Confirmation clinique
a) Du point de vue de la toxicité.
Les accidents toxiques sont moins fréquents avec le bismuth qu'avec le mercure.
La dose efficace de ce dernier, en effet, est très proche de ia dose toxique et on atteint celle-ci dans les traitements mercuriels intensifs, ce qui n’est pas sans danger pour les malades. |
M. Duhot, de Bruxelles (« Revue belge d’urologie et de dermato-syphiligraphie », mars 1923) a pu faire avorter des syphilis par quatre ou cinq séries de fortes doses (0,14) d'huile grise, mais les stomatites et les lésions rénales furent fréquentes et, dans deux cas, les accidents mercuriels ont amené la mort des malades.
Cet auteur ajoute (mais nous lui laissons toutefois la responsabilité de ce qu’il avance) que le mercure n'est pas un véritable spécifique du spirochète : ce serait un poison de protoplasme avec lequel un effet utile ne peut être obtenu que par une intoxication de l’organisme. i
Dans ces conditions, on n’est pas étonné de la fréquencé relative des accidents mercuriels.
Par contre, si la tolérance de l'organisme humain ne permet. pas non plus l'emploi de la dose stérilisante expérimentale du bismuth, sa dose curative pratique est bien au-dessous de la dose toxique; aussi les accidents bismuthiques sont-ils rares.
Le bismuth est du reste, celui des trois médicaments antisyphilitiques que les malades tolèrent le mieux à dose efficace.
Les accidents bismuthiques sont d’ailleurs moins graves.
En effet, la stomatite mercurielle, si elle est le plus souvent légère, peut être parfois très grave, et amener Ja mort; l’entérite peut prendre une forme dysentérique.
MM. Hudelo et Rabut. par contre (Société de derm. et svph., 10 janvier 1024, et Presse Méd., o avril 1924) ont montré que les accidents provoqués par le bismuth étaient presque constamment bénins et toujours rapidement curable. ;
La stomatite, disent-ils est peu fréquente depuis que l’on emploie moins les tartro-bismuthates ; on l’évite avec quelques précautions d'hygiène buccale et seuls, l’ictère et les accidents cutanés tardiis, d'ailleurs très rares, légitiment la cessation du traitement bismuthique.
b) Du point de vue dé l’activité thérapeutique.
Nous avons vu que les préparations bismuthiques ont une action. thérapeutique, peut être moins rapide que celle des arsenobenzènes, mais au moins aussi constante et plus stable dans s:s résultats.
Le mercure, au contraire, s’il est assez actif dans la syphilis primaire, agit très lentement sur la syphilis secondaire dont il ne peut pas toujours empêcher l’éclosion.
Les méthodes intensives par le cyanure ou le benzoate quotidien (Joltrain, Bory) ou par l'huile grise (Duhot) auraient des résultats bien supérieurs, mais nous avons vu le danger de ces méthodes.
Les récid:ves après traitement mercuriel et les hydrargyro-résistances ne sont pas rares et dans Ja syphilis maligne précoce, l’échec est de règle.
L'influence du traitement mercuriel sur la réaction de Wassermann, quoique certaine, n'est pas très active: seuls, MM. Joltrain et Bory disent avoir obtenu sur la sérologie des
résultats comparables à ceux des arsenobenzènes, mais avec leur méthode intensive qui est toxique.
Les autres auteurs signalent, au contraire, de nombreux échecs. En effet, il est admis, en général que si la négativation est obtenue parfois par une série de cyanure, la plupart du temps il faut de longs traitements pour l’obtenir, et dans les deux cas le résultat est le plus souvent passager.
M. Barbier (thèse de Paris, 1923) conclut : « le fait qu'un traitement mercuriel, même intensif, ne peut, à la période préhumorale, amener d’une façon habituelle le maintien de la séro-réaction négative, ni même l'absence d’apparition des accidents secondaires, sous-classe nettement le mercure par rapport aux autres antisyphilitiques ». |
Ajoutons que si le mercure, employé après échec de l’arsenic, s’est montré efficace, souvent aussi il a échoué.
C’est au contraire presque toujours avec un succès éclatant que le bismuth est employé dans les syphilis arseno-ré- Sistantes. Noi: n'avons relevé, dans nos recherches biblio-
graphiques, que deux échecs du bismuth dans ces circonsfances.
Il s'est montré efficace avec la même régularité dans les cas où l'intervention du traitement mercuriel était restée également sans effet.
Par contre, dans l’un des deux cas précités (1), le seul Où nous ayons vu tenter le traitement hydragyrique après échec du bismuth dans une syphilis récente (2), le mercure a été sans action.
Ajoutons, avantage pratique, que, tandis qu'avec le mercure, pour appliquer le traitement le plus actif et le mieux supporté il fallait employer les préparations solubles (cyanure surtout) en injections fréquemment répétées, avec le bismuth au contraire, ce sont les préparations insolubles en injections espacées qu’il faut employer.
La supériorité thérapeutique spécifique du bismuth sur le mercure dans le traitement d'attaque est ainsi bien établie cliniquement.
c) Du point de vue de l'association avec l’arsenic.
. L'action complémentaire réciproque de l’arsenic et du bismuth appliqués parallèlement 'est encore plus efficace que celle qui se manifestait dans l'association arseno-mercurielle.
Nous venons de voir la supériorité du bismuth sur le mercure dans les syphilis arseno-résistantes en raison de son pouvoir spécifique supérieur.
(4) Observation de MM. Hudelo et Roberti d'après la thèse de Ponce de Léov Paris 1924, Obs. VI. s
(2) Dans une observation de M. Galliot (Soc. derm 8 mai 1924), un accident nerveux tardif peu après traitement bismuthique aura t cédé au mercure, mais ce cas est très discutable.
De plus, en raison de la gravité moindre des accidents toxiques du b'5muth, l’arsenic agit encore mieux sur eux que sur les accidents mércuriels.
Autre avantage du bismuth : avec lui, la permanence de l’activité thérapeutique du traitement d'attaque est plus parfaitement et plus régulièrement assurée.
__ En effet, avec le mercure, par suite de l'emploi habituel des préparations solubles, la continuité de l’action thérapeutique, difficilement maintenue au cours de la série mixte (cette technique étant trop assujettissante) ne l'était généralement pas entre les cures. :
Avec le bismuth au contraire, grâce à l'emploi courant des préparations insolubles, la lenteur de leur élimination (trois semaines à un mois) assure avec régularité la jonction entre les cures. '