‹ Le Traitement Sanglant Des Fractures De JambeChapitre 5 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Dans le progrès « du traitement sanglant des fractures », comme pour les principales conquêtes de la chirurgie moderne, l'introduction des pratiques antiseptiques a provoqué une transformation complète. Aussi convient-il de marquer la différence des méthodes chirurgicales employées avant et après la vulgarisation de la méthode Listérienne : essais timides, souvent entâchés d’insuccès durant la période préantiseptique ; méthode qui s’est perfectionnée dans ses indications et son manuel opératoire pendant l'ère antiseptique et qui doit acquérir son plein épanouissement à la faveur de l’asepsie.

A) Période préantiseptique. — Les tentatives des anciens chirurgiens ne comptent guère, car elles constituaient des manœuvres d'exception : les chirurgiens visaient à nettoyer le foyer des fractures compliquées, à coapter les fragments, mais non à les suturer (1). Aussi faut-il faire

(1) On sait qu'Ambroise Paré eut une fracture de jambe compliquée ; voici comment s'exprime Richerand à ce sujet (/n Nosograplie chirurgicale, 13 vol., XIII, 1805) : « Ambroise Paré eut la jambe gauche

fracturée par un coup de pied de cheval, à quatre travers de doigt audessus de l'articulation du pied. Il veut reculer et retombe ; les os déchi-

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table rase des rares sutures, pratiquées de ci de là, san:

indications ni technique bien précises, jusqu’au ee quart du siècle dernier. Malgaigne semble être le premier

qui ait proposé d'intervenir de propos délibéré dans les fractures de la rotule, en enfonçant à travers les parties

molles des griffes métalliques destinées à rapprocher Re Re

fixer les fragments pendantle travail de réparation osseuse.

Peu de temps après (1848), Dieffenbach imaginait de traiter |

les pseudarthroses par des chevilles d'ivoire enfoncées dans les deux fragments et appelées, d’après lui, moins à les immobiliser qu'à provoquer l'exubérance du cal par irritation de los et du périoste. Sa pratique fut imitée avec succès par Stanley, Bœckel, Gurlt ; d'après le même principe Von Langenbeck fixait dans (a os des vis métalliques, au lieu de chevilles d'ivoire.

À titre exceptionnel on voyait pratiquer par Roux à Paris (1833), puis par Sédillot, par Von Bergmann, l'enelavement

des fragments, l’un taillé en bec de flûte, enfoncé dans la

moelle de l’autre. Certains chirurgiens, en avance sur leur temps, comme Kearny Rodgers en 1826, comme Flaubert de Rouen ({hèse de Laloy, 1836) tentaient de suturer les

rent la peau et les vêtements, en causant une douleur inouïé. Transporté dans une maison du voisinage, il fait préparer une application émolliente et dirige lui-même les tentatives de réduction. « Surtout, je priai maistre Richard Hubert, ne m'epargner non plus que si j'eusse été le plus estranger du monde en son endroit, et qu'en réduisant la fracture, il mist en oubli l'amitié qu'il me portait. )

« Davantage l'admonestay fores qu'il sceut bien son art, de tirer fort le pied en figure droite, et que si la plaie n'estait suffisante, qu'il la creust avec un rasoir, pour remettre plus aisément les os en leur position naturelle, et qu'il recherchät diligemment la plaie avec les mains plutôt qu'avec autre instrument, car le sentiment du tact est plus certain que nul austre instrument, pour oster les fragments et pièces des os qui pourraient étre du tout séparées ; mesme qu'il exprimät et feist sortir le sang, qui estait en grande abondance aux environs de la plaie, puis

furent mises les attelles, etc, »

fe

deux extrémités d’un os par des fils métalliques. Rhéa Barton essayait dès 1834, d’ailleurs avec insuccès, la suture de la rotule, opération proposée dès le xvrr° siècle.

Ces opérations, faites à l’époque où sévissaient l'infection purulente et la pourriture d'hôpital, donnaient des résultats généralement imparfaits, souvent déplorables ; elles décourageaient les esprits les plus audacieux et restaient à l’état de tentatives isolées.

B) Période de l’antisepsie et de l’asepsie. — Cet état de choses fut profondément modifié par l’antisepsie qui marqua même ses premiers succès dans le domaine de la chirurgie spéciale des fractures. En effet, Lister pratiqua en 1876, le premier avec un résultat heureux, une suture de la rotule avec des fils métalliques perdus : c’est à ce grand chirurgien que revient le mérite d'avoir établi sur des faits positifs la tolérance de l'organisme vis-à-vis des corps étrangers non septiques. II montrait que la suppuration, l’élimination des corps étrangers, les fistules prolongées, ne dépendent pas du corps étranger lui-même, mais des agents septiques qui l’accompagnent.

Cependant, exception faite pour les fractures de la rotule et de l’olécrâne, la suture osseuse légitimée et préconisée par Listér, défendue par V. Langenbeck en Allemagne, introduite par Lucas-Championnière en France, n’était appliquée aux fractures des os longs que dans le cas de pseudarthrose. Pour celle-ci la préférence des chirurgiens allait à limmobilisation des fragments par les chevilles d'ivoire. Nombre de travaux, basés sur la clinique ou sur l'expérimentation, publiés par des chirurgiens très connus (Dieffenbach, Heine, Langenbeck, Esmarch, Ollier, Wolff, V. Bergmann, Jackimowitz, Heine de Prague, Busch et Bidder, Senn, Mac Even, Poncet, Küster, Rose, Hahn, Lesser, Salzer, Dementiew, Glück, Schüller, Adamkievicez), prouvaient

n n'importe quelle substance (ivoire, os décalcifié, o ; acier, argent, catgut, etc. etc. ), soit dans le canal méd

soit dans des cavités ne D Se ee canal.

Mi Ja Dhétepeutiqie: alone des Hire son originalité 6 N At a l'immobilisation par l'enchevillement, non lus

sion. Cette pratique ni imitée par Socin, par Max Schuller

(1888), par Rose, Glück, Kümmel qui publièrent séparément les bons résultats obtenus par cette méthode : Munk (2 (2) était 2 2 lui aussi favorable à l’enchevillement. en Vers la même époque, Schede de Hambourg essayaitune méthode, différente dans ses moyens et dans son principe.

. I s’efforçait d'immobiliser les fragments sans abandonner de corps étrangers dans les tissus (3) : après libération et réduction des fragments Schede les fixait à l’aide de vis d'acier fines, spécialement construites et dont les extrémités sortaient par la plaie; on pouvait les enlever 4 à 8 semaines plus tard, après consolidation.

En 1892, Gaudard (4) rapporta 35 enchevillements exécutés

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