‹ Le Traitement Du Goitre Exophtalmique SyphilitiqueChapitre 10 sur 28 · CR TER · texte numérisé non relu

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de la syphilis acquise ne se rencontrent pas en

nombre dans la littérature médicale.

Lancereaux, dans son Traité de la syphilis, avait noté que, fréquemment, à l’autopsie des syphilitiques morts dans la période tertiaire, le corps thyroïde était plus ferme, plus pâle et plus petit que normalement.

Le microscope y montrait, à côté de zones peu altérées, simplement en hypersécrétion, de larges bandes de tissus fibreux, qui étouffaient entre elles

les éléments nobles et réduisaient par places les

vésicules à des amas de cellules, tassées Îies unes contre les autres.

G. Roulon. dans les Annales des maladies véneriennes, a indiqué l’évolution d’une gomme,apparue

chez une femme de 27 ans, six ans après l'accident

primitif, gomme qui guérit à la suite d’un traitement hydrargyrique.

L'étude clinique et anatomo-pathologique qui vient d’être signalé permet de décrire avec Rosenhauer et Ribadeau-Dumas, deux aspects à la syphilis tertiaire du corps thyroïde.

1° La thyroïdite gommeuse, la plus fréquemment rencontrée.

°° La thyroidite interstitielleou scléro-gommeuse.

La gomme pure du corps thyroïde, dont Kraenkel rapporte 1 cas bien typique, est souvent une lrouvaille d’autopsie.

Lorsqu'elle est suffisamment volumineuse pour attirer l'attention du praticien, elle est généralement

indolore et le traitement peut la faire rétrocéder

(Roulon).

Histologiquement, on voit sous l'objectif une masse grise-jaune, mal délimitée, qui est constituée par une foule de cellules rondes, sans aucune cellule géante, ayant une tendance médiocre à la dégé= nérescence caséeuse,

La thyroïdite scléro-gommeuse est plus sévère d’allure, son développement dans certains cas peut être suffisamment rapide pour faire penser à une tumeur maligne.

Avant toute intervention pour tumeur thyroïdienne, conseille Mendel, il y a lieu de prescrire un traitement d’épreuve antisyphilitique. L'examen microscopique montre la grande intensité du processus scléreux : de nombreuses bandes blanchâtres enserrent étroitement une masse jaune amorphe en décrivant des dessins irréguliers.

Nous décrirons dans un troisième groupe de faits les dysthyroïdies d'origine syphilitique. W s’agit là d'états disparates où la perturbation de la sécrétion thyroïdienne apparaît chaque jour plus évidente et dont le grand lien est une étiologie spécifique commune.

On a depuis longtemps incriminé la syphilis dans

Ja génèse du myxæœdème. Herthoge pense que liu-

fection est transmise par l’hérédité et que le syndrome n’éclate qu’au bout d’un temps plus ou moins éloigné. Kœæhler cite l'observation d’un syphilitique qui, en même temps qu'un ulcère poly-cyelique et

une gomme du cou, vit survenir des accidents myxodémateux. Pospelow signale un cas de myxodème avec diabète insipide traité heureusement par le mercure.

Une observation plus atypique est celle rapportée par Taisanset Audistère.

H s’agit d’une jeune fille qui, peu de temps après un chancre, eut une sorte d’infiitration de la peau,

dure, généralisée, avee des bourrelets aux chevilles

et aux poignets, une coloration cyanotique cireuse de la peau. Les auteurs nomment ces troubles, qui se rapportent sans nul doute à une atteinte syphilitique du corps thyroïde, lipomatose subaïguë généralisée.

Il convient encore de placer dans le groupe des disthyroïdies syphilitiques la variété d'infantilisme appelée par Gandy infantilisme myxædémateux tardif de l'adulte, infantilisme disthyroïdien sexuel tardif ; par Brissaud et Bauer, infantilismetardif. A la suite d’une phase plus ou moins tranchée de myxœdème, chez certains sujets, survient une airophie testiculaire et retour à l’état prépubère. Dans les six observations que relate Gardy dans son mémoire, Ja syphilis est trois fois relevée dans les antécédents.

A côté de ces différents états dysthyroïdiens, il ÿ a lieu de grouper un certain nombre de cas de goitres exophtalmiques.

S'il est vrai que les infections susceptibles de perturber dans leur sécrétion les cellules glandulaires

sont multiples : il ÿ a lieu d’incriminer souvent la syphilis parmi celles ci.

Cette notion du goitre exophtalmique syphilitique n’est pas absolument une nouveauté clinique. Il y a près de vingt-cinq ans, dans sa thèse sur les formes frustes de la maladie de Basedow, Pierre Marie l’avait soupçonnée. Deux de ses malades ayant des antécédents nettement spécifiques, l’éminent neurologiste s’était demandé, s’il n’y avait pas un rapport entre les deux affections et s’il ne fallait pas décrire une maladie de Basedow syphilitique ; mais l’auteur trouve son idée trop osée et il conclut que la syphilis n’agit que « comme une cause d’ébranlement pour l'organisme tout entier ».

En 1888, à propos des relations entre le tabès et le goitre exophtalmique, une longue discussion a lieu à la Société médicale des Hôpitaux.

En 1901, Abraham publie dans le Philadelphia medical journal, 3 cas de maladie de Basedow syphilitique.

Puis suivent des observations de von Pezold, de Bernhardt, de Sainton.

Lévy-Fraenkel, en 1911, dans les Archives des maladies vénériennes écrit un article documenté, intitulé : Des syndromes basedowiens apparaissant au cours de la syphilis.

Enfin, en 1918, dans sa thèse sur « le goître exophtalmique syphilitique » le D: Schullmann, montre de façon indubitable, par des observations

DS

Su nombreuses, les rapports étroits de la syphilis et de la maladie de Basedow.

Syphilis acquise et goitre exophtalmique

De nombreux travaux ont éié consacrés à la question des goitres en Amérique. Un médecin de l'illouvis, Léonard, dans un mémoire récent, écrit que sur 50 goitres simples, trente fois pour cent la réaction de Wassermann est positive et que cette même réac-

tion est positive trois fois sur 10 cas de goître

exophtalmique.

Le D: Schulmann, dans sa thèse est moins catégorique que l’auteur américain. « Il croit, néanmoins, fermement que, plus instruits du polymorphisme sans cesse grandissant des manifestations spécifiques, les médecins découvriront beaucoup plus fréquemment le rôle de la vérole ». e

Le goitreexophtalmique syphilitique survient d'ordinaire sans prédispositions spéciales. On ne trouve pas dans les antécédents de ces malades des tares névropathiques sur lesquelles on insistail beaucoup autrefois.

Un point beaucoup plus intéressant à noter esl celui de la basedowication d'un goitre sous l'influence de l'infection spécifique. Le D° Schulmarnn rapporte l'observation de Lévy-Fraenkel et de Cehvostek, où l’on voit des goitres banaux devenir basedowiens, l'un quelques mois, l’autre deux ans après

l'accident primitif, Les symptômes du goitreexophtal-

mique syphilitique ne diffèrent en rien de la maladie de Basedow classique. C'est par les antécédents, par la réaction de Wassermann, fréquemment positive, et par le traitement d’épreuve spécifique, que l’on est amené à soupçonner et à dépister la syphilis dans cette affection.

Cas de goitre exophtalmique

au cours de la syphilis acquise

Observations inédites, publiées par le D: Schulmann

Thèse, 1918.

OgsErvaTION 1. — Mme R..., 60 ans, est soignée en 1913, à l’infirmerie de l’hospice Debrousse, dans le service de notre Maître, le Dr Milian.

Cette malade dit avoir contracté la syphilis vers l’âge de 35 ans. Elle a eu en effet vers cette époque des maux de gorge prolongés, de la céphalée nocturne et elle a perdu ses cheveux,

Vers l’âge de 45 ans, elle a vu naître une petite tumeur, vraisemblablement une gomme, dans la région du sternum, qui est fondue en une année. A ce moment, son cou a commencé à grossir insensiblement, ses yeux se sont exorbités et depuis lors elle a des palpitations.

Actuellement : maladie de Basedow typique. On compte 140 pulsations cardiaques à la minute.

Le goiïtre est assez volumineux, plus marqué du côté gauche.

L’exophtalmie est très accusée : signes de Mœbius, de Be Graef, de Stelhag.

Laon à

Tremblement très net.

Des troubles du caractère sont manifestes, la malade a une humeur très fantasque.

Réflexe oculo-cardiaque marqué : de 140 à 110.

Il n'y a aucun signe de tabès : les réflexes pupillaires et ltendineux sont conservés, il n’y a pas de signe de Romberg. La réaction de Wassermann est positive. Le traitement

par le néosalvarsan n’a amené qu'une légère amélioration.

OBsErvATION II (résumée, due au D: Sainton). — Dar mouleur sur cuivre, 31 ans, couché salle Marengo, à l’hôpital militaire Rollin, dans le service du D’ Sainton.

Aucun antécédent héréditaire à relever. Esttombé malade le 6 juin 1917 à Vauxaillon, dans une région exposée aux gaz, il a été évacué pour vomissements et diarrhée.

Actuellement : légère exophtalmie, élargissement de la fente palpébrale.

Signe de De Graefet signe du frontal des deux côtés, signe de Mæbius à droite seulement. Secousses nystagmiformes bilatérales.

Les pupilles réagissent mal à 1 accommodation et à la lumière.

Le corps thyroïde est gros, surtout du côté droit, mais on ne sent aucun noyau. L’élargissement de la base du cou est en disproportion avec le volume du corps thyroïde. Léger thrill au niveau des artères thyroïdiennes.

Tachycardie marquée : 116.

Réflexe oculo-cardiaque : 116-88.

Léger souffle diastolique aortique.

Pression artérielle à l'oscillomètre de Pachon 14-10.

Tremblement surtout marqué aux membres inférieurs. Il n'existe plus de troubles digestifs, mais le malade est très fatigué, il accuse de la perte de la mémoire, il présente un très léger embarras de la parole, mais les mots d’épreuve sont prononcés correctement.

Pas de troubles des réflexes tendineux ou cutanés. Pas de signes de Babinski.

Grosse albuminurie, le malade a eu jusqu’à 3 grammes d'albumine dans ses urines.

La réaction de Wassermann pratiquée à deux reprises a

toujours été positive.

OgBservarion IV, V et VI (Abrahams, Philadelphia médical journal, 9 février 1901, cité par Sainton et Roussy). — Il s’agit de 3 jeunes femmes, âgées respectivement de 25 à 36 ans, qui présentèrent à la période secondaire et tertiaire de la syphilis un syndrome de Basedow complet et qui gué-

‘ rirent parfaitement par le traitement.

. OBsErvaTIoN VII (Choostek, cité par Lévy-Fraenkel). — Homme de 35 ans, deux ans après avoir contracté la syphilis rapidement apparaissent : tachycardie, goitre, exophtal-

mie et tremblement avec amaigrissement notable.

OBservarTioN VIII (7dem). — Homme de 22 ans, porteur depuis de nombreuses années d’un goitre ; quelque temps après une infection syphilitique, avec ulcérations de la gorge, au milieu du traitement, on voit le goitre augmenter de vo-

lume et se basedowifier.

OBservarion IX (Penzold : Münchenereufed Wochens-=

chrif, 1ÿ07, p. 240). — Jeune fille de 20 ans, contaminée

RS M FOPHIEE ADEME EBEREU REA Er FLE

= 97 © par la syphilis ; à l’âge de 6 ans, a présenté des accidents pharyngés répétés et. des accidents suppurés du nez. Trachycardie des plus marquée : 200 battements à la minute, tremblement, légère exophtalmie.

Guérie presque complètement par le traitement iodo hydrargyrique.

OBservaTION ‘X (dem). — Femme de 33 ans, qui présente depuis cinq ans le tableau d’une maladie de Basedow. Quelques stigmates font orienter le diagnostic de Penzold

vers la syphilis et un traitement antisyphilitique amène une

grande amélioration.

