‹ Le traitement pratique de l'épilepsieChapitre 37 sur 57 · V. — LES ADJUVANTS DE LA CURE BROMURcE · texte numérisé non relu

V. — LES ADJUVANTS DE LA CURE BROMURcE

Toutes ces conditions d’hygiène générale, physique et morale étant connues et régulièrement observées, je rappelle qu’il est néanmoins des sujets, peu nombreux à la vérité, chez lesquels le traitement bromuré est toujours très difficilement supporté. N’existerait-il pas, cependant, en dehors de l’hygiène et des précautions déjà prises, des moyens de le leur faire tolérer et d’arriver à la dose suffisante sans laquelle il n’est point de guérison?

Je laisserai de côté les malades chez lesquels le bromure produit, avant ou après l’obtention de cette dose, des éruptions qui, par leur ténacité et leur extension, peuvent mettre un obstacle très marqué au traitement, ayant déjà, autant que possible, indiqué d’une façon précise les moyens à mettre en œuvre pour obvier à ces inconvénients.

Il en est d’autres chez lesquels, en dehors de toutes manifestations locales, le bromure, dès le début de la cure occasionne aussitôt des phénomènes d’affaiblissement général, de dépression morale et physique qui forcent presque ces malades à garder la chambre. Malgré l’apparence, ces cas sont moins défavorables que ceux auxquels je viens de faire allusion, et où il existe des accidents cutanés intolérables. En réalité, que la dose soit haute ou faible, elle agit toujours de la même façon favorable si elle est suffisante, et chez les sujets dont je parle il suffit généralement d’une faible dose. C’est chez eux qu’il faudra donner d’abord de petites quantités de bromure, augmenter au besoin par demigramme comme chez les jeunes enfants et se tenir prêt à diminuer la dose si l’état général se ressentait trop vivement de l’absorption du bromure. Avec un peu d’attention et de doigté on réussira généralement , je l’ai dit, à éviter les accidents généraux.

LES ADJUVANTS DE LA CURE BROMURÉE

L hydrothérapie iroide. — Cependant, il est un adjuvant qui, dans ces circonstances, peut faciliter la tolérance en relevant l’état général qui se déprime facilement sous l’intluence du bromure : j’ai nommé l’hydrothérapie froide et chaude.

Un donnera tous les matins après le petit déjeuner une douche en jet brisé, à la température de 10° à 12° C., sur les parties antérieure et latérales du Ironc, la colonne vertébrale, en terminant par le plein jet sur les membres inférieurs et les pieds. La tête devra être épargnée.

Après la douche, le sujet fera une courte promenade un peu active, ou se remettra quelques instants dans son lit pour favoriser la réaction générale qui doit toujours s’établir. Chez les malades où ne se montre pas une sensation de bien-être, de chaleur généralisée aussitôt après la douche, on devra cesser l’usage de cet agent thérapeutique qui serait alors au moins inutile. En refroidissant le corps sans le réchauffer, la douche produit un afflux du sang des parties périphériques vers les régions centrales du corps, vers les viscères, et nous avons dit qu’il fallait éviter toutes les causes de congestion ou d’exagération de la pression artérielle.

Malheureusement, les sujets dont nous parlons, et qui sont le plus souvent des enfants ou des adolescents lymphatiques, réagissent aussi mal à l'eau froide qu'à l’égard du bromure qui les déprime.

Pour certains qui tolèrent mal la douche, chez lesquels celle-ci ne produit que du refroidissement, on pourra essayer d’un moyen un peu moins violent et donner d’abord de l’eau tiède, toujours sous forme de douche, pour en arriver, au bout de quelques séances, à l’eau progressivement refroidie à 10 ou 12°. Celte dernière pratique nécessite une installation spéciale qu’on ne trouve guère que dans quelques grandes villes privilégiées.

On pourra aussi remplacer la douche par un enveloppement à la même heure avec un drap un peu usé, trempé dans un seau d’eau froide, à demi tordu, puis appliqué sur la face postérieure du corps et l’enveloppant tout entier. On fera des frictions à la main sur le drap dans toute son étendue, pendant une minute à

LES CAS EXCEPTIONNELS D’INTOLÉRANCE

une minute et demie, puis un fort essuyage au moyen d'une serviette-éponge. Ce procédé réussit assez souvent; il est d’une application plus facile que le précédent et je l’ordonne volontiers.

L’hydrothérapie chaude. — Enfin, en éliminant les douches chaudes pendant toute leur durée, qui n’ont aucune utilité, on pourra encore donner, par semaine, deux bains à 34° ou 35° avec 2 kilogrammes de gros sel, aromatisés avec 150 grammes d’eau de Cologne, dont il existe des préparations analogues toutes faites dans le commerce. Ou mieux encore, si possible, des bains d’eau de mer chaude en baignoire, si l’on habite près du rivage. On prendra, bien entendu, toutes les précautions dont j’ai déjà parlé quand on donnera un bain à un épileptique.

Dans ces conditions, l’hydrothérapie est dans beaucoup de cas, et en particulier dans ceux que je viens de signaler, un bon adjuvant du traitement. Froide et donnée nettement dans un but adjuvant de thérapeutique particulière, elle tonifie, excite l’appétit et les sécrétions, favorisant ainsi l’élimination du bromure. Mais elle ne doit pas être appliquée sans discernement à tous les épileptiques réactionnels ou non, car en réalité, je le répète, elle n’est qu’un adjuvant de la cure et n’a aucune action sur le mal lui-même, qui reste exclusivement tributaire du bromure.

Les injections sous-cutanées de sérum artificiel chloruré ont été également préconisées dans le même but de lutter contre l’affaiblissement général dû à l’absorption du médicament. Je les crois inutiles, et aussi trop coûteuses, sans compter que leur action est plus que problématique. Elles compliquent un traitement déjà difficile et peuvent être facilement remplacées par l’hydrothérapie froide et l’absorption d’une certaine quantité de lait par jour, qui remontent la tension générale et favorisent les excrétions et surtout l’élimination du bromure.

LES CAS EXCEPTIONNELS D’INTOLÉRANCE POUR LE BROMURE

J’arrive enfin aux cas exceptionnels, aux épileptiques qui ont pour le bromure une répugnance invin-

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cible, aux intolérants chez lesquels se montrent, pour la moindre dose absorbée par la bouche, de l’embarras gastrique et même des vomissements.

Dans cette même classe, je placerai d’autres sujets plus exceptionnels encore qui, en somme, tolèrent le bromure à une dose paraissant sufïisante et chez lesquels, dans ces conditions, les accès ne semblent être, en aucune façon, améliorés ou même influencés.

Lorsque les adjuvants physiques dont je viens de parler auront été mis en œuvre sans le moindre succès, faut-il désespérer et refuser pour toujours à ces malheureux malades le bénéfice d’une médication qui d’ordinaire modifie si favorablement les accès?

L’administration du bromure par la voie rectale. — Je ne le crois pas, pour ma part, car il ne faut abandonner la partie que lorsque tous les moyens de traitement auront été essayés et épuisés, et j’estime que l’on pourra, dans ces cas, recourir à certain procédé de médication qui m’a parfois donné des résultats que je n’hésile pas à qualifier de très encourageants.

Je fus appelé, en avril 1899, vers onze heures du soir, près d'un jeune homme qui, quoique ayant suivi depuis plusieurs années un traitement bromuré assez rigoureux, avait eu, la veille de ma visite, dix-sept accès subintrants avec fièvre. Dans la journée où je le vis, douze accès s’étaient déjà montrés. 11 était impossible de lui faire absorber quoi que ce fût par la bouche. Le coma, les dents serrées, étant presque permanent, je prescrivis immédiatement deux lavements de 125 grammes, renfermant chacun 3 grammes de bromure associé au benzoate de soude, précédés d’un remède évacuateur et donnés dans le décubitus horizontal. J’ajoutai une injection sous-cutanée de 50 centigrammes de caféine pour lutter contre la dépression artérielle qui était très marquée.

Sous l’influence de ce traitement, les accès disparurent, ou du moins il ne s’en montra que deux très légers dans les vingt-quatre heures qui suivirent. Le lendemain, le patient put s’alimenter avec du lait, du bouillon et des œufs. Sachant que d’ordinaire il tolérait très mal le bromure par la bouche, je continuai la thérapeutique par la voie rectale, à la dose de 5 et 6 grammes par jour.

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Il y a plus d’un an et demi que je le soigne : il a eu en tout deux accès complets dans les trois premiers mois du traitement, beaucoup moins forts que ceux qu’il présentait antérieurement. Actuellement, il n’a plus que de rares vertiges et je ne désespère pas du succès.

J’ai essayé deux fois, chez lui, de reprendre le bromure à la dose de 4 et 5 grammes par la voie buccale. J’ai vu reparaître des vomissements, des vertiges et surtout une dépression générale qui m’engagèrent à reprendre immédiatement l’administration du bromure par le rectum, qui m’avait si bien réussi.

Ce qui montre bien que l’action du bromure administré de cette façon est effective, c’est que j’ai remarqué chez ce malade, et je le suis depuis un an et demi, que le médicament absorbé par cette voie donnait lieu aux mêmes phénomènes généraux que chez les sujets qui le prennent par la bouche : un peu de dépression générale la semaine de la plus forte quantité, la dose suffisante étant atteinte, de la dilatation pupillaire avec lenteur des réactions lumineuse et accommodative. A un moment donné, vers le sixième mois, cette dilatation s’accentua concurremment avec les phénomènes généraux, et les vertiges revinrent plus rapprochés. La dose de bromure était devenue un peu trop forte ; de 4, 5, 6 grammes, je la fis descendre à 3, 4 et 5 grammes. L’état général redevint bon, les vertiges s’espacèrent, et c’est la dose que le malade prend encore aujourd’hui sans le moindre inconvénient. Le bromure, qui n’était pas toléré par l’estomac, fut parfaitement supporté par le rectum. Son action fut efficace sans adjonction des phénomènes fâcheux qui avaient failli faire interrompre un traitement devenu désormais favorable et qui antérieurement, on l’a vu, n’avait pas su prévenir un état de mal de très grande gravité.

J’ajoute que, malgré cette très grande amélioration, l'état mental de mon malade est resté un peu faible comme il était auparavant, comme il avait toujours été depuis l’enfance. Le bromure n’a pas le pouvoir de refaire aux épileptiques les cellules pensantes que la sclérose cérébrale épileptogène a détruites. Les lésions occasionnent, chez certains, de l’insuffisance mentale,

GILLES DE LA TOURETTE g

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en même temps que le caractère devient dillicile, irritable et parfois impulsif. Le bromure est cependant favorable dans ces conditions, car, en éloignant les accès, il fait disparaître l’affaiblissement mental qui les suit d’ordinaire et lorsqu’ils sont rapprochés, persiste dans leurs intervalles. De ce fait, il permet, dans une certaine mesure, le relèvement moral et physique et améliore la situation du sujet, à quelque point de vue qu’on l’envisage.

Dans ces conditions, sans que l’intelligence devienne en réalité beaucoup meilleure qu’avant le traitement, les malades qui souvent restaient confinés à la chambre, tristes et abattus, toujours sous le coup de l’anéantissement qui suit les accès récents et répétés, dans l’angoisse de ceux qu’ils savent devoir revenir à bref délai, se remontent un peu, reprennent courage au prorata de leurs facultés mentales. Ils s’adonnent à quelques occupations, regagnent un peu de gaieté, et leur existence devient plus sortable que celle qui était auparavant leur triste apanage.

La technique de cette administration particulière du bromure est, en réalité, des plus simples. La dose quotidienne du médicament, jugée suffisante, est donnée en deux fois, par exemple. On ajoute à un lavement de 125 à ISO grammes d’eau bouillie 3, 4, 5 cuillerées à soupe de la solution bromurée représentant 3, 4, 5 grammes de bromure associé par gramme à 10 centigrammes de benzoate de soude. Le premier lavement est donné, après un remède évacuateur, dans la position horizontale, le malade restant au lit encore une demi-heure après son administration. Le second lavement est donné le soir, après le coucher, dans les mêmes conditions. Pour assurer leur conservation, on devra administrer les lavements médicamenteux à l’aide d’une seringue spéciale munie d’un long embout en caoutchouc, d'une contenance de 125 à 150 grammes, et non avec un irrigateur.

11 résulte donc de ce que je viens d’exposer que, dans les cas exceptionnels où l’on aura déjà jugé, par la pratique, que le bromure ne pouvait pas être efficacement toléré par l’estomac, à cause des inconvénients généraux ou locaux qu’il produisait alors, et qui étaient insupportables, ou ne donnait pas les effets satisfai-

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sants qu’on est habituellement en droit d’en espérer, on pourra parfaitement, par la voie rectale, atteindre la dose sutlisante et s’y maintenir avec de bons résultats.

J’ai remarqué, en outre, que parfois certains des sujets ainsi traités pouvaient sans inconvénients, au bout d’un temps variable, reprendre et tolérer par la bouche 1 ou 2 grammes de bromure, qui diminuaient d’autant la dose à absorber en lavements.

J’ai prescrit plusieurs fois cette médication particulière et j’ai toujours pu la faire bien tolérer chez des sujets qui étaient rebelles à l’absorption du bromure par la bouche. J'en ai retiré de très bons résultats. J’ai cru remarquer, à ce propos, que pour en arriver à la dose suffisante, il fallait donner 1 ou 2 grammes de bromure de plus que si on avait employé la voie buccale. Il existe à ce sujet quelques difficultés d’appréciation. Celles-ci n’ont, d’ailleurs, aucune importance pourvu qu’on en arrive à la dose suffisante, en considérant les phénomènes généraux et les signes fournis par les pupilles, qui sont, je l’ai dit, les mêmes que ceux que l’on observe, lorsque le bromure est absorbé par l’estomac.

Ce procédé d’absorption du bromure, qui, autant que j’ai pu en juger, ne me parait pas avoir été suffisamment signalé et surtout précisé, est sujet à des applications assez nombreuses, et, de ce fait, n’est en aucune façon négligeable. Je l’ai dit, il m’a rendu, dans plusieurs cas, les services les plus signalés. J’ajoute, ainsi que je l’exposerai bientôt, qu’il me parait fondamental, dans le traitement des états de mal où il devient nécessaire d'intervenir, et d’une façon rapide, pour parer aux éventualités souvent très graves que ces états entraînent avec eux.

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