ACTION DE LA PESANTEUR
La perte de substance osseuse produite par l’ulcération tuberculeuse peut quelquefois (surtout chez l’adulte) être limitée et insuffisante pour faire perdre au corps vertébral sa solidité et sa forme normale ; mais en général il en est tout autrement. L'ulcération tuberculeuse détruisant en grande partie au moins un corps vertébral, arrive à interrompre la continuité de la colonne somatique. Cette colonne osseuse est comme sectionnée par une véritable fracture et présente alors deux segments réunis seulement par le rachis postérieur qui, on le sait, est formé par la série de pièces osseuses qu'unissent des ligaments très élastiques, ce rachis postérieur est donc très mobile et ne peut pas se substituer à la colonne antérieure interrompue, comme appareil de soutien. Or, la colonne vertébrale, par le rôle qu’elle joue dans le squelette, doit être capable de résister à un effort considérable. Dans la station verticale,en effet,chaque corps vertébral porte le poids de toutes les parties du corps situées au-dessus de son niveau,et si,dans la position horizontale, cette pression diminue, elle ne disparaît pas complètement par suite du jeu des muscles, notamment des muscles abdominaux qui, prenant point d'appui d’une part sur le bassin et d'autre part sur le thorax,tendent à fléchir la colonne vertébrale en avant. Le sujet couché sur un lit normalement mou a toujours d’ailleurs le dos arrondi (position de repos véritable).
La colonne somatique,en plus de cette pression directe, doit résister à une mobilité incessante produite par les divers mouvements du corps, mouvements exagérés dans la marche, ou les exercices physiques, mais non supprimés entièrement dans la position couchée où la seule respiration mobilise dans une certaine mesure la colonne vertébrale.
On comprend qu'un corps vertébral, dont la résistance est très diminuée par l’ulcération tuberculeuse, s'effondre sous l’action d’une forte pression jointe à une mobilité incessante. C’est alors que le segment supérieur de la colonne fracturée s'incline sur le segment
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inférieur, constituant ce qu'on appelle l’inflerion vertébrale (1). Le segment supérieur incliné sur l’inférieur limite avec lui un
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Fic.9. — Schéma montrant l'angle d'inflexion et l'angle intersegmentaire.
angle ouvert en avant dont le sommet répond au foyer de destruc-
tion: c’est l'angle rentrant intersegmentaire (fig. 9). L’angle supplémentaire de cet angle, ou plus exactement l'angle
qui aurait pour côtés le segment supérieur en position normale, et ce même segment après l'inflexion vertébrale est appelé angle
4. Ce terme d’inflexion, qui donne bien à l'esprit l’idée de ce qui se passe, n’est pas employé én mécanique où l’on ne connaît que le point d’inflexion, point qui se trouve
situé à l’union de deux courbes de sens opposé.
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d'inflexion. Ces deux angles varient donc en raison inverse l’un de l’autre.
L’inflexion vertébrale ne va pas, c'est logique, sans de grandes modifications de la colonne vertébrale. Nous étudierons d’abord dans le rachis antérieur, puis dans le rachis postérieur, les modifications correspondant au centre de destruction et directement dues à l’inflexion, nous réservant de parler dans le chapitre suivant des modifications heureuses qui tendent à limiter, diminuer ou masquer l’inflexion vertébrale.
A. — Modifications de la colonne antérieure (colonne somatique). — Les extrémités segmentaires de la colonne somatique, usées par la tuberculose, prennent une forme spéciale déterminée par l’action de la pesanteur et de la compression ulcéreuse.
Dans le mal de Pott, les premières phases de la destruction osseuse, d'origine bacillaire, nous l’avons vu, sont indépendantes des influences mécaniques. Mais dès que la fracture du rachis est constituée et que l’affaissement des corps ulcérés s’est produit sous l’action de la pesanteur, la pression mécanique exercée par le segment rachidien supérieur vient modifier et accélérer le processus de destruction tuberculeuse, L'ulcération par compression (1) est prouvée, dans les cas Les plus fréquents, où Z’inflexion est complète (c'est-à-dire où les deux segments s'appliquent directement l’un sur l’autre) par un contact intime, un véritable modelage réciproque de ces deux segments, qui n’a rien à voir avec l'ulcération tuberculeuse proprement dite.
Sous cette influence l’ensemble des fragments osseux en contact tend à revêlir dans la plupart des cas une forme cunéiforme. Nous constatons ce fait tout particulièrement dans la forme la plus commune au début du mal de Pott où le foyer est limité à deux vertèbres voisines.
L'étude des radiographies de la colonne vertébrale faite de profil nous permet de suivre facilement et pas à pas la marche de ce processus.
Dans la radiographie n° 1 nous voyons un simple disque intervertébral (entre la deuxième et la troisième vertèbres lombaires),
1. Nous emploierons le terme consacré d'ulcération compressive, quoiqu'il serait plus exact de dire compression ulcéreuse.