‹ Le traitement des plaies infectéesChapitre 6 sur 79 · ANTISEPTIQUES · texte numérisé non relu

ANTISEPTIQUES

SANS SéCCM SANCCN

Iode.

Bichlorure de mercure. . .

Nitrate d’argent.

Ilypoclilorite de soude . . .

Ce tal)leau montre combien est faible le pouvoir d’un antiseptique qui eut une grande vogue, l’acide phénique.ll indique "également que le bichlorure de mercure qui agit de façon^ médiocre sur une plaie infectée, tue cependant le staphylocoque' en présence de sérum sanguin à 1 : 2;) 000. Ces expériences nous enseignent clairement que dans te choix d’un antiseptique convenable beaucoup d’autres propriétés que son action germicide doivent être envisagées. En effet, il est démontré que le bichlorure de mercure, le nitrate d’argent et l’iode qui présentent un pouvoir germicide élevé, sont cependant les moins propres au traitement des plaies. 11 est donc utile de considérer les inconvénients pratiques des substances que nous venons, d’examiner.

Le phénol possède un pouvoir germicide très faible surtout lorsqu’il agit en présence de sérum sanguin. Quand on l’emploie sous une concentration assez forte pour que son action germicide soit efficace, il devient fortement destructeur des tissus normaux.

L’eau oxygénée donne des résultats encourageants quand on examine son action bactéricide dans un tube à essai. Au contraire, sur les plaies, elle a une action très faible, parce qu’elle se décompose avec la plus grande facilité sous l’inflflence de la ___ eatalase toujours présente dans les tissus 'et les globules sanguins. Par suite, son action ne s’exerc!e''que’Pendant un temps insignifiant. L’action détergente mécanique, qui résulte du dégagement rapide de l’oxygène au contact des surfaces infectées, a probablement une valeur plus grande que l’action antiseptique de l’eau oxygénée elle-même. Dakin{‘) cite à ce sujet une expérience intéressante qui lui a été communiquée par le professeur E. K. Dunham, de New-York. Un lapin qui avait reçu une injection intraveineuse de bacille de Welch [Bacillm aero- (jenes ca 2 )sulatus ou Bacillusperfrincjens) fut tué. Le foie infecté fut coupé soigneusement en petits fragments. On trouva que le volume de ces fragments de foie infecté, placés à l’étuve avec de l’eau oxygénée, ne devait pas dépasser un millimètre cube, pour que les micro-organismes, qui y étaient contenus, fussent tués. Si les fragments étaient un peu plus gros, le bacille de YVelch se multipliait activement. Il faut donc considérer l’eau

(*) Dakin, Presse Médicale, 191,5.

Carrei. ^

oxygénôe comme ayant une faible action antiseptique, même contre les microbes anaérobies.

Le bichlorure de mercure perd facilement la plus grande partie de son pouvoir antiseptique en présence du pus et des substances qui constituent les tissus. En outre, il est très irritant, même en solution étendue.

Le nitrate d’argent a une plus grande valeur que le bichlorure de mercure. Mais, quand on s’en sert sous une concentration'suffisamment élevée, il devient irritant. Beaucoup de substances qui entrent dans la composition des tissus inhibent son action de façon marquée. La sensibilité à la lumière des composés argentiques est également une objection à son çmploi.

L’iode, qui est si utile pour la stérilisation de la peau, a donné des résultats beaucoup moins satisfaisants dans la désinfection des plaies profondes parce qu’il coagule l'es protéines et qu’il irrite les tissus. Le pouvoir de pénétration de l’iode est faible. Les plaies traitées par cette substance continuent à suppurer et se cicatrisent plus lentement que les autres.

L'hypochlorite de soude a un pouvoir germicide élevé et beaucoup d’autres propriétés utiles. Mais l’hypochlorite de soude que l’on trouve dans le commerce est d’une composition extrêmement variable. 11 contient, en outre, de l’alcali libre et parfois du chlore libre. 11 est, par conséquent, irritant lorsqu’il est appliqué sur une plaie.

L’action nocive des solutions antiseptiques sur les tissus vivants doit être étudiée aussi exactement que leur action bactéricide. 11 est, en effet, nécessaire que la substance puisse être tolérée par les tissus pendant une longue période. La défaveur dans laquelle est tombée la méthode antiseptique auprès de la plupart des chirurgiens est due en partie à l’emploi de substances destructrices telles l’acide phénique ou le sublimé, qui ont produit des accidents, sans cependant stériliser les plaies.

Dans une série d’expériences qu’il lit avec Mme Garrel dans le laboratoire de M. Tuffler, à l’hôpital Beaujon, Dakin étudia l’action sur le tissu conjonctif d’un certain nombre de substances. Les expériences furent pratiquées sur des cobayes. Des petits fragments d’éponge de poids égal étaient placés sous la peau de la paroi latérale de l’abdomen à l’aide d’une courte incision

aussitôt reformée par un point de suture. D’un côté, à l’aide d’une seringue hypodermique, on injectait dans l’éponge \ c. c. de la substance à étudier. Dans l’éponge placée de l’autre côté et qui servait de témoin, on injectait 1 c. c. de solution salée physiologique. Au bout de quarante-huit heures, l’examen de la région montrait un épaississement plus ou moins considérable du tissu entourant le fragment d’éponge qui avait reçu la solution. On pouvait apprécier, par le changement de volume de l’éponge, l’action sur le tissu conjonctif de la substance employée. C’est ainsi que l’acide phénique, l’iode et le biclilorüre de mercure produisaient une tuméfaction assez considérable. Les animaux injectés avec le bichlorure de mercure moururent en général rapidement. Les animaux injectés avec l’acide phénique, présentèrent une nécrose étendue de la paroi abdominale.

C’est après avoir fait l’examen comparatif d'un grand nombre de substances au point de vue de leur action bactéricide et de leur action irritante sur les tissus normaux, que Dakin arrêta son choix, d’une part sur l’hypochlorite de soude neutralisé, et d’autre part, sur les chloramines.

A. — L’hypochforite de soude de Dakin. — Les propriétés antiseptiques de l’hypochlorite de soude sont connues depuis bien longtemps(‘). Mais il n’est pas possible de se servir de l’hypochlorite sous forme' d’eau de Javel ou de solution de Labarraque dans la stérilisation des plaies, car ces solutions sont irritantes et- peuvent amener des lésions graves des tissus. C’est pour cette raison que Dakin chercha à diminuer l’action irritante des hypochlorites sans modifier leur action antiseptique.

Les principes de la préparation de la solution d’hypochlorite par la méthode de Dakin sont les suivants. Une solution d’hypochlorite de soude contient presque^toujours de l’alcali libre même lorsqu’elle est préparée avec le plus grand soin. Quoique considérée comme neutre, elle présente une réaction alcaline. Cette réaction est due non seulement à l’alcali qui peut venir du mode de préparation, mais aussi à une dissociation hydroytique de l’hypochlorite qui produit de la soude libre et de

(*) Dakin, British Medical Journal^ 1915, p, 809.

l'acide hypochloreux. La valeur de cette dissociation a été mesurée par Duyk et elle est très considérable. C’est donc à la formation d’alcali libre qu’est due l’action irritante de l’hypochlqrite. La grandeur de la dissociation hydrolytique augmente avec la dilution, de telle sorte que, au point de vue pratique, un hypochlorile ne peut pas être rendu non irritant par simple réduction de sa concentration. En effet, on atteint bientôt un point où l’action germicide est diminuée, tandis que les propriétés' irritantes de la solution persistent. Outre ces deux causes productrices d’alcali libre, il ne faut pas oublier que la soude peut être libérée par l’action deThypochlorite sur les protéines. Il se produit alors une réaction par laquelle le chlbre de riiypochlorite s’attache à l’azote des piotéines, comme nous le montrerons plus tard.

Dakin utilisa pour la neutralisation de l’alcali de l’hypochlorite de soude les remarques suivantes. Le sang et d’autres liquides organiques et aussi certaines solutions salées artificielles contenant des mélanges d’acides polybasiques, tels que l’acide pliosphorique, peuvent conserver leur neutralité essentielle même aprèç l’addition d'acide ou d’alcali. Ce phénomène est dû à ce que l’addition d’acide ou d’alcali change simplement la proportion relative de deux ou plusieurs sels de l’acide polybasique présent dans la solution. En partant de cette idée et en employant un acide polybasique faible, l’acide borique, Dakin réussit à préparer un simple mélange d’hypochlorite qui reste à peu prèk neutre dans toutes tes conditions, et qui, par conséquent, n’irrite pas les tissus. Cette solution contient un mélange d’hypochlorite, de polyborate de soude et de petites quantités d’acide hypochloreux et d’acide borique libres. C’est ainsi que l’action irritante de la soude' caustique est évitée. En effet, si de l’alcali se formait, il serait immédiatement neutralisé par l’acide borique et les borates acides présents dans la solution.

L’hypochlorite de Dakin diffère donc de l’eau de Javel et de la solution de Labarraque en ce qu’il n’exerce qu’une action nocive très faible sur les tissus. La lecture des communications faites aux Sociétés Savantes de Paris et en particulier à l’Académie de Médecine, montre que la nécessité de l’emploi d’un antiseptique non caustique n’a pas été comprise. Les chirurgiens n’ont pas saisi encore que la solution de Dakin, ne renfermant pas d’alcali, peut être employée dans des conditions

OÙ l’usage de l’eau de Javel ou de la solution de Labarraque est complètement impossible.

Une expérience simple, faite par Daufresne dans les laboratoires de Gompiègne, montra la différence essentielle qui existe entre l’action de la solution de Dakin, d’une part, et de la solution de Labarraque et de l’eau de Javel, d’autre part. Dans trois tubes, on plaça dé la solution de Dakin, de l’eau de Javel et de la liqueur de Labarraque. Le titre des trois solutions en hypochlorite de soude avait été ramené préalablement àO,5 pour 100. Dans chacun des trois tubes on introduisit des fragments de peau provenant d’un enfant mort-né. Au bout de deux heures, l’action sur la peau de l’eau de Javel et de la liqueur de Labarraque était déjà manifeste. Le derme était fortement gonflé et le moindre frottement détachait l’épiderme en une pellicule fragile. Dans les heures suivantes, la gélification s’accentuait, le fragment devenait complètement transparent et après douze heures dans l’eau de Javel, et quatorze heures dans la liqueur de Labarraque, le lambeau de peau était complètement dissocié. Les tubes ne contenaient plus qu’une sorte de poussière. La peau plongée dans la solution de Dakin se comportait de façon différente. Après deux heures de contact, l’épiderme était encore très adhérent au derme et l’aspect de la peau était normal. Au bout de vingt-quatre heures, l’altération des tissus était devenue semblable à celle observée après un contact de deux heures avec les liqueurs de Javel et de Labarraque.

Cette expérience montre de façon évidente la différence profonde qui existe, au point de vue biologique, entre la solution de Dakin et les hypochlorites non neutralisés. En somme, les recherches de Dakin nous permettent aujourd’hui de nous servir de riiypochlorite de soude dans des conditions telles quil stérilise les tissus sans danger pour eux. Nous verrons, plus loin, que l’iiypochlorite ne tue les microbes d’une plaie que s’il agit pendant une longue durée et sous une concentration de 0,5 pour 100 environ, conditions qu’il est impossible de réaliser si la solution es,t caustique.

Beaucoup d’autres préparations d’hypochlorites ont été employées déjà en chirurgie. L’eau de Javel et la liqueur de Labarraque sont bien connues, de même que les hypochlorites de calcium, de potassium et de magnésium. Dès le début de celte guerre, on a employé l’eau de Javel avec de bons résul-

tats. Au mois de novembre 1914, dans les hôpitaux de Dunkerque, MM. Landry et Jacomet se sont servis avec succès de l’eau de Javel dans les infections gazeuses. Des mélanges de chlorure de chaux et d’acide borique en poudre ont été employés par Vincent, par Lumière et par Lorrain Smith. Mais la solution de Dakin, appliquée suivant la technique qui sera décrite plusjoin, donne des résultats bien meilleurs que les solutions irritantes employées jusqu’ici et que les poudres composées de substances partiellement solubles. La production locale, par un mélange en poudre d’hypochlorites, d’acide hypochloreux ou de chlore sous une concentration l’elativement élevée, est plus dangereuse pour les tissus sains que l’applicatiôn continue d’une faihle solution neutre d’hypochlorite de soude. En outre, une solution a l’avantage de pénétrer dans toutes les anfractuosités des plaies profondes. D’une'façon générale, les expériences que nous avons faites' avec Dakin à l’aide de substances en poudre et de substances dissoutes dans des matières grasses comme la vaseline ou la lanoline, ont donné des résultats bien inférieurs à ceux des expériences faites avec des solutions aqueuses. Il est vrai, d’autre part, que pour réussir, l'application d’une solution aqueuse demande plus de soins.

1“ Action bactéricide de la solution de Dakin. — L’action bactéricide de la solution d’hypochlorile de soude de Dakin a été étudié^ par Daufresne sur des micro-organismes suspendus dans l’eau, et dans l’eau additionnée de sérum de cheval. Des staphylocoques en suspension dans l’eau sont tués en deux heures par l’hÿpochlorite à une concentration de 1 :500 000 à 1 :1 000 000, tandis que, en présence de sérum de cheval, la concentration nécessaire augmente et doit atteindre de 1 :1 500 àl : 2 000. Les streptocoques sont tués plus rapidement. Le pyocyanique en suspension dans l’eau est tué en deux heures, par une concentration de 1:100000 à 1:1 000000, tandis qu’en présence de sérum de cheval, une concentration de 1 : 2 500 à 1 : 5 000 devient nécessaire. Dans des expériences faites sur des mélanges de pus et d’hypochlorite on -trouva que la stérilisation s’effectuait en général lorsqu’un volume de pus et deux à trois volumes d’hypochlprite étaient employés. L’action del’hypochlorite variait naturellement Suivant la nature du pus.

