‹ Le traitement pratique de l'épilepsieChapitre 11 sur 57 · L’ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

L’ADMINISTRATION

fixation exacte de ce que je vais appeler la dose suffisante. Si les renseignements sont insuffisants, si le bromure n’a jamais été administré, on procédera par tâtonnements en observant des règles que l’expérience permet de préciser; mais, je le répète, la tolérance varie suivant chaque individu, sans qu’il soit toujours facile d’en apprécier les raisons.

Il est certain, par exemple, que les enfants tolèrent beaucoup mieux le bromure que les adultes, par rapport au kilogramme d’individu, car leurs échanges nutritifs sont certainement plus actifs. Vers l’âge de huit à douze ans, époque où apparaissent souvent les premiers accès, on peut fréquemment faire tolérer assez facilement 3, 4 et o grammes de bromure, alors que certains adultes et surtout des personnes plus âgées supportent difficilement la même dose.

A ce propos, nous verrons qu’il n’est pas toujours facile de remonter à la source des diverses causes qui rendent certains malades plus ou moins intolérants vis-â-vis du bromure. On devra donc s’assurer, dès le début du traitement, si l’excrétion urinaire est suffisante, s’il n’existe pas d’albumine dans les urines, l’insuffisance rénale déterminant, on le comprend, l’intolérance au bromure par ce fait qu’elle met obstacle à son élimination.

Puisque nous avons parlé de la tolérance aux divers âges, nous dirons que l’intolérance par insuffisance rénale se rencontre surtout chez les épileptiques déjà âgés et artério-scléreux. M. Féré a observé que, lorsque le rein restait suffisant chez ces derniers malades, ils toléraient aussi bien, sinon mieux, le bromure que les adultes, ce qui est assez important à connaître dans l’espèce. Sous ce rapport, il y a toute une expérience à tenter au début du traitement; il importe qu’elle soit terminée au plus vite, dans l’intérêt du malade.

On se basera donc, pour instituer un traitement bromuré bien compris, chez un épileptique, sur ce fait capital qu’il faut donner au sujet ce que j’appelle la dose suffisante de bromure. Elle n’est autre que celle qui atténue suffisamment l’hyperexcitabilité excito motrice pour faire disparaître les accidents comitiaux sans troubler conjointement l’état général du malade, sans

LA DOSE SUFFISANTE DE BROMURE

produire des complications qui pourraient rendre le traitement intolérable.

Cette dose doit être très soigneusement précisée : trop faible, elle n'est pas suffisante pour arrêter les accès; trop forte, elle n’est plus tolérée. Je puis ajouter, à ce propos, que j’ai vu des cas au cours d’un traitement, 0(1 le bromure étant donné en trop grande quantité, le premier résultat était la réapparition des accidents qu’on voulait guérir. C’est une intoxication qu’on produit alors, au lieu et place d’une action médicamenteuse.

S’il existe des sujets assez nombreux prenant le bromure avec peu d’enthousiasme, il en est d’autres, par contre, qui, devant les effets favorables déjà obtenus, forcent d’eux-mêmes la dose sans en avertir le médecin, déterminent l’intoxication et voient ainsi, à leur grand étonnement, reparaître les accès. J’ai observé plusieurs faits de ce genre. Il faut donc que les malades soient bien avertis, qu’en aucun cas, ils ne pourront transgresser ou modifier les prescriptions du médecin, mais qu’ils devront s’en tenir à la quantité exacte qu’il a prescrite, sans descendre au-dessous et aussi sans la dépasser.

Au sujet de la dose à ordonner au début du traitement, qu’il me soit permis de rapporter le cas suivant, pour montrer qu’il est parfois difficile de ne pas se tromper dans l’appréciation delà quantité de bromure à faire prendre. J’ai donné mes soins à un sujet de trentecinq ans, fort et bien constitué, qui vint d’Amérique, où il exerçait les fonctions de consul, pour se soigner d’un mal comitial un peu tardif. Les accès étant assez espacés, j’ordonnai 3, 4 et 5 grammes de bromure. Comme le climat de la ville où il résidait l’avait fortement éprouvé par sa température élevée, il résolut d’aller suivre son traitement dans un village de l’Est, à mi-montagne et ù température moyenne. Je le perdis de vue. Lorsqu’il revint un mois et demi plus tard, il me dit avoir contracté deux à trois semaines après son départ un embarras gastrique avec très forte dépression physique et mentale. De ce fait, au bout de la quatrième semaine, il avait dû interrompre son traitement. L’absence de fièvre, l’épuisement général me firent nettement porter le diagnostic d’une intoxication

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