‹ Le traitement pratique de l'épilepsieChapitre 45 sur 57 · LA SUPPRESSION DE LA DOSE SUFFISANTE · texte numérisé non relu

LA SUPPRESSION DE LA DOSE SUFFISANTE

de ses accès et dont l’état mental est bien équilibré, Gt celui qui, ayant, lui aussi, vu disparaître ses crises, a conservé l’état mental dont j’ai parlé, il y a de grosses différences à établir. Chaque cas porte donc avec lui son propre enseignement.

La seule règle que l’on pourrait formuler et que, pour ma part, j’ai plusieurs fois mise en pratique, c’est de ne jamais autoriser le mariage que cinq ans, je ne dis pas après la disparition du dernier accès, mais bien après la suppression de la dernière prise de bromure. Dans ce cas, on sera assuré, autant que possible, que les accès ont disparu pour toujours, et l’on sera fixé sur les équivalents psychiques, sur les reliquats mentaux que l’affection laisse parfois après elle.

Certaines nécessités socialesengageront quelquefoisle médecin à se montrer moins restrictif dans son autorisation : c'est encore là affaire d’appréciation. En réalité, d’ailleurs, cette autorisation ne sera guère sollicitée que dans les cas où l’on sait qu’elle peut être accordée. Dans les autres, on s’en passera généralement, et ce sera tout bénéfice pour le médecin de ne pas avoir à donner son avis.

Jusqu’ici nous avons envisagé le mal comitial le plus habituel, celui qui tire le plus souvent son origine d’un accouchement laborieux et des convulsions infantiles qui ont laissé des cicatrices cérébrales génératrices d’accidents convulsifs ultérieurs.

Épilepsies de l’adulte. — Il est d'autres épilepsies nées, non plus dans l’enfance, mais dans l’âge adulle, à la source desquelles il est généralement plus facile de remonter encore. En considérant leurs causes, on verra que, à l’inverse de ce que nous avons établi pour le mal comitial né dans l’enfance, il faudra parfois avoir recours à des traitements différemment variés qui s’appliqueront à ces causes elles-mêmes et non à leurs effets convulsifs. Cependant, bien souvent on devra, en fin de compte, en arriver au traitement bromuré, comme dans l’épilepsie des premières années. Il est donc indispensable d’entrer dans quelques considérations au sujet de ces cas particuliers.

Il est certainement nombre d’alcooliques qui, sous l’influence du poison, font de la sclérose des artères cérébrales et des lésions encéphaliques génératrices de l’épilepsie. Évidemment la condition primordiale du traitement sera de supprimer l’agent toxique, toute boisson distillée ou fermentée. Mais il est bien rare que, lorsque les accidents convulsifs se sont produits, au moment où l'on est appelé à les traiter, les lésions cérébrales ne soient pas déjà irrémédiables. Elles ne peuvent plus disparaître, même si la cause première est alors radicalement supprimée. Dans ces cas, comme dans bien d’autres que nous allons étudier, c’est encore, je l’ai déjà dit, après un certain temps de suppression de l’élément toxique qui n’aura donné aucun résultat quant aux accidents convulsifs, au traitement bromuré qu’il faudra recourir et l’appliquer dans les conditions

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que j’ai déjà indiquées. C’est à l 'hyperexcitabilité cortico-motrice qu’on devra s’adresser encore une fois, pour les faire disparaître et supprimer, avec elle, les phénomènes comitiaux qui sont sous sa directe dépendance, et non à la cause primordiale qui a produit la cicatrice.

Il en est de même des accidents convulsifs qui surviennent à un âge assez avancé chez les artério-scléreux et constituent Vèpilepsie dite sénile.

1° Épilepsie syphilitique. — Par contre, où un traitement particulier trouve surtout ses droits, c’est lorsqu’il s’agit d’accès d’épilepsie chez des syphilitiques. Ces manifestations ne sont point rares et méritent partant d’attirer notre attention.