Les résultats de ces expériences in vitro ont peu de signification, car les conditions expérimentales sont trop différentes des conditions réelles. En effet, dans les plaies, une faible quantité de pus se trouve au contact d’une grande quantité d’antiseptique puisque la solution d’hypochlorite est incessamment renouvelée. Dans les expériences in, vitro, la durée de l’action de l’hypochlorite sur les microbes en suspension dans le pus est courte. Lorsque, au bout de deux ou trois heures, on titre l’hypochloi'ite contenu dans le mélange on trouve parfois qu’il a complètement disparu. L’hypochlorite, en effet, entre rapidement en combinaison avec les protéines du pus et l’analyse chimique ne permet plus de le trouver. C’est à cause de la disparition rapide de l’hypochlorite au contact des sécrétions que la solution de Dakin doit être instillée dans les plaies de façon continue ou de façon intermittente à intervalles rapprochés. L’ignorance de cette propriété chimique des hypochlorites a conduit des chirurgiens à s’étonner de ce que des mélanges de-pus et d’hypochlorite maintenus à l’étuv'e pendant plusieurs heures deviennent des milieux de cultures favorables aux microbes.

Il est bien évident qu’après avoir été ainsi traité le mélange ne contient plus d’hypochlorite.

L’action bactéricide de l’hypochlorite de Dakin a été étudiée ensuite dans des plaies infectées elles-mêmes. Lorsqu’on applique de l’hypochlorite de soude sur une plaie de telle sorte que sa concentration reste constante et que la durée de l’application soit prolongée, les'microbes disparaissent (fig. 1). Ce fait a été observé un très grand nombre de fois. On peut dire qu’il est. constant quand un contact intime est établi entre la solution antiseptique et les organismes. La stérilisation des plaies traitées par la solution de Dakin est un fait bien acquis. Mais il est utile de se demander si le traitement est la cause déterminante de la stérilisation et si cette stérilisation est due à l’hypochlorite de soude.

a) On pouvait supposer que, dans nos observations, les plaies se stérilisaient de façon spontanée. A la vérité cela était peu probable, parce qu’on ne voit jamais une série de

Fiff. 1. — Disparition des microbes d’une plaie très

plication de l'hypochlorite de Dakin, du 51 mai au 2 juin 1915.

(Blessé 28.)

24 I^ES PnJNClPES DE LA TECHNIQUE. ' '

plaies infcctoes se slériliser spontanément en quelques joui's. Néanmoins, cette hypothèse fut soumise à l’analyse expérimentale. En un point d une plaie dont les différentes régions étaient uniformément infectées, on plaçait un carré de papier-filtre qui était constamment humecté avec de l’hypochlorite de soude. En un autre point, on mettait un morceau de papier-filtre de dimensions égales. Puis la plaie était recouverte d’un pansement protecteur. Au bout de vingt-quatre heures, on trouvait, au-dessous du papier-filtre humecté d’hypochlorite, des granulations lisses et rouges et les microbes avaient eomplètement disparu. Sous le papier-filtre qui n’avait pas été humecté avec de l’hypochlorite, les granulations étaient irrégulières et pâles et les microbes étâient aussi nombreux qu’auparâvant (fîg. 2). Dans les régions de la plaie qui n’avaient pas été recouvertes par du papierfiltre, la quantité de microbes n’avait pas changé.

Dans les cas où la moitié d’une plaie fut pansée avec de l’hypochlorite et l’autre moitié avec de la vaseline on observa une disparition complète des microbes de la région traitée par l’hypochlorite, tandis que l’infection persistait ailleurs.

Sur des plaies profondes, des résultats analogues furent obtenus. Deux éclats d’obus avaient pénétré en deux points voisins l’un de l’autre dans la région lombaire. Les deux éclats furènt enlevés en même temps. L’une des plaies fut traitée par l’instillation continué d’hypochlorite et l’autre par un pansement ordinaire. La plaie traitée resta indolore et les microbes disparurent complètement des frottis, tandis que la plaie non traitée devint douloureuse, s’entoura d’une auréole rouge ët fut le siège d’une infection à streptocoques. On observa souvent, sur des plaies en .séton, que la région où pénétrait l’hypochlorite était stérile, tandis que celle où l’hypochlorite ne,pénétrait pas contenait encore un grand nombre de microbes. De nombreuses observations analogues montrèrent d’une façoir évidente qu’il existait une relation de cause à effet entre le traitement employé et les résultats obtenus.

b) 11 faut se demander ensuite si le résultat était dû à l’action antiseptique de l’hypochlorife ou bien à l’action mécanique de l’instillation du liquide. Les expériences suivantes furent pratiquées pour élucider ce point. Un blessé portait sur la cuisse deux plaies de dimensions à peu près identiques et dont l’état bactériologique était semblable. L’une fut pansée avec de l’hy-

pochlorite et l’autre avec de l’eau salée physiologique. Au bout de vingt-quatre heures, la surface de la plaie pansée avec de l’hypochlorite ne montrait pas un seul microbe par || MOiSJJa champ, tandis que sur la plaie traitée par la solution salée, on trouvait plus de trente microbes par champ (fig. 5). D’autres expériences furent pratiquées à l’aide de plaies en surface sur lesquelles on appliquait des carrés de papier-fdtre de dimensions, identiques.

L’un des carrés était imbibé de solution d’hypochlorite, tandis que l’autre recevait de l’eau salée physiologique. A U bout de vingt-quatre heures, la région située sous l’hypochlorite ne contenait pas de microbes, tandis que la région traitée par l’eau salée en montrait un grand nombre. On fit également des observations sur des plaies profondes avec lésions anciennes. Un blessé, atteint de fracture de fémur avec large perte de substance et ostéomyélite étendue des extrémités osseuses,- fut observé pendant plusieurs mois. Un tube de caoutchouc introduit dans la ca-:

vité suppurante permettait d’y instiller, pendant des périodes déterminées, soit de l’hypochlorite, soit de la solution salée hypertonique. Lorsque le blessé recevait de 1 hypochlorite, son pus contenait beaucoup de microbes et ne répan-

Fig. 5.

ia superficielle du bras gauche.

comparative sur une plaie inmorceaux de papier-filtre L non d’hypochlorite de Dakin.

sous l’influence de l’hypochlorite, et la ligne pointillée, l’état de la partie témoin de la plaie. (Blessé 247.)

