CENT RUE
Sous le nom de signe de De Graefe, on désigne un défaut d'harmonie entre les mouvements des globes oculaires, et ceux des paupières supérieures.
Joffroy a appelé signe du frontal un défaut de synergie entre le muscle frontal et les mucles releveurs de la paupière supérieure et du globe.
Le signe de Mœbius n’est autre chose qu’une parésie de la convergence.
Fait-on fixer un objet qu’on rapproche lentement, on constate qu'un œil — exceptionnellement les deux — diverge vite en dehors de telle sorte que l’objet n’est plus vu que par un seul œil, ce qui, par parenthèse, fait que la diplopie ne se produit pas
fl faut signaler la dilatation papillaire, signe très
rare, encore que plus fréquent que le myosis. Sain-
ton a attiré l'attention sur l'existence de secousses
nystagmiformes qu'il a trouvées environ dans la
moitié des cas de goitre exophtalmique.
D) Tremblement.— Le tremblement est un signe précoce et presque constant du goitre exophtalmique. Ilest caractérisé par des oscillations, petites, rapides et régulières. Existant au repos, égal dans la station debout et dans la position couchée, peu exagéré par les mouvements intentionnels, il l’est visiblement par les émotions. Les oscillations sont rapides (8 à 10 par seconde) et rappellent, à cet égard, celles du tremblement alcoolique, dont elles se distingueraient par ce fait que, la main dans l'attitude du serment, par exemple, les doigts ne son pas agités
par des secousses individuelles, comme dans l’alcoolisme, mais le sont simultanément, en conséquence du tremblement du reste du membre.
Le tremblement basedowien est, d'ordinaire, généralisé à tout le corps, sauf aux muscles de la face, mais il est plus marqué aux mains et à la tête.
Signes secondaires
Système nerveux. — On a signalé un certain nombre de troubles moteurs : paralysies des muscles : des yeux ou de la face, hémiplégies, paraplégies, contractures, convulsions épileptiques, tétanie, chorée, etc., dont l’origine basedowienne est plus que contestable.
Les troubles sensitifs se manifestent sous forme de névralgies ou sous forme d’hyperesthésies viscérales, spécialement d’angoisse rétro-sternale avec irradiation vers l'épaule et le bras gauche, rappelant de tous points l’angine de poitrine; de douleurs gastriques et intestinales, rappelant les crises du tabès,
Les troubles psychiques méritent une mention spéciale. Au premier plan, il faut placer l’excitation et l'agitation, l’irritabilité et l’instabilité, l’émotivité.
Les {roubles vaso-moteurs sont fréquents. Ce sont tantôt des sueurs localisées ou généralisées.
Ces sueurs sont abondantes et «2 montrent parfois par accès, surtout à la suite d’e::i.ations psychiques. Cette diaphorèse rend la <a moite,
Age
douce, veloutée, et diminue sa résistance électrique, diminution à laquelle on avait autrefois accordé
une importance excessive.
Peau. — Du côté de la peau on a noté des pigmentations anormales, diffuses ou circonscerites. Dans le premier cas, on les voit se localiser à la face, en forme de chloasma ; à la région périorbitaire, c’est-à-dire aux paupières (signes de Zellinek que Sainton a retrouvé cinq fois sur 32 cas de maladie de Graves), au cou, à la poitrine, aux genoux, aux ongles, aux aisselles, aux parties génitales.
Dans le second, la pigmentation, avec ou sans participation des muqueuses est généralisée, el, comme dans lesobservations de Montaud-Martin, Boinet, Etienne, Siredey et Mlle de Jong, rappelle la maladie d’Addison. Pour expliquer ces pigmentations, on a incrimé le sympathique. Il convient de mentioner ici le vitiligo, qui se verrait surtout au cou et à la nuque ; l’urticaire persistant, le prurit, la pelade, la sclérodermie. Quant à l’alopécie : chute des cheveux, de la barbe, des cils et des sourcils, des poils du corps, elle est fréquente : Sattler la constatée dans un quart des cas ; la repousse du système pileux, consécutivement à la guérison ou à l'amélioration du goitre exophtalmique, semble bien montrer les rapports étroits de cette alopécie avec cette dernière affection.
Appareil génito-urinaire. — Au cours du goitre
exophtalmique, il existe, chez la femme, des troubles génitaux très fréquents,
Dans les cas sévères l’aménorrhée est presque constante. Dans les cas légers, il y a, ou rareté et irrégularité des règles, ou diminution de l’écoulement menstruel. Il est naturel que la stérilité puisse s’ensuivre. Mais la grossesse est possible chez les basedowiennes ; il en est qui avortent et il enest qui accouchent à terme.
Chez l’homme, lestroubles génitaux, s'ils existent, sont mal connus. On a noté tantôt l’agénésie, tantôt l’exaltation du sens génésique, et trouvé parfois des testicules petits.
Du côté de l'appareil urinaire, il faut mentionner:
1° La polyurie, avec urines claires, qui peut aller jusqu’au diabète insipide. |
2° L'albuminurie passagère,surtout post-digestive, accompagnant parfois les crises cardio-vasculaires.
3° La glycosurie diabétique et la glycosarie simple. Le plus souvent, c’est le goitre exophtalmique qui précède le diabète, mais parfois c’est le diabète qui commence ; d’autres fois, il y a apparition simultanée des deux,
Du reste, la fréquence relative de la glcosurie alimentaire, dans le goitre exophtalmique, semble montrer que la régulation du sucre est troublée chez les basedowiens. Cette glycosurie, qui se voit surtout dans les cas de grand amaigrissement, ne se rencontre pas dans les cas guéris.
Appareil digestif. — Les troubles de cet appareil
sont importants : hypersécrétion salivaire, appétit inégal et capricieux, tantôt exagéré, tantôt diminué ; des troubles dyspeptiques intenses et rebelles : des gastralgies accompagnant souvent des palpitations de cœur et enfin deux signes plus caractéristiques : les vomissements et la diarrhée.
Appareil respiratoire. — Il faut d’abord mentionner la dyspnée mécanique due à la sténose trachéale ou à la paralysie des adducteurs, par compression de la trachée ou des récurrents, et ensuite la dyspnée due à la bronchite hyperémique et à la congestion pulmonaire par affaiblissement du myocarde.
En dehors de ces deux espèces de dyspnée, il faut rappeler les crises d’oppression survenant, sans
signes stéthoscopiques, à la suite des crises de tachy- - cardie, avant d’insister sur certains troubles respi-
ratoires spéciaux essentiellement caractérisés par l'accélération de la respiration et la difficulté de l'élargissement inspiratoire du thorax.
Etat général. — Fréquemment la nutrition est troublée, et ses troubles, indépendamment de l’état du tube digestif, entrainent l'amaigrissement et l'as. thenie.
IT. — Goitres exophtalmiques frustes
A) Goitre basedowifié. — L'apparition de signes basedowiens, survenant au cours d’un goitre simple,
est chose bien connue.
A. Martin a
HARo Tree
Le plus souvent, il s’agit d’un goitre vulgaire, qui, de longues années après son début, s’accroît brusquement et se complique de tachycardie. C’est souvent. à la suite d’une maladie infectieuse, et nous verrons dans les chapitres suivants, de la syphilis. À la tachycardie ne tardeni pas à s’ajouter des symptômes secondaires : troubles psychiques, excitation du système nerveux. Quant au goitre, il présente souvent des noyaux durs, fibreux, cartilagineux même.
B) Cancer thyroidien basedowifié. — Au cours d’un cancer de la thyroïde, on peut voir apparaître un syndrome basedowien parfois, si complet et si net que la malignité de la tumeur passe inaperçue, du vivant du malade, et n’est reconnue qu après l'examen histologique.
C) Cœur irritable. Névroses cardiaques. — « La présence où l’absence du goitre et de l’exophtalmie, écrit Pierre Marie, n’a qu'une importance secondaire, car ni l’une ni l’autre ne sont nécessaires pour caractériser la maladie. »
On peut donc se demander si certains cœurs irritables, caractérisés par de la tachycardie, des palpitaiions avec angoisse, des modifications du caractère devaient entrer dans le cadre de la maladie de Graves. ou rester dans celui des névroses cardiaques pures. Le problème est très difficile. Aschner affirme qu’on peut le résoudre.
Avec une injection d’adrénaline, les névroses cardiaques pures ne réagissent pas, tandis que celles
qui relèvent d’une intoxication thyroïdienne réagissent par des palpitations, de la mydriase, de la tachycardie, de la glycosurie, etc. Dans certains cas de cœur irritable, l'origine thyroïdienne pourrait être affirmée, d’après Lian, par l'existence d’une hyperesthésie thyroïdienne, par la constatation du signe de De Graeffe et par la recherche du métabolisme.