Lesrecherchesanatomo-pathologiquesde mon maître, le professeur Cornil, ont montré, je l’ai dit, jusqu’à l’évidence, que le processus syphilitique localisé sur les artères produisait deux variétés de lésions. La première, manifestement spécifique, se juge par une infiltration gommeuse des parois. Lorsqu’elle porte sur les artères cérébrales, elle peut déterminer des lésions en évolution qui sont productrices de l’épilepsie. Quand celles-' ci sont rapidement reconnues par la recherche des antécédents et l'appréciation des manifestations cliniques qui sont sous leur dépendance, elles deviennent entièrement justiciables d’un traitement particulier qui n’a rien à faire avec l’administration du bromure.

On peut encore à ce moment, en employant à la fois le mercure et l’iodure en quantités suffisantes, faire disparaître l’artérite gommeuse avec les accidents qu’elle a occasionnés et qui sont souvent des paralysies, l’hémiplégie en particulier, s’accompagnant parfois d’accès d’épilepsie partiels ou généralisés. Si l’intervention thérapeutique a trop tardé, les lésions s’installent à l’état permanent, deviennent cicatricielles, le traitement spécifique n’a plus aucune action et c’est, en fin de compte, au bromure qu’il devient désormais nécessaire d’avoir recours.

Les deux cas suivants corroborent ce que je viens d’avancer. Le premier est d’autant plus intéressant qu’il se rapporte à la syphilis héréditaire. Il a trait à un jeune homme de dix-huit ans dont j’ai déjà esquissé l’histoire. Après des douleurs de tête très violentes

dans la fosse temporale gauche, il eut deux accès presque consécutifs d’épilepsie débutant par le membre supérieur droit, se généralisant ensuite presque immédiatement. J'interrogeai sa mère qui l’accompagnait. Elle me répondit que l’accouchement fut normal, qu’elle éleva elle-même son fils au sein et qu’il n’avait jamais eu de convulsions. Elle avait deux autres enfants, bien portants, nés après une fausse couche de six mois.

J’examinai plus attentivement le malade, qui était bien conformé et d’intelligence au-dessus de lamoyenne, et je constatai des lésions dentaires qui me firent soupçonner la syphilis héréditaire. Je prescrivis immédiatement un traitement par le mercure et l’iodure de potassium et mandai le père qui ne fit aucune difficulté pour m’avouer qu’il avait eu la syphilis avant son mariage. J’ai prescrit, depuis un an et demi, quatre périodes de traitement de même ordre, et les accidents épileptiques ne se sont jamais renouvelés.

Le deuxième cas se rapporte à un artiste d’opéra que je soigne depuis deux ans environ. Atteint d’hémiplégie droite, au cours d’une tournée, le médecin qui le vit alors ignora probablement sa syphilis et l’envoya faire une cure thermale d’où il revint avec un légqr degré de contracture. Il se rendit alors près d’un spécialiste qui s’empressa, avec raison, de lui prescrire un traitement spécifique intensif. Mais les lésions étaient devenues définitives et l’hémiplégie persista. Six mois plus tard, survinrent des accès épileptiques généralisés contre lesquels le traitement mercuriel et ioduré échouaégalement d’une façon complète. Ses paroxysmes très nombreux, plus encore que son hémiplégie incomplète, mirent tout à fait obstacle à ses occupations au théâtre.

Je le soumis au traitement bromuré qu’il toléra d’abord assez difficilement et que, par suite de fréquents voyages de sa part, je ne pus surveiller que de loin. Aujourd’hui, sous l’influence d’une thérapeutique mieux suivie, les accès se sont beaucoup atténués en nombre et en intensité. Il a pu s’adonner au professorat, organiser des concerts, y prendre même une part assez active, le bromure n’ayant, en aucune façon, altéré sa voix qui est restée fort belle, telle quelle était avant l’apparition des accidents dont je viens de rapporter l’histoire.

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