LE SIGNE DE LA PUPILLE
11 est un signe qui lèvera tous les doutes et permettra, sans que le malade ou le médecin puissent épiloguer, de savoir si la dose suffisante de bromure est atteinte. Je désire attirer tout particulièrement votre attention sur les phénomènes que je vais exposer, parce que je crois qu’ils n’ont jamais été décrits ou que s’ils l’ont été, ce que j’ignore, on ne leur a jamais attribué l’importance toute particulière qu’ils méritent dans la fixation de la dose suffisante.
Au cours du traitement bromuré, lorsque la dose du médicament reste faible par rapport à la tolérance du sujet, les pupilles sont en dilatation moyenne, c’est-àdire habituelle. Elles réagissent, comme à l’ordinaire, à la lumière et à l’accommodation. Si l’on porte plus haut la dose, il arrive un moment où l’on voit les pupilles se dilater et les réactions lumineuse et accommodative devenir paresseuses. A un degré au-dessus, les pupilles ne réagissent plus, ni à la lumière ni à l’accommodation; elles sont, en outre, à leur maximum de dilatation.
C’est au moment où s’établit la lenteur des réactions
LA DOSE SUFFISANTE DE BROMURE
que surviennenl généralement les quelques phénomènes généraux de dépression physique et mentale que j’ai déjà signalés. Ils indiquent, avec la dilatation pupillaire, que la dose suffisante est atteinte. Si l’on forçait la dose, de 1 gramme par exemple, les pupilles ne • réagiraient plus ni à la lumière ni à l’accommodation, le sujet serait en proie à l’intoxication, qu’il faut toujours éviter pour les raisons déjà données. Phénomène assez particulier et qui démontre bien, lorsqu’on emploie la méthode progressivement croissante et décroissante, que, pendant les deux semaines où la dose est la plus basse, cette dose, c’est-à-dire l’imprégnation, esteneore suffisante, c’est que, malgré la diminution du bromure, les pupilles continuent à réagir plus faiblement qu’à l’état normal et conservent leur dilatation.
Ce qu’il faut obtenir, c’est la réaction lente avec dilatation permanente. On peut alors être à peu près certain que la dose suffisante est atteinte, surtout si l’on constate, la troisième semaine, les quelques sensations générales dont j’ai déjà parlé. On notera si les pupilles se maintiennent étales, pour ainsi dire, pendant la première et la seconde semaine, et l'on augmentera ou diminuera de 1 ou 2 grammes — 1 gramme est généralement suffisant — si elles tendent à recouvrer leurs réflexes ou si leurs réactions disparaissent complètement, avec dilatation maximum.
Cet état de réaction paresseuse des pupilles à l’accommodation et leur dilatation ne nuisent pas d’ailleurs à la vue des sujets. Jamais aucun de ceux que j’ai traités, depuis de longues années, ne s’en est plaint. C'est en les examinant, d’une façon un peu minutieuse, que j’ai découvert cette modification qu’il faut produire et maintenir permanente, si l’on veut avoir une bonne garantie que la dose suffisante est ingérée.
De ce fait, j’ai pu parfois, chez des malades mal surveillés, qui n’absorbaient pas toute la dose prescrite et trompaient ieur entourage et le médecin, ou étaient involontairement trompés, déceler la supercherie ou l’erreur, en constatant le retour des pupilles à l’état normal, alors que la dose qu’ils disaient ou croyaient absorber avait déjà donné et aurait dû continuer à produire de la dilatation pupillaire et des réactions paresseuses.