Fig. 3. — Plaies superficielles de la.cuisse gauche. — Étude comparative de l’influence de l’hypochlorite de Dakin et de l’eau salée physiologique. Deux plaies également infectées et appartenant au

pochlorite, l’autre par l’eau salée. Ces deux plaies contenaient de 20 à 30 microhes par champ de microscope. Le trait continu représente la diminution du nombre de microbes en 24 heures sous l’influence de l’hypochlorite. Le trait "lé représente l’é' ' ’

n salée s. (Blessé 52.)

e par

t du n

dait aucune odeur. Lorsqu’on substituait de la solution salée hypertonique à l’hypochlorite, le pus répandait bientôt une . odeur infecte et les microbes devenaient plus nombreux encore. Aussitôt que l’hypochlorrie était de nouveau instillé, l’odeur disparaissait et le nombre des microbes diminuait. Des expériences analogues furent répétées plusieurs fois. Il est donc évident que l’hypochlorite agit par son pouvoir antiseptique et non pas d’une façon mécanique.

c) Le pouvoir antiseptique de l’iiypochlorite n’est pas dû à son alcalinité. Dans une communication de M. Tissot présentée à l’Académie des Sciences par M. Dastre(’), cet auteur attribuait l’c^ction de l’hypochlorite de soude sur les plaies à son alcalinité et affirmait que le traitement que lui faisait subir Dakin avaitpour résultat d’affaiblir son pouvoir! Bien que-M. Tissot n’ait fourni <à l’appui de son opinion aucune observation précise, nous avons cherché si la présence d’une substance alcaline à la surface d’une plaie avait une influence sur l’état bactériologique de cette dernière.

Sur une large plaie en surface de la face CA^ternede la jambe, deux carrés de papier-fiBre de dimensions égales furent placés. L’un des papiers fut humecté avec delà solution saléepliysiologique et l’autre avec une solution de carbonate de soude à 0,5 pour 100. Deux jours après on trouva que le nombre de microbes était à peu près identiques sous le papier humecté avec la solution salée et sous le papier humecté avec du carbonate de soude. Cette expérience fut répétée sur d’autres plaies avec des résultats analogues. La solution alcaline n’avait pas plus d’action sur les microbes présents à la surface d’une plaie que Teau salée physiologique.

2“ Action de l’hypochlorite sur les toxines microbiennes. — Ce point fut envisagé au cours d’expériences faites parM. Auguste Lumière (®). Dans un cas de tétanos grave il préleva quelques centimètres cubes de pus au niveau d’une plaie -très infectée de la jambe. Ce pus fut divisé en deux fractions égales, dont l’une fut additionnée d’un volume double de solution d’iiypochlorite à 1 pour 100, et l’autre ramenée au môme volume au moyen d’une solution de chlorure de sodium à 0,8

(*) Tissot. C. fi. Académie des Sciences, 15 septembre 1915.

(®) Aügüste Lumière. C. R. Académie des Sciences, séance du 6 mars 1916,.

pour 100. En injectant, au bout d’une heure, 1 cc. de chacune de ces préparations à des cobayes, on constata que les animaux qui avaient reçu le pus témoin mouraient de tétanos en huit ou dix jours, alors que ceux auxquels on avait injecté le pus additionné d’hypochlorite ne présentaient aucun symptôme tétanique et survivaient.

Cette expérience fut répétée avec du pus renfermant les microbes les plus variés, streptocoques, staphylocoques, perfringens, etc. Ces préparations furent administrées à des cobayes en injections sous-cutanées, et à des lapins par voie intra-veineuse. On constata que le pus contenant de l’hypochlorite ne provoquait que des actions tardives ou bénignes, tandis que les produits purulents non additionnés d’antiseptique déterminaient souvent des phénomènes infectieux pouvant aller jusqu à la mort.

Dans une autre série d'essais, M. Lumière fdtra à la bougie les pus traités ou non traités par l’hypochlorite et injecta les filtrats à des animaux. Les filtrats des pus traités par 1 hypoclilorite ne produisirent aucun changement de l’état des animaux tandis que les filtrats provenant des pus témoins provoquèrent de riiyperthermie et de l’amaigrissement. Enfin ces produits de filtration mis en contact in vitro avec des leucocytes et des microbes montrèrent que la phagocytose s’exerce d’une façon beaucoup plus active lorsque le pus a été traité par de 1 hypochlorite. ;

Les expériences de M. Lumière prouvaient donc que 1 hypochlorite de soude détruit les toxines contenues dans le pus. Cette destruction des toxines par les antiseptiques oxydants joue un rôle favorable dans la stérilisation, soit en permettant à la phagocytose de s’effectuer, soit en évitant l’imprégnation de l’organisme par des substances nocives. Elle explique peutêtre, en partie, la disparition rapide des symptômes généraux présentés par les malades atteints de vastes suppurations, lorsqu’on traite leurs plaies par l’hypochlorite de D’akin.

5" Toxicité de la solution de Dakin. — L’hypochlorite de soude est peu toxique pour l’organisme, lorsqu’il est injecté à la surface des plaies ou, chez les animaux, dans le tissu cellulaire sous-cutan'ê. Nous avons injecté sous la peau de la paroi abdominale de cobayes des quantités d’antiseptique relativement considérables sans résultat défavorable. Par exemple.

trois cobayes pesant respectivement S65 grammes, 570 grammes et 510 grammes reçurent respectivement 8 cc., 11 cc,4et 12 cc,75 de solution de Dakin, c’est-à-dire bV et îV de leur poids. Ils ne présentèrent aucun symptôme anormal et demeurèrent en bonne santé.

L’hypoclilorite de soude, qui est innocent en injection souscutanée, est très dangereux s’il est injecté dans l’appai'eij circulatoire. Une injection de dix centimètres cubes dans la veine marginale de l’oreille d’un gros lapin produisit rapidement la mort. L’hypoclilorite de soude est fortement hémolytique, et ne doit donc jamais être injecté dans les veines. Il est prudent même de ne pas l’injecter sous pression dans les plaies profondes, afin qu’il ne soit pas absorbé par les tissus. Jamais nous n’avons constaté chez les nombreux blessés traités par l’iiypochlorite de soude d’accidents qui puissent être attribués à une action toxique de cette substance.

4“ Action de l’hypochlorite sur les tissus. — Les expériences faites sur les cobayes avaient déjà montré qu'une petite quantité d’hypochlorite de soude injectée dans un fragment d’éponge placé sous la peau ne produisait pas de modification des tissus cliniquement observable. De même la solution de Dakin, instillée pendant plusieurs jours et parfois pendant plusieurs semaines à la surface d’une plaie, ne déterminait en général aucune irritation marquée. Cependant l’action de l’hypocblorite sur les tissus est beaucoup plus grande in vitro que in vivo. Des fragments de peau placés dans la solution de Dakin commencent à se désintégrer au bout de moins de vingtquatre heures. Les globules rouges sont presque immédiatement détruits. Si du pus est mélangé dans un tube à de la solution de Dakin, les leucocytes sont rapidement attaqués.

Cependant, dans les sécrétions des plaies traitées par l’iiypochlorite, les polynucléaires ne sont pas très altérées et contiennent des microbes. Il est probable que la phagocytose se produit dans la paroi de la plaie et à l’abri de l’antiseptique qui se trouve à la surface. Les tissus dépourvus de circulation se dissolvent, et la surface des tissus se nettoie rapidement. Lorsque la paroi d’un vaisseau est mortifiée, la chute de l'escarre se' produit plus précocement que si la plaie était livrée à elle-même. De même les caillots qui oblitèrent parfois les

CHOIX D'UN ANTISEPTIQUE. ' iÿ

plaies vasculaires peuvent se dissoudre sous l’influence de l’hypochlorite. C’est pourquoi il faut examiner soigneusement l’état des vaisseaux au moment dé l’intervention, et faire une hémostase préventive exacte.

En somme, la'solution de Dakin possède une concentration qui permet d’utiliser la différence de résistance présentée, d’une part, par les microbes, les éléments anatomiques libres et les tissus nécrosés, et, d’autre part, par les tissus normaux pourvus de circulation. Elle détruit les premiers et respecte les seconds. Il importe de savoir dans quelle mesure elle agit sur les tissus vivants. Afin d’apprécier la valeur de son action, nous avons étudié la marche de la cicatrisation des plaies traitées par l’hypochlorite.

Cette étude présente certaines difficultés techniques. Il est nécessaire, en effet, que les conditions des plaies dont on étudie la réparation et, en particulier, leur état microbien, ne varient pas pendant toute la durée des expériences. Si elles variaient, on ne pourrait plus attribuer à la substance employée les modifications éventuelles de la marche de la cicatrisation. 11 faut, en outre, que la surface des plaies, malgré l’irrégularité de leur périmètre, soit mesurée de façon exacte.

Jusqu’à présent on n’a pas pris la peine d’étudier de façon précisée les facteurs capables de modifier la’ rapidité de la cicatrisation. C’est ainsi qu’on n’a jamais tenu compte de l’état bactériologique des plaies en expérience. On sait cependant que la présence de microbes à la surface d’une plaie modifie profondément la marche de la réparation. Cette lacune vraiment considérable dans les techniques employées jusqu’à présent, rend sans valeur toutes les expériences et les observations faites au sujet des substances dites cicatrisantes. Cette erreur de technique explique les contradictions que l’on trouve dans toutes les publications médicales au sujet des topiques employés dans le traitement des plaies. Chaque chirurgien attribue un pouvoir plus ou moins merveilleux à quelque substance dont l’action est considérée comme insignifiante par le^chirurgien de l’hôpital vmsin.

De même l’appréciation de la marche de là cicatrisation a été toujours laissée à la fantaisie de chacun. En effet, on n’a pas cherché une technique permettant de mesurer exactement la surface d’une plaie et d’évaluer en centimètres carrés la

quantité dont elle diminue chaque jour. C’est l’absence de méthode scientifique qui 'explique l’ignorance où nous nous trouvons, après tant de siècles de pratique chirurgicale, de l’influence réelle des substances employées dans le traitement des plaies. Pour obtenir des données exactes sur ce sujet, il était nécessaire d’abord d’expérirnenter sur des plaies placées dans des conditions qui demeurent invariables pendant toute la durée dès observations, et ensuite, d’obtenir une méthode qui permette de mesurer les progrès de la cicatrisation.

, a) Les conditions dés plaies. — La plaie doit appartenir à un homme immobilisé au lit, et dont l’état général ne varie pas,pendant la période d’observation. L’état bactériologique de’ la plaie joue un rôle considérable sur la marche de la cicatrisation. Suivant la nature et le volume de l’infection, la rapidité de la réparation varie. Lorsqu’on laisse des microbes se multiplier à la- surface de la plaie, il est impossible de savoir si.les modifications de la cicatrisation sont dues à une action directe sur les tissus de la substance expérimentée, ou à une action favorable ou défavorable de cette substance sur la flore microbienne; ou enfin, à la somme algébrique de ces deux causes. Il est donc indispensable de contrôler chaque jour l’état de la plaie à l’aide du microscope, afin de ne jamais donner une fausse interprétation aux résultats expérimentaux.

Les expériences ont été faites sur des plaies en surface, et parfois sur des plaies profondes. Les plaies de périmètre régulier étaient préférées à celles dont les bords étaient déchiquetés. On choisissait surtout des plaies de forme allongée, de telle sorte qu’une moitié puisse être traitée par une substance, tandis que l’autre moitié servait de témoin. Mais quand cela fut possible, on employa des plaies de dimensions a peu près égales, et situées dans la même région d’un même individu. On pansait une des plaies avec une substance, tandis que^ l’autre servait de témoin.

Chaque jour l’état bactériologique de la plaie était examiné à l’aide de frottis et parfois de cultures. Si on-trouvait des microbes, on les faisait aussitôt disparaître. La surface granuleuse et la peau avoisinante étaient soigneusement lavées à l’aide d’oléate de soude neutre. Puis les granulations étaient stérilisées à l’aide d’hypochlorite de soude ou de chloramine.

Quand 1 examen bactériologique montrait que la stérilisation était obtenue, la plaie était pansée soit à l'oléate de soude, soit au stéarate de soude contenant de faibles quantités d’antiseptique, ou bien même à l'aide de vaseline ou d’eau salée. C’est ainsi qu’il fut possible de maintenir des plaies presque complètement aseptiques. L’examen bactériologique quotidien permettait de déceler la réapparition de l’infection et d’en tenir compte dans l’interprétation des expériences. C’est sur les plaies préparées ainsi qu’on étudia l’action des substances antiseptiques.

b) Technique de la mensuration <t/es plaies. — Dans la plupart des cas, on étudia la marche de la réparation sur des plaies en surface, et, de façon exceptionnelle, sur des plaies profondes. La surface d’une plaie était mesurée de la façon suivante. On appliquait une feuille de cellophane mince sur la surface de la plaie. A l’aide d’un crayon à marquer le verre on dessinait le contour du liséré épithélial, et, dans tous les cas où cela était possible, le contour de la cicatrice à son union avec la peau saine. Le dessin ainsi obtenu était décalqué sur une feuille de papier ordinaire. A l’aide d’un planimètre on mesurait alors la surface de la plaie proprement dite, et la surface de la plaie .augmeiitée deJa surface de la cicatrice. On obtenait ainsi en centimètres carrés la valeur de ces deux surfaces, et en soustrayant la première de la seconde, on obtenaitla surface du tissu cicatriciel. Lorsqu’il s’agissait d’une plaie profonde on obtenait sa capacité en la remplissant d’eau et en mesurant ensuite son contenu.

Le graphique de la cicatrisation d’une plaie était établi de la façon suivante. Le temps était porté en abscisse et la surface en ordonnée. On obtenait ainsi une courbe qui permettait d’évaluer chaque jour les variations de la surface et celles de la cicatrice. On pouvait donc apprécier la valeur des processus de réparation conjonctive et épithéliale dans la réparation. On sait que la courbe de cicatrisationd’une plaie est de forme géométrique (fig. 4), et que Lecomte du Nouy a trouvé son expression algébrique (‘). D’après une ou deux observations on établissait la courbe calculée d’une plaie et sur la même feuille on

(*) Caiirei.. Journal of the American Médical Association, 1910 et Journal of Experimental Medicine, 1916. — Lecomte dü Kohy. Journal of Experimental Medicine, novembre 1916. — A. Hartmann. Thèse de Paris, 1916.

CHOIX D’UN ANTISEDTIQUH. 33

Iraçait lo graphique de la courbe observée (fig. à). On pduvail, alors constater les variations anormales de la marche de réparation de la plaie qui se traduisaient par des irrégularité de la courbe pbservée, de part et d’autre de la courbe calculée. Comme d’autre part, on possédait le graphique de l’état bactériologique de la plaie, il était facile d’apprécier de façon à peu près exacte le rôle joué dans la marche de la réparation par la substance étudiée. A l’aide de cette méthode, l’action de l’hypochlorite de soude sur la réparation des plaies fut étudiée. Les expériences furent faites successivement sur des plaies infectées, et sur des plaies stériles chirurgicalement, c’est-à-dire, sur des plaies dont les sécrétions examinées en frottis, ne contenaient plus de microbes.

c) Action de Fhypoclilovite sur la cicatrisation d’une plaie infectée. — De nombreuses expériences furent faites sur des plaies en surface dont la courbe de cicatrisation était établie, et dont on connaissait l’état bactériologique. Ces plaies montraient généralement de 5 à 20 microbes par champ de microscope, et la courbe de cicatrisation observée présentait une inclinaison moindre que la courbe calculée (fig. 6 et 7). On appliquait à la surface de la plaie un tube perforé, et on instillait de la solution de Dakin toutes les deux heures. Dans tous les cas sans exception, la cicatrisation s’accéléra, et la courbe de cicatrisation s’inclina en bas ffig. 8 et 9). La vitesse de la réparation augmentait souvent de telle sorte que la courbe observée rejoignait la courbe calculée, mais sans jamais devenir plus rapide cpie celle d’une plaie aseptique. 11 n’y avait donc pas d’action accélératrice propre à l’hypochlorite.

La rapidité de la cicatrisation eu présence de la solution de • Dakin, était parfois considérable. Une plaie large et ancienne de la jambe, comniuniquant avec un foyer osseux non stérilisé, et montrant à sa surface une assez grande quantité de microbes se cicatrisait très lentement. La courbe de cicatrisation était faiblement inclinée en bas. Cette plaie avait une surface do 75 centimètres carrés. Aussitôt quelle fut traitée avec de la solution de Dakin, la courlte s’inclina brusquement en bas. En quatre jours la plaie diminua de 28 centimètres carrés et pendant les jours suivants la réparation continua avec une vitesse à peu près aussi grande. 11 est utile de remarquer que le graphique de la stérilisation montra en même temps une diminu-

lion considérable du nombre des microbes. Le même phénomène s’observa sur toutes les plaies uniformément infectées, et se cicatrisant avec une rapidité connue, qui furent traitées à l’aide de la solution de Dakin. Toutes les plaies répondirent au traitement à l’exception de celles qui contenaient un corps étranger infecté. Il suffisait d’ailleurs d’enlever le corps étranger pour que la plaie se comportât suivant la loi générale.

Peu d’observations furent faites sur des plaies profondes. Cependant, on institua quelques expériences du type suivant. Une collection purulente s’était formée dans la partie antéroexterne de la jambe d’un homme atteint d’arthrite du genou. Cette collection, qui s’accompagnait de température élevée, fut ouverte à sa partie supérieure, et le pus évacué. Le lendemain, on lava la plaie avec de la solution de lUnger, et on mesura sa capacité qui était de 26 centimètres cubes. La plaie fut irriguée à l’aide d’hypochlorite. Vingt-quatre heures après la suppuration avait disparu. On trouva un peu de liquide sirupeux jaune et transparent dans le fond de la cavité. Les sécrétions ne contenaient qu’un coccus par champ de microscope. Le volume de la cavité n’était plus que de 7 centimètres cubes. Quarante-huit heures après, il s’était réduit à 2 centimètres cubes, et la plaie était complètement stérile. Puis elle se ferma. En^somme, un abcès d’une contenance de 26 centimètres cubes se stérilisa et se ferma complètement en quatre jours. Des expériences analogues furent faites, et donnèrent des résultats comparables. Mais la diminution du volume des plaies profondes se fait de fa(,mn plus irrégulière que la cicatrisation des plaies en surface. C’est donc, sur ces dernières, que la majorité des expériences furent instituées.

Afin d’obtenir des observations plus rigoureusement contrôlées, on expérimenta sur les différentes parties d’une même plaie.. Par exemple, à l’extrémité supérieure et à l’extrémité inférieure d’une plaie de la face externe du bras accompagnée de fracture, on appliqua deux bandelettes de papier fdtre. Chacune des bandelettes s’étendait à la surface des granulations d’une lèvre à l’autre de la plaie à la manière d’un pont. L’examen bactériologique préalable avait montré que toute la surface de la plaie était uniformément infectée. Le papier filtre de la partie inférieure de la plaie reçut une instillation d’hypochlorite de Dakin toutes les deux heures, tandis que le papier filtre

de la'partie supérieure ne fut pas humecté (fig. 10 et 11). Au bout de trois jours, on constata que les bords de la plaie

lie s’étaient pas modifiés dans la région supérieure, mais que, dans la partie inférieure de la plaie, la cicatrisation avait marché beaucoup plus vite. Les parties couvertes de papier filtre

humecfé d’hypochlorite présentaient des granulations plus lisses et plus rouges que dans les autres régions de la plaie. Le changement dans l'aspect des granulations s’était pi'oduit suivant une ligne transversale' très nette correspondant au bord supérieur du papier filtre. Il y avait donc une accélération marquéeile la cicalrisation dans la région traitée par la solution de Dakin (fig. 11).

En même temps, l'examen bactériologique rt montra que la flore mi- : crobienno ne s’était pas q modifiée surlapartienon traitée de la surface de la plaie, tandis que dans la région couverte par le* papier filtre imbibé d’bypocblorite, les microbes avaient complètement disparu. Dans d’autres expériences, où une partie de la plaie

plaie infectée. Plaie

. dubrasprésentanlune infection d’origine cutanée. A) papier mire témoin.— B) papier filtre imbibé d’iiypochlorite de Dakin.

gressé et que la plaie diminué de façon mai

infectée fut traitée avec de la vaseline et une autre partie avec de l’hypochlorite de soude, on observa également une accélération de la cicatrisation dans la région traitée à l’aide de l’hypochlorite.

Il y avait donc une coïncidence entre l’accélération de la cicatrisation et l’application de l’bypocblorite de Dakin dans certaines conditions à la surface de la plaie. On aurait'donc pu être tenté d^attribuer à l’hypochlorite de s,oude une action activante sur la cicatrisation. Mais comme les plaies soumises à l’expérience étaient infectées et que les graphiques bactériologiques montraient également une coïncidence entre la disparition des microbes, et l’accélération de la cicatrisation, il était probable que l’influence cicatrisante de l’hypochlorite de soude n’était qu’apparente. En effet, les expériences suivantes mont’.vrent que 1 hypochlorite de soude n’exerce aucune action activante sur des plaies déjà aseptiques.

d) Aciion de llujpochlorite sur la cicatrisation d'une plaie nJütiaué. - Pour maintenir stériles les plaies aseptiques dont 0,/étLiait la cicatrisation, on appliquait à leur surface de l’hvpochlorite de soude pendant des périodes plus ou moins longues. Mais la rapidité de la réparation de ces plaies asepti- (lues traitées à l’aide d’iiypoclüorite, ne se modifiait pas et les courbes ne présentaient pas une inclinaison plus marquée. Ceci ‘ montrait que l'hypoclilorite de soude n’a pas de rôle cicatrisant,

Fig. lî. i

Kl,. «. - inauence Ue rh^poca^rile

vite que la partie B pansée à l’hypochlonte.

panser la partie ^ ®l’état de la plaie le 20 décembre. Le trait

pansée à la vaseline.

el que l'aecaéealio,, qu'il produit d.na la réparation te ptes infectées est due simplement ii la suppression des micioLies. Dans les conditions actuelles des expériences 1 hypoch orite ne rirde pas la réparation des plaies humectées o^es les deux heures avec de la solution de Dakin à 0,5 pour 100. Ou hien e,

Xd ptodtH P»-- "'"l’

pour être évident.

Nous avons essayé d’étudier cette action retardante possible de 1 hypochlorite à l’aide d’une technique plus précise. Sur une vaste plaie occupant la face externe du bras, des examens bactériologiques répétés avaient montré l’absence de microbes. La moitié inférieure de la plaie fut recouverte d’un moi’ceau de gaze imbibé toutes les deux heures de solution de Dakin, tandis que la moitié supérieure fut pansée à la vaseline. Au bout de quatre jours, on prit un décalque de la plaie, et, en le • comparant avec le décalque précédent, on vit que la proo-ression du liséré épithélial s’était faite'un peu plus rapidement sous la vaseline, que sous l’hypochlorite (fig. 12). A ce moment les] deux parties supérieure et inférieure de la plaie étaient encore aseptiques. Il semblait donc que l’hypochlorite de soude avait retardé légèrement la rapidité de la cicatrisation d’une plaie aseptique. Mais cette action retardante était beaucoup plus faible que l’action de quelques microbes, comme la suite de 1 expérience le démontra. En effet, on continua à panser la plaie avec de la vaseline et de l’hypochlorite. Des bactéries apparurent bientôt dans la région pansée à la vaseline, tandis que la région couverte d’hypochlorite restait stérile. Un nouveau décalque fut pris, et en le comparant au précédent, on trouva que la rapidité de la cicatrisation était devenue plus grande sous l’hypochlorite que sous la vaseline (fig. 13). Des résultats analogues furent observés lorsqu’au lieu de vaseline on se servit d’eau salée physiologique.

En somme, l’accélération produite par l’hypochlorite de la réparation d une plaie infectée est due à son pouvoir antiseptique. L hypochlorite ne paraît pas avoir d’action marquée sur les üssus en voie de cicatrisation lorsqu’il est employé dans les conditions de nos expériences. 11 amène probablement un léger retard de la cicatrisation des plaies aseptiques. Mais, en pratique, cette influence est négligeable.

On peut donc conclure que la solution de Dakin appliquée dans des conditions convenables, ne nuit pas de façon appréciable aux tissus en voie de réparation, contrairement à ce que croient la plupart des chirurgiens.

5“ Mode d’action de l’hypochlorite. — Dakin attribue 1 action germicide des hypochlorites à une réaction chimique semblable à celle qui se produit entre l’ammoniaque et l’hypo-

clüorite, et aboutit à la plus simple des chloramines ainsi que Rasclüg l’a montré il y a longtemps. La destruction des microorganismes par un antiseptique est due probablement a des modifications chimiques produites dans les substances constituantes des cellules vivantes, soit par action directe de 1 antiseptique, soit par l’action des produits résultant de la combinaion de l’antiseptique et des substances du milieu ou se trou vent les micro-organismes. Parmi les substances contenues dans les cellules vivantes et capables de réagir avec les liypochloriles les protéines jouent probablement le rôle principal. L action'des hypochlorites sur les matières protéiques consiste, au moins en partie, dans la substitution du chlore a 1 hydrogène de quelques-uns des groupes NH et, par suite, dans la formation de snbstances appartenant au mines. Dakin (*) pense que la propriété des hypochlorites d attaquer les matières protéiques en formant des substances dont l’iMlogène est directement fixé à l’azote est étroitement liee a leur action bactéricide. .

Les observations suivantes viennent a 1 appui de cette hypothèse. Le chlore, le brome et l’iode libres ne possèdent pas un pouvoir germicide très différent. Mais si l’balogene est conveiti en hypochlorite ou en liypobromite, une différence très niai^uee apparaît. L’action germicide des hypochlorites a 1 egard des staphylocoques suspendus dans l’eau est à peu pi es semblable à celll du chlore libre, tandis que celle de l’iiypobromi e équivaut à environ un centième de celle du brome ibre L action irermicide de l’hypoiodite est à peu près nulle. Le pouvo r bactéricide insignifiant de l’hypobromite et de I hypoiodile coïncide avec leur faible pouvoir de réaction avec les proteines et les amino-acides. ■ i

11 est intéressant aussi de se demander pourq^i les hypochlorites, qui détruisent la peau in vitro, respectent les tissus

vivants et permettent la réparation des plaies.

On sait que la soude produit une dissolution immédiate des tisî^Ts Les expériences de. Fiessinger, sur la vitesse de dissolution des leucocytes confirmèrent le fait que 1 action solubili- 'ante des hvpochlorites est fonction de leur teneur en soude. Piessinger constata aussi que cette action diminue a mesure

Dablix, Cahen, Dabfresxe and Kentox. Proceedimjs Royal Society, m&-

que l’on emploie de l’iiypochlorite contenant des quantités plus ou moins grandes de soude. Les expériences de Daufresue, que nous avons déjà citées, montraient de façon évidente que la liqueur de Labarraque qui contient de l’alcali libre,produit la dissolution de la peau au moment où la solution de Dakin n’a pas encore déterminé de lésions appréciables à la vue.

Les tissus pourvus d’une circulation noi'male résistent parfaitement à Faction de la solution de Dakin dans les conditions de nos expériences. Guillaumin et Vienne attribuent (*) cette résistance au phénomène suivant. Soit une solution alcaline de concentration telle qu’elle , hydrolyse et dissout le fragment de tissu qui y est placé. Si on y ajoute une certaine quantité de sèl neutre, on constate que le tissu peut être immergé dans la solutiÿi ainsi modifiée sans que sa structure soit altérée. Guillaumin et Vienne firent l’expérience suivante. Des fragments de jieau furent plongés dans une solution de soude à 5 pour 100, additionnée de chlorure de sodium à 12 pour 100, et d’autres fragments placés dans une solution de soude à 5 pour 100 servirent de témoins. Les fragments de peau immergés dans le liquide chloruré restèrent intacts tandis- que les témoins se gonflèrent et devinrent translucides. Cependant le dosage montra qu’une même quantité d’alcali avait été absorbée par la peau dans les doux cas. Ce phénomène capital en tannerie porte le nom de picklage. Guillaumin et Vienne croient qu’il explique pourquoi les tissus ne sont pas lésés par l’hypochlorite.

Quelle que soit l’explication de la résistance des tissus vivants à l’hypochlorite, ce phénomène permet de réaliser la chimiothérapie des plaies en dépit de l’action destructive de l’hypochlorite sur les protéines.

B. Les chloramines. — Après avoir étudié le mode d’action des hypochlorites, Dakin fut conduit à chercher des substances qui agissent de façon à peu près identique et soient d’une plus grande valeur pratique. 11 pensait que l’action germicide des hpochlorites s’exerçait par l’intermédiaire de substances formées aux dépens des protéines, eLcontenant du chlore lié à l’azote. L’expérience lui montra que, lorsque des protéines telles que le sérum sanguin, le blanc d’œuf, la caséine, etc., 4916 Archives de Médecine et de Pharmacie militaire,

sonUrailées par les hypochlorites.elles donnent des produits d’un pouvoir antiseptique élevé. Sans aucun doute ---es composes se foment in situ quand les plaies sont traitées par ,hypoclilorite. Ce phénomène fait que, après la disparition de 1 hyPOjWorite libre, il reste encore dans la plaie une substance ayant

action antiseptique. . „ + cola an

Certains cbloramines aromatiques, qui forment des sels s lubies, donnèrent des résultats cliniques ''"“«rageants Les meilleurs de ces composés sont le benzène ou le sodium-sulfochloramine qui ont été décrits par Lhattau

Ces substances qui possèdent un pouvoir antiseptique très élevé, sont peu irritantes et peuvent être employées sous une concentration beaucoup plus grande que les f “Jq

nousservonsgénéralemeutdesolulionsquivarientde0,2poui’10ü

à 2 pour 100. L’action de ces substances est semblable a çe des hypochlorites, mais leur pouvoir antiseptique est supérieur.

10 Action bactéricide. - Les staphylocoques suspendus

dans l’eau sont tués en deux heures P^V^JoToÏTrnaTla sulfochloramine à une concentration de 1 : 500 000 et pai la

para-toluène-sodium-sulfoehloramine à une concentrât on de

î : 1 000 000. Eu présence de sérum de f ?"

nécessaire devient respectivement de 1 :1 oOO a 1 •- ^00 Le pyocyanique, le bacille d’Eberth et le colibacille sont egei - . ment plus résistants que les staphylocoques, tandis que le pei- IVingensetles streptocoques sont plus facilement ues

Sur les plaies infectées, les chloramines donnent des lesultats analogues à ceux de l’hypochlorite de soude. Leur action sur les microbes a été déterminée au cours d un grand nom ii t d’expériences semblables à celles que nous avons décrites au suiet de l’hypochlorite de soude. Employées avec la meme technique, elles stérilisent les plaies. Leur action sur les tissus a été étudiée également sur des plaies stériles et des plaies infectées par la comparaison des graphiques de stérilisation

de courbes de cicatrisation. Lorsqu’elles sont employées sous une concentration de 0,20 pour lOü à 1 pour 100, elles ne diminuent pas la rapidité de la réparation. Cependant on a observé parfois qu’une solution aqueuse à 2 pour 100 pouvait produire des lésions du tissu conjonctif qui se traduisaient par une diminution et parfois un arrêt de la cicatrisation.

Avec la collaboration de M.\I. Cohen, Daufresne et Kenyon, Dakin étudia un certain nombre de substances de même groupe, en particulier les chloramines dont le groupe NCI est séparé dii noyau benzénique par le groupe SO^Na, les dérivés naphtaléniques semblables, les autres dérivés dicycliques semblables, les chloramines dont le groupe NCI est directeme*nt attaché au noyaü benzénique, des bromamines, et enfin les produits de l’action dès hypochlorites sur différentes substances protéiques-. 11 trouva que les substances qui contenaient le groupe NCI présentaient aussi-une action bactéricide puissante. Mais la présence dans leur molécule déplus d’un groupe NCI n’augmentait pas leur pouvoir germicide. Molécule pour molécule, l’action germicide de beaucoup de ces chloramines était plus grande que celle de l’hypochlorite de soude. Quant aux substances dérivées des protéines sous l’influeuce de l’hypochlorite de soude, leur action antiseptique était très forte. Mais le sérum sanguin inhibait leur pouvoir, comme il le fait pour l’hypochlorite de soude et les chloramines aromatiques.

En examinant les facteurs qui règlent l’action germicide des chloramines, Dakin trouva que les chloramines ou bromamines tuent les micro-organismes sous une concentration moléculaire plus basse que les hypochlorites ou les hypobromites correspondants. Elles ne peuvent donc pas être considérées comme les équivalents biochimiques de ces dernières substances.

L’action germicide des chloramines serait due à ce que les substances telles que les pr,oléines, les amino-acides, l’urée et les sels d’ammoniaque qui constituent les organismes vivants, contiennent de l’azote sous une forme capable d’altirer le chlore des différentes espèces de chloramines. D'autre part, l’action chlorinante des chloramines ressemble à celle des hypochlorites, mais leur action antiseptique est souvent plus, grande. Ce fait peut être attribué, d'après Dakin, soit à une action spéciale obscure de la molécule chloramine, soit peut-

être à la chlorination élective de quelque constituant des cellules.

2“ Les propriétés du para-toluène-sodium-sulfochloramine. — A cause de l’ensemble de ses qualités, le paratoluène-sodium-sulfochloramine fut choisi par Dakin pour etre employé pratiquement à la stérilisation des plaies. Cette subtance se fabrique facilement et à bon marché par une méthode oui a été décrite par Dakin. On l’obtient en partant du paratoluène-sulfochloré, qui est un sous-produit de la manufacture ,le la saccharine. Sa fabrication a été entrepris^ par plusieurs maisons anglaises qui le vendent sous le nom de Chloramine T. Outre sa forte activité germicide, qui a été signalée plus haut, la chloramine T a d’autres avantages. Elle ne coagule pas les matières protéiques dans le traitement ordinaire des plaies. Elle est très soluble dans l’eau. C’est un facteur important. En effet, les chloramines douées d’un pouvoir germicide eleve, très peu solubles dans l’eau, et qui devaient être dissoutes dans de la vaseline ou de la lanoline, étaient sans valeur pratique. En outre, la chloramine T présente sur l’hypoclilorite 1 avantage d’être très stable. Dakin trouva que la décomposition d une solution maintenue dans l’obscurité pendant 152 jours était inappréciable, tandis que la solution exposée à la lurniere du jour présentait une légère diminution de force presque négligeable. Cette stabilité de la chloramine T est un avantage sérieux sur la solution d’hypocblorite de Dakin qui se décomposé sous l’influence de la lumière et de la chaleur.

Dans la stérilisation d’une plaie, l’antiseptique joue un rôle comparable à celui du bistouri dans une opération chirurgicale. 11 n’est donc qu’un instrument, et ne constitue pas une méthode. Mais le choix d’un bon instrument est un facteur indispensable de succès. Les chloramines et riiypochlorite de Dakin sont d’admirables instruments.

Comme l’hypochlorite de Dakin a l'avantage d être fortement bactéricide et peu irritant.pour les tissus et en meme temps de se fabriquer facilement et à bon marché, il parait de^olr être, pendant cette guerre, l’antiseptique de choix.

u-:s PRINdPKS DE DA TECHNIQUE.

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