‹ Le Traitement mixte de la Syphilis par l'Association conjuguée de l'Arsenic et du BismuthChapitre 22 sur 45 · C. — Inutilité d’une troisième médication · texte numérisé non relu

C. — Inutilité d’une troisième médication

Nous croyons avoir assez longuement démontré plus haut l’analogie du mercure et du bismuth et la supériorité de l’un sur l’autre pour ne pas insister davantage sur ces faits.

Il nous paraît donc inutile d’adjoindre à l'association des deux médications spécifiques de la syphilis les plus puissantes, le mercure dont l’action ne serait pas différente de celle du bismuth e‘ lui serait bien inférieure dans tous les cas.

]l y a, en outre, intérêt à ne pas compliquer un traitement que les malades suivent déjà très irrégulièrement.

Quant à l'iode, qu'il soit utilisé sous forme d’iodure ou diode simple, dit M. Ravaut, (Syphilis, Paludisme, Amibiase) il n’a pas d'action, du moins sous sa forme actuelle, sur les accidents précoces et MM. Favre et Longin, de Lyon (loc.

cit), ajoutent : « si l’iodure est le remède par excellence de certains accidents syphilitiques sur lesquels il agit, comme un résolutif puissant, il est dénué de tout pouvoir parasitaire direct et son action préventive est au moins faible, sinon nulle ». Cete médication*n'est donc pas indiquée dans le traitement d'attaque.

D. — Nécessité de l’association simultanée

De nombreux médecins utilisent l’arsenic et le bismuth en cures successives, mais ce mode de traitement est rarement bien réglé : chacun agit à sa guise et selon les circonstances, ne venant au bismuth qu'après plusieurs mois de traitement arsenical, soit par crainte de prolonger celui-ci trop longtemps, soit par suite de son insuffisance.

Cependant, quelques syphiligraphes comme M. Milian ont établi un traitement mixte alterné, bien réglé. Ces auteurs qui ne laissent aucun repos entre les cures par les différents médicaments spécifiques, peuvent objecter que leur méthode assure mieux que toute autre la continuité d'action dans l’attaque de la syphilis.

Mais, nous avons montré plus haut, comment par l’emploi régulier des préparations insolubles de bismuth, le traitement mixte simultané assure la permanence de l’activité thérapeutique non seulement entre les séries aussi bien que la méthode alternée, mais encore dans la série, entre les injections arsenicales comme cette dernière ne peut le faire.

De plus, la résistance de la syphilis à la première médication employée est toujours possible et, même dans les cas plus fréquents où cette résistance est atténuée et passagère, l'action efficace du traitement est considérablement retardée.

Or, nous l'avons vu, la nécessité est absolue de blanchir le plus vite possible le malade et de détruire au plus tôt les tréponèmes avant la formation de foyers profonds, sources de récidives ultérieures. Cette rapidité d’action du traitement d'attaque est donc essentielle pour l'avenir des malades et seule l'association mixte simultanée peut l’assurer régulièrement. |

Pourquoi, dans ces conditions, exposer le malade aux conséquences funestes de ce retard, alors qu'il est facilement évitable. |

Ajoutons que le traitement mixte simultané est plus facile à suivre que le traitement alterné qui ne laisse aucun repos entre les cures. ù

En outre, en administrant successivement les deux médications, le malade bénéficie à peine de leur association. En effet, chaque cure thérapeutique doit être appliquée selon les règles des méthodes unicites, intensives avec tous les inconvénients inhérents à ces méthodes, sans que l’action complémentaire réciproque puisse intervenir comme lorsque l’arsenic et le bismuth sont employés parallèlement.

Enfin l'observation clinique confirme ces arguments. M. Bernard écrit (Bruxelles médical du 6 mars 1024) : « de l’observation de cent traitements menés à toutes les périodes de la syphilis, nous avons la conviction formelle que la simultanéité d'injections des deux médicaments produit un résultat et: plus complet et plus rapide que leur alternance ».

E- — Réalisation pratique du traitement

Le traitement mixte simultané arseno-bismuthique procède par cures d'attaque répétées.

On les répétera aussi longtemps que l'on redoutera la persistance du parasite.

- C’est pourquoi nous n'avons pas à insister sur les modes de traitement variant avec les périodes ou avec les formes de la syphilis. !

Nous n’avons donc qu’à indiquer ce que comprend une cure d'attaque en elle-même. Il faut cependant savoir que ces cures devront être groupées par séries et dans chaque série (qui comprend le plus souvent trois cures), les intervalles entre chacune d’elles ne devront pas dépasser un mois.

Mais nous n'insisterons pas sur les périodes de repos entre les séries de cures, ni sur la durée générale du traitement, ni sur la surveillance du sang et du liquide céphalo-rachidien, non plus que sur la réactivation, toutes choses déjà bien connues qui restent immuables, quel que soit le traitement employé (simple ou mixte).

On utilisera dans cette cure le 014 et les préparations insolubles de bismuth.

En effet, il est avéré que les arsénobenzènes sont les plus actifs des composés arsenicaux et que, parmi eux le 914 et le 606 sont supérieurs aux autres. :

En outre, « si le o14-est un peu moins actif que le 606, il a l’avantage d’être beaucoup plus maniable, d’être moins toxique, moins choquant pour les organes et de déterminer moins de réactions.

On répare cette infériorité Id’action par l’emploi de doses plus élevées et, en fin de compte, le résultat final est tout à fait comparable ». Ravaut (Syphilis, Paludisme, Amibiase). °

Quant aux préparations insolubles de bismuth, elles sont plus actives, moins toxiques et moins douloureuses que

les préparations solubles et elles donnent des résultats plus stables.

On aura d’abord vérifié l’état général du malade, examiné ses urines, son système nerveux, son foie, ses dents.

Puis, s’il s’agit d’une syphilis secondaire ou plus ancienne, on fera d’abord une ou deux injections de bismuth à trois jours d'intervalle à titre préventif, pour atténuer la virulence du tréponème et éviter les réactions que pourrait donner la première injection de novarsénobenzol.

S'il s’agit d’un chancre sans accidents secondaires, on commencera d'emblée la cure mixte.

Elle comporte dix injections intra-veineuses de 014, à raison de une par semaine et dix injections intra-musculaires de bismuth faites dans leur intervalle, les deux ou trois premières injections des deux produits pouvant être rapprochées davantage.

Les doses de novarsénobenzol sont croissantes. La dose intiale peut être de o gr. 15 ou o gr. 30. La dose maxima ne doit qu'exceptionnellement dépasser o gr. 90.

Les doses de bismuth sont variables selon le produit injecté; les piqûres peuvent d’ailleurs être répétées le jour de l'injection arsenicale en cas de besoin et en particulier, si le novarsénobenzol n’est pas toléré à doses suffisantes.

Le malade aura donc reçu en deux mois une dose totale de 6 grammes au moins de o14 et dix injections au moins de bismuth. -

Le nombre et les doses des injections seraient modifiés si la résistance du malade ou des signes id'intolérance ne permettaient pas d'appliquer intégralement ce traitement.

De plus, en cas d’intolérance complète ou d’impossibilité

matérielle (difficulté de l'injection intra-veineuse), on pourrait remplacer le novarsénobenzol par le sulfarsénol. | Disons également qu’à l'hôpital où la clientèle renferme tant de déserteurs du traitement, pour éviter des motifs d’abandon, on est obligé d’injecter le bismuth le même jour que le 914. Cette pratique ne présente d’ailleurs par d’inconvénient sérieux.

F. — Efficacité de la nouvelle association

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