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L’ÉTAT DE MAL ÉPILEPTIQUE

à l’avance que les accès ont une tendance habituelle à revenir en séries, à ce que le bromure ne soit en aucune façon interrompu, même pendant la crise si possible. ' On n’ignore pas, en effet, que, tout au moins au début du traitement, les accès sont assez souvent sériés chez les épileptiques. Il peut en survenir deux ou trois dans la même journée, ou bien le même nombre se répartit sur une période de deux ou trois jours consécutifs. Ce sont, d’ailleurs, les plus difficiles à faire disparaître.

Dans ces derniers cas, il faut prévoir et craindre l’apparition beaucoup plus grave cl’un état de mal , c’esl-cùdire d’une série d’accès très rapprochés, subintrants pour ainsi dire, parfois très nombreux, s’accompagnant souvent d’élévation de la température, ainsi que l’a démontré M. Bourneville, et qui peuvent parfois mettre la vie du malade en danger. Par leur acuité, leur nombre et leur continuité, ils exagèrent considérablement, nous le savons, la pression artérielle et peuvent déterminer la rupture d’un vaisseau encéphalique productrice d’une hémorragie cérébrale.

Si l’état de mal n’a pu être prévenu, je crois que le meilleur traitement à mettre en oeuvre pour l’enrayer et le rendre moins dangereux est de recourir aux lavements bromurés.

Pour établir la quantité de sel à prescrire, il faudra se baser sur la plus forte dose habituellement absorbée par le sujet la troisième semaine du traitement, et si celte dose est largement tolérée, sans trop de crainte d’intoxication, l’augmenter pendant la durée de l’état de mal, qui dépasse rarement à l’état aigu plus de deux ou trois jours, de 2 ou 3 grammes dans les vingt- quatre heures. On agira surtout ainsi, si l’on pense avec nous que la dose donnée en lavements, pour produire des effets égaux, doit être un peu plus élevée que celle qui est ordinairement donnée par la bouche. Entre les séries d’accès, le médicament sera d’ailleurs administré par la voie buccale.

Mais bien souvent le sujet, dans ces intervalles, reste très abaissé, presque dans le coma, refuse même

de prendre quelque alimentation, à plus forte raison du bromure; la voie rectale reste donc seule ouverte. A. ce propos, on pourra prescrire, outre les lavements bromurés, des lavements alimentaires, ou nourrir le malade à la sonde avec du lait, du bouillon concentré, des œufs battus dans le bouillon. Il importe, au premier chef, de relever les forces si l'état de mal tend à se prolonger. Si les phénomènes asphyxiques étaient très marqués, on ferait respirer de l’oxygène, on pratiquerait la respiration artificielle, des tractions rythmées de la langue et une ou deux injections sous-cutanées d’éther de 1 centimètre cube chacune.

Il ne faudra pas oublier non plus qu’après les états de mal, il existe souvent une forte dépression physique qui s’accompagne de dépression artérielle. Les injections de citrate de caféine seront alors employées, au nombre de une ou deux dans les vingt-quatre heures et à la dose de ü gr. 50. Elles ne doivent pas être faites dans les périodes intercalaires qui parfois séparent les séries d’accès, mais uniquement lorsqu’on jugera que l’état de mal est terminé, parce qu’elles exalteraient la pression artérielle qui est alors très exagérée.

J’ai supposé jusqu’à présent que le médecin savait, au moins approximativement, quelle dose de bromure prenait ou tolérait d’habitude le malade avant l’apparition de l'état de mal. Il est des cas cependant où, appelé d’urgence et pour la première fois, il se trouve privé de renseignements à ce sujet. L’épilepsie a pu débuter subitement par un état de mal, ou encore le sujet ne prenait que très irrégulièrement du bromure. Il se basera sur le nombre et l’intensité des accès sériés, sur l’âge du patient, sur l’état delà température, pour agir à dose plus ou moins élevées, en se rappelant toutefois qu’il ne faut pas aller jusqu’à l'intoxication, sur laquelle l’état des pupilles pourra d’ailleurs lui fournir des renseignements un peu tardifs en réalité, mais toujours utiles dans la circonstance. Il est ditïicile de donner des indications générales en ce qui regarde tous ces faits particuliers.

Quelques autres manifestations marchent encore de pair avec les crises, ou les remplacent parfois. Chez certains épileptiques, en effet, l’affection se juge surtout par du délire, de l’automatisme ambulatoire, des

impulsions irrésistibles. Mon intention n’est pas ici de les décrire, pas plus que je ne l’ai fait pour les accès et les phénomènes du petit mal. Elles appartiennent plutôt au domaine de l’aliénation mentale qu’à celui de la pathologie nerveuse proprement dite. Le médecin instruit, qui a la prétention de soigner les épileptiques, doit cependant bien les connaître et savoir leur opposer une thérapeutique appropriée. J’estime d’ailleurs qu’en dehors des précautions à prendre contre ces malades qui, parfois, peuvent être dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, ces manifestations, dans la majorité des cas, exigent le traitement par le bromure, ordonné sur les mêmes bases que dans l’épilepsie à accès.

Il est une variété de ces équivalents psychiques qui se montre parfois à la fin du traitement, lorsque les accès convulsifs, les absences et les vertiges ont déjà depuis longtemps disparu. J’aurai bientôt l’occasion d’en reparler et d’indiquer la thérapeutique qu’il faut lui opposer.

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