‹ Le transformismeChapitre 12 sur 74 · LAMARCK ET GEOFFROY · texte numérisé non relu

LAMARCK ET GEOFFROY

se déforment et deviennent finalement inutiles. Cestià un exemple d'explication des modifications corrélatives que Lamarck signale aussi chez les animaux.

Comparaison des idées de Lamarck et de Geoffroy. — Si l'on compare dans leurs points essentiels la doctrine de Lamarck à celle de Geofifroy, on trouve dans chacune une part importante de vérité, une part d'erreur.

Lamarck croit à l'organisation directe de la matière, à la génération spontanée, au développement graduel des formes vivantes, depuis l'état de simple masse homogène jusqu'au plus haut degré de complication. Geoