INSUFFISANCE DE L’ARSENIC SEUL
A — Les arséno-résistances
Depuis la création du traitement mixte simultané, l’ex-. périence de chaque jour apporta à ses partisans de nouveaux arguments et leur prouva qu’ils étaient dans la bonne voie.
Gaucher et Lévy-Franckel écrivaient en 1913 : « Le 606 ne blanchit pas la syphilis. » (Ann. des Mal. vén., 1913, page 8). La même année, Lévy-Bing intitulait ainsi un article : « Le 606 ne stérilise pas la syphilis. » (Ann. des Mal. vén. 1914, page 401). Ces auteurs appuyaient leurs conclu: sions sur un grand nombre de faits; mais dans aucun des cas cités, les doses injectées ne dépassaient 3 gr. de 606; elles étaient même le plus souvent très inférieures à ce chiffre; de plus, ces doses étaient réparties en quelques piqûres plus ou moins espacées et la cure était presque toujours unique.
Depuis cette époque, chaque année, de très nombreuses observations de résistance du tréponème à l'arsenic ont été publiées. Dans les plus récentes, les traitements arsenicaux sont mieux appliqués; ils sont surtout prolongés davantage.
Cependant, certains auteurs, partisans de l’arsénothérapie pure, dont M. Marcel Pinard, ont invoqué la mauvaise tech-
nique dans l'emploi du médicament pour expliquer ses échecs ;
et M. Pinard a formulé les lois suivantes dont l'application
stricte devrait assurer le succès de l’arsenic dans tous les cas : 1° Loi de progression des doses ;
2° Loi des grosses doses qui, seules, arrivent à détruire
le tréponème :
soit Oo gr. o1 par kilogramme de poids corporel pour le 606 et o gr. o15 pour le 914.
3° Loi des courtes périodes de repos :
Ne pas mettre plus de 3 semaines entre les séries (d'après la thèse de Colette, Paris 1923).
D'autres auteurs, comme MM. Queyrat et Lacapère, ajoutent que les syphilis résistant au 014 cèdent au 606 : ce dernier, appliqué selon les méthodes actuelles, ne connaîtrait pas d'insuccès.
Pour les partisans du traitement arsenical pur, une Syphilis ne pourrait être considérée comme arséno-résistante qu'après un traitement complet, rigoureusement appliqué selon les lois de M. Pinard et après emploi du composé arsenical le plus puissant, c’est-à-dire du 606.
Or, bien peu d'observations d’arsenorésistances, même parmi les dernières, répondent à ces données.
En effet, certaines conditions sont difficiles à remplir et cependant, le traitement d'attaque doit être peu gênant pour le malade et facile à manier pour le médecin: celui-ci le mettra d'autant plus volontiers en œuvre, celui-là le suivra d’autant plus scrupuleusement qu’il possèdera, à un plus haut degré, ces qualités.
Mais les très grosses doses sont souvent mal Supportées (céphalée, vomissements) par les malades qui continuent à
meñer leur train de vie habituel, à travailler, et doivent, par conséquent, s’alimenter normalement.
C’est également dans les traitements arsenicaux très poussés que l’on voit survenir le plus souvent des accidents graves d’intolérance à la deuxième ou à la troisième série (prurit, érythrodermie, troubles digestifs).
Précisément, ces incidents et accidents provoquent souvent, les uns à tort, les autres avec raison, soit l'abandon du traitement par le malade, soit de la timidité dans son appli cation.
Or, comme nous le verrons plus loin, l'interruption, méme momentanée, ou l'insuffisance de la thérapeutique arsenicale, ont très souvent des conséquences funestes, avec les méthodes exclusives, et provoquent des rechutes graves.
Quant au 606, s’il est, sans conteste, le plus actif des arsénobenzènes, il est aussi le plus difficile à manier, car Îa préparation de la solution, d’ailleurs très étendue et longue à injecter, et son alcalinisation doivent être faites au moment de l'emploi.
En outre, il est le plus toxique; en effet, l'instabilité de Ia solution est telle que la préparation la plus correcte in vitro ne met pas à l’abri des accidents par fermentation de précipités dûs à une alcalinisation devenue excessive ou insuffisante dans l’organisme.
Enfin, en parcourant les dossiers des malades traités au dispensaire du D' Ravaut à l'hôpital Saint-Louis, nous avons pu constater quelle proportion minime de malades se soumet rigoureusement au traitement qui lui est imposé.
En effet, très souvent, pour une raison quelconque, le ma- Jade espace trop les injections et oblige ainsi le médecin à interrompre la progression des doses (1° loi de Pinard), ou