‹ Le Traitement Obligatoire de la SyphilisChapitre 14 sur 15 · CONSEQUENCES DU TRAITEMENT OBLIGATOIRE · texte numérisé non relu

CONSEQUENCES DU TRAITEMENT OBLIGATOIRE

Le rapide coup d'œil jeté sur la législation de quelques pays qui ont établi le traitement obligatoire, sur la façon dont la loi est appliquée, et sur les résultats du système va nous permettre de tirer quelques conclusions d'ensemble.

1° Les décrets qui établissent le traitement obligatoire suppriment du même coup la réglementation de la prostitution. Ceci est assez logique, en effet, la réglementation de la prostitution étant une application partielle du traitement obligatoire n’a plus de raison d’être dans un pays où la mesure est généralisée ; c’est à dessein que nous n'avons pas insisté sur cette question encore si discutée de la prostitution. Les prostituées doivent être surveillées dans la mesure où elles sont un danger pour la santé publique.

Les uns estiment leur existence nécessaire, les autres la déclarent honteuse et néfaste.

Il appartient au législateur, au responsable de l'ordre public, au moraliste, de prendre position ; le médecin devant le fait de la prostitution essaiera de la rendre moins dangereuse tout en reconnaissant qu'il

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n'arrive, malgré les plus strictes précautions, qu'à limiter le danger, mais non pas à le supprimer.

2° L'institution du traitement obligatoire implique pour l'Etat la nécessité d’être en mesure de fournir le traitement. Il en découle l'obligation d'augmenter considérablement la puissance de ce qu'on a appelé « l'armement antivénérien ». Inutile de décréter le traitement obligatoire si on ne peut en faire les frais.

D'autre part, l'obligation légale du traitement entraîne automatiquement l’étatisation du traitement, l’étatisme sanitaire. Cette étatisation semble être la condition économique de la bonne application de la loi, si contraire qu’elle soit aux traditions médicales.

« Il est nécessaire de répéter encore une fois de plus que le point crucial de la lutte antivénérienne est d'ordre économique. Un traitement complet chez un médecin de clientèle particulière est de beaucoup supérieur comme prix, tout en restant inférieur en qualité à celui donné dans un centre spécialisé. Si ceci est déjà vrai lorsqu'il s’agit d’un traitement de série, sans complication aucune, cela le devient bien plus encore lorsque surviennent des complications qui nécéssitent des examens et des traitements supplémentaires.

I est impossible de nier que le traitement antivénérien se socialise de plus en plus et échappe des mains du médecin particulier. Il ne reste plus à celui-ci que de trouver un compromis et d’accepter lovalement la collaboration avec les centres antivénériens.

(Docteur John fi. Stokes, Journal of Social Hygiene, vol. 21, 78, 9, octobre-novembre-décembre 1935.)

3° L'institution du traitement obligatoire n'a pas établi dans les Etats qui ont adopté cette mesure-un régime draconien.

On pourrait parler d'atteinte à la liberté individuelle lorsqu'on oblige un malade à se traiter. En fait, cette liberté est bien limitée de nos jours, la société prenant de plus en plus le pas sur l'individu :

Un individu n'a pas le droit de se suicider ; une femme n a pas le droit de se faire avorter ; le régime de la prohibition en Amérique déniait il n’y a pas bien longtemps, aux gens, le droit de boire de l'alcool.

L'individu ne peut donc pas disposer de son corps comme il l'entend, et cette restriction de plus qu'apporte le traitement obligatoire d’une maladie contagieuse particulièrement néfaste ne peut apparaître comme un révoltant abus de pouvoir.

La question la plus délicate est celle du secret professionnel dont les sanctions pénales appliquées aux récalcitrants entraîneraient fatalement la violation.

Nous avons vu qu'en réalité, dans tous les pays, la discrétion maxima est de rigueur. On fait surtout appel au procédé de l'avertissement confidentiel du médecin, à la visite particulière de l’infirmière sociale, et l’intimidation, lorsqu'elle est nécessaire, joue plutôt que la sanction judiciaire. La loi existe : elle donne au médecin toute autorité pour agir ; elle n’est appliquée que dans les cas extrêmes, bien rares, après épuisement de toutes les ressources de la persuasion.

Quant aux résultats pratiques, nous avons vu qu'au Danemark :

Tous les malades récalcitrants sont retrouvés et reviennent au traitement.

En Allemagne :

On retrouve 50 % des malades ayant cessé leur traitement.

En Suisse :

50 % également sont retrouvés.

En Russie :

En 1934 on a réussi pour Moscou à découvrir les sources d'infection chez 79 % de vénériens et à examiner 95,7 % de ces sources. Tous les contagieux dépistés sont traités.

Voyons par contre ce qui se passe en Angleterre, pays de liberté intégrale :

Sur 51.000 personnes signalées comme avant cessé de fréquenter les centres de traitement, au cours d’une année,

16.000 ont été renvoyées après achèvement du traitement et période consécutive d'observation,

18.000 ont céssé de venir après achèvement d’une ou plusieurs séries de traitement mais avant que n'eussent été acquises les preuves expérimentales de leur guérison,

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