antiseptique doué dé propriétés chimiques différentes.
La technique de la stérilisation a été étudiée, non pas au cours d’expérience in vitro, mais bien sur les plaies ellesmêmes. Nous avons déterminé, en suivant l’évolution bactériologique d’une plaie, les conditions dans lesquelles un antiseptiques donné est susceptible d’amener rapidemenUa disparition totale des microbes. Nous avons trouvé ainsi, qu’un% substance fortement bactéricide et cependant peu irritante, telle que l’hypochlorite de soude de Dakin, stérilise une plaie, si elle entre en contact avec, le^ microbes pendant un certain temps et sous une concentration déterminée. Comme la plaie doit répondre au traitement en se stérilisant, et que la marche de la stérilisation ne peut pas nous être dévoilée par un simple examen clinique, l’étude bactériologique des sécrétions est le guide nécessaire de la thérapeutique.
La méthode repose donc sur l’emploi, rigoureusement contrôlé par le microscope, d’une substance déterminée, dans des conditions de contact, de concentration et de durée établies par l’expérimentation directe sur des plaies infectées.
Pour choisir la substance la plus propre à stériliser une plaie infectée, on doit considérer, outre son action germicide, beaucoup d’autres facteurs tels que son pouvoir irritant pour les tissus, sa toxicité, sa,solubilité, sa capacité de pénétration dans les tissus et d’absorption par eux et son mode de réaction avec les matières protéiques et les autres constituants des tissus. La destruction des bactéries sous l'influence d'une substance chimique est due à une réaction de l’antiseptique d’une part, avec, d’autre part, les protéines et les autres substances qui entrent dans la conslitution des micro-organismes. Des microbes, en suspension dans l’eau, sont facilement détruits par les antiseptiques, car le mélange ne contient pas d’autres protéines. Mais, lorsqu’ils sont plongés dans du sérum sanguin, du pus ou d’autres exsudais, leur destruction est plus difficile, car l’antiseptique agit non seulement sur les micro-organismes, .mais aussi sur les substances protéiques du milieu où ils se trouvent. C’est pourquoi la valeur d’une substance destinée au traitement des plaies doit être jugée d’après son action germicide sur des microbes immergés dans du sérum sanguin et du pus, et non pas sur des microbes simplement suspendus dans l’eau.
L’activité germicide de tous les antiseptiques connus est fortement réduite par la présence de s.érum sanguin ou de substances analogues. Dans certains cas, celte réduction est si grande, que le composé ernployé dans ces conditions perd toute sa valeur pratique. Dakin et Üaufresne ont montré, dans des expériences résumées plus loin, l’énorme diminution du pouvoir germicide de certains antiseptiques ^ous l’action du sérum sanguin. Dans ces expériences, l’action antiseptique des substances était déterminée par la concentration de la solution capable de tuer eu deux heures, à la température du laboratoire, les microbes en suspension dans l’eau et dans du sérum de cheval.
La techniqua suivie par Daufresne était la suivante ; On préparait une série de tubes contenant 5 centimètres cubes d’une solution de la substance sous une concentration progressivement décroissante. A chaque tube on ajoutait une ou deux gouttes d’une culture de vingt-quatre heures en bouillon peptoné do l’organisme à étudier. On préparait aussi un tube témoin conte-
liant 5 centimètres cubes d'eau distillée avec une goutte de culture. Les mélanges de l’antiseptique et des microbes étaient agités soigneusement chaque demi-heure, et conservés à la température de 18 à 20“ pendant deux heures. Ensuite, un anneau du liquide de chaque tube était placé dans une série de tubes contenant chacun 3 centimètres cubes de bouillon. Ces tubes étaient placés à l’étuve, à la température de 57“ pendant vingt-quatre heures. Quand, au bout de vingt-quatre heures, aucun développement ne s’était montré, on considérait que la concentration de l’antiseptique dans la première série de tubes était suffisante pour tuer l’organiSme. Une stérilisation incomplète était indiquée par la croissance de l’organisme dans le bouillon. L’examen de l’action antiseptique de la substance en présence de sérum sanguin fut fait de manière analogue, mais on ajoutait au liquide contenu dans la première série de tubes 5 centimètres cubes de sérum de cheval chauffé préalablement à 55“ ou 56“.
Environ deux cents substances différentes furent étudiées de la sorte par Dakin et Daufresne. Les micro-organismes qui servirent aux épreuves furent le staphylocoque, le streptocoque, le bacille pyocyanique et le bacille de Welch. Dans le tableau suivant nous résumons quelques-unes des expériences de Daufresne, faites à l’aide d’une culture fraîche de staphylocoque sur certains antiseptiques usuels. Le signe -l- indique que la culture est positive et le signe — quelle est restée stérile.