ORIGINE DU TRAITEMENT MIXTE SIMULTANÉ
À la période de tâtonnement de la thérapeutique arsenicale, M. Ravaut (Bulletin de la Société Médicale des Hôpitaux, 1910, page 693, et la Tribune Médicale, octobre 1911), fut parmi les premiers à insister sur la fréquence des cas de syphilis résistant à cette médication.
En effet, les petites doses se montraient souvent insuffisantes et provoquaient une accoutumance; l'application de grosses doses, par contre, était souvent suivie d'accidents qui faisaient redouter leur emploi.
Il n’y avait pas encore de technique arsenicale; l’utilisation de l’arsenic était trop récente pour que l’on ait pu déterminer les conditions de la moindre nocivité de ce médicament pour l’organisme et celles qui empêcheraient l’accoutumance du tréponème à son action.
De plus, on ignorait totalement quelle serait l'influence de la nouvelle médication sur l’évolution de la syphilis, si fertile en retours offensifs tardifs.
Cette notion pourtant essentielle ne pouvait s’acquérir qu’à la suite d’une très longue expérience en rapport avec la durée de la maladie qui peut se prolonger pendant une ou plusieurs générations.
Par con! e, les limites de la toxicité et de l'efficacité dans
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tous les cas de syphilis, des différents composés mercuriels étaient bien ccanues, et le traitement par cette médication apportait une sécurité dont il n’était pas prudent de priver le malade.
Pour ces raisons, dès 1910 (loc. cit.), M. Ravaut, entre les piqûres de 606 à dose non toxique, injecta chaque jour du cyanure de mercure et il vit les accidents céder beaucoup plus régulièrement à ce traitement qu'à l’arsenic seul, tandis que cette association était bien tolérée.
On employa également l'huile grise en injections hebdomadaires.
Quel que soit l’agent mercuriel utilisé, le traitement mixte simultané arseno-mercuriel était institué.
Dans sa communication de Décembre 1910, époque à laquelle on ne faisait qu’une ou deux injections de 606 par cure, M. Ravaut avait déjà indiqué sa méthode en ces termes : « Après avoir fait bénéficier le malade de l’action rapide et violente que détermine sur presque toutes les manifestations syphilitiques, les fortes doses d’arsénobenzol (une injection intra-veineuse de 0,60 et une injection intra-musculaire de 0,60 à 0,70 à quatre jours d’intervalle), nous préférons, dans la crainte de n’obtenir qu’un effet médiocre des injections suivantes, de provoquer l’arséno-résistance, de produire des accidents d'intoxication, recourir, pour le traitement ultérieur, aux selc mercuriels, nous réservant de rechercher, s’il est nécessaire, dans quelques mois, le degré de sensibilité de ces malades aux composés arsenicaux. »
En octobre 1011 (article de la Tribune Médicale), le même auteur décrivait avec précision sa technique et constatait les bons résultats obtenus par cette méthode. « Depuis cette époque (Décembre 1910), écrivait-il, j’ai pris l'habitude d’asso-
cier toujours au traitement arsenical le traitement Mercure) …. et depuis lors, j'ai pu vérifier chez de nombreux malades les effets vraiment remarquables de cette combinaison. Primitivement, je pratiquais 2 injections intra-veineuses de 606,
- puis 12 injections intra-veineuses de cyanure et je finissais cette cure par 2 autres injections de 606.
Après avoir constaté des accidents nerveux graves à la suite de la seconde injection de 606, je crois qu’il est plus prudent d’espacer chaque injection, d’en diminuer la dose et
- de séparer chacune d’elles par une série de piqûres mercurielles. Après une première injection.de 0,20 à 0,30 de 606, je pratique 4 injections de sel mercuriel solublé, le plus actif étant le cyanure en injection intra-veineuse ; je recommence 3 autres fois cette série, de sorte qu’en quelques semaines le malade a reçu 4 injections de 606 et 16 injections mercurielles… J'ai pu constater que les chancres cicatrisaient beaucoup plus rapidement et s’effaçaient presque complètement en peu de temps; de même-les ganglions qui résistent parfois très longtemps à des injections répétées de 606 diminuent beaucoup plus rapidement de volume dès que l’on associe les deux médicaments et la réaction de Wassermann devient bien plus rapidement négative.
En un mot, on peut dire dès maintenant qu'il est possible d'obtenir, par le traitement mixte arsenic-mercure, des résultats que l’on n'aurait jamais eus avec l'un ou l’autre de ces médicaments pris séparément.
A doses relativement minimes, et par conséquent peu toxiques, le 606 associé au mercure agit beaucoup plus efficacement qu'il ne le ferait à lui seul, même à doses beaucoup plus fortes ou plus souvent répétées.
La possibilité de diminuer ainsi son effet toxique sans Auire au résultat thérapeutique, bien au contraire, montre nettement comment doit être compris le nouveau traitement mixte de la syphilis ».
M. Ravaut employait donc couramment, et recommandait sans en limiter les indications à quelques cas, le traitement mixte simultané et la technique de cette méthode, établie et publiée alors par lui avec clarté et précision, ne devait se modifier dans la suite que légèrement et uniquement pour bénéficier de l'amélioration des arsénobenzènes et du perfectionnement des méthodes arsenicales.