OBsERvATION XI (Lévy-Fraenkel : loc. cit.). — Femme de 36 ans, chancre de ‘la lèvre supérieure, deux ans et demi auparavant, suivi de plaques muqueuses buccales et de syphilides des avant-bras. Traitement par l'huile grise, puis par les sels solubles.

Apparition dix mois plus tard d’un syndrome basedowien. Après un traitement par le mercure que le malade supporte mal, on observe une amélioration remarque :

L'exophtalmie et le tremblement disparaissent, seul per-

‘siste un corps thyroïde un peu gros.

OBsEervaATION XII (Claude in Lévy-Fraenkel, loc cit.). —

Femme de 32 ans, a contracté la syphilis depuis cinq ans.

auparavant présente un corps thyroïde gros, des yeux sail-

lants, du tremblement léger, un éréthisme cardiaque marqué avec insuffisance mitrale probable.

La malade sort de l'hôpital, considérablement améliorée ‘par le traitement iodo-hydrargyrique.

A. Martin 3

us + L'ATUT PELLE) PALM nie UE 0 J 4 x F RL 14 L

OgBservarion XIV (Lévy-Fraenkel, loc. cit.). — Femme de 35 ans, syphilis à 20 ans, depuis huït ans,perforation du palais au-dessus de la luette.

Eréthisme cardiaque très marqué ainsi que le tremble-

ment.

OgBservaATioN XV (Idem). — Femme de 31 ans, syphilitique depuis cinq ans (accidents vulvaires,roséole et plaques muqueuses) soignée un an plus tard par les sels insolubles et l’iodure de potassium.

Actuellement,la malade vient consulter pour une maladie de Basedow qui a débuté il y a un an: goitre exophtalmie, tachycardie, tremblement, troubles psychiques.

+ A la suite d’un traïtement par le benzoate de mercure, une grande amélioration survient: le tremblement disparaît, la trachycardie s’apaise, la malade se sent capable de tra-

vailler.

OgBservarTion XVI (/dem). — Jeune fille de 28 ans. porteuses de syphilides périnéales papuleuses et de plaques muqueuses vulvaires, porteuse également d’un goitre ancien.

On pose le diagnostic de syphilis secondaire chez une hérédo-syphilitique, à cause de la desquamation en aires.

Revient deux ans plus tard avec de la tachycardie, du tremblement,des bouffées de chaleur, des troubles psychiques,pas d'exophtalmie. Le goitre s’est sans nul doute base-

dovwifié.

OssErvaTION XVII (Claude : in Levy-Frankel, loc. cit.). — Femme de 33 ans, chancre dela grande lèvre droiteil

y a quatre mois, vient consulter pour une angine spécifique et des plaques muqueuses linguales : gros thyroïde, pouls à

132 pulsations à la minute.

OgBservarTioN XIX (Sainton, Journ. méd. franc., 1913, 15 mars, p. 104}. — Syndrome de Basedow typique apparu chez un homme de 36 ans, huit ans après l'incident primitif.

Grande amélioration par le traitement,

OBsErvATIioN XX (Zéneier, Journal russe des maladies

vénériennes et cutanées, février 1916, p. 16, cité in Ann. des

- mal. sénér., p. 514, en 1916). — Homme de 35 ans, syphi-

litique depuis huit ans, présente un goitre exophtalmique complet avec réaction de Wassermann positive. Grande

\ action curative du traitement iodo-ioduré.

OBsErvArTion XXII (E. Louard : The institute quaterly of Ilouvis VIII, n° 1, p. 97, 1917). — Jeanne B..., 22 ans, mécanicienne, vient consulter pour des battements de cœur. Son père est mort de paralysie générale etsa mère a fait cinq fausses couches.

Présente un front légèrement olympien, des dents nettement crénelés, a perdu vers l’âge de 14 ans une petite portion de la ec oon nasale gauche à la suite d’une ulcération qui semble avoir assez rapidement guéri aux suites d'une série de piqûres de benzoate.

Depuis deux ans, la malade se plaint de palpitations.

Actuellement, goitreexophtalmique typique.

Exophtalmie bilatérale, signes de Mœbius, de Stellwag, de de Graef, pas de secousses nystagmiques, les pupilles

réagissent bien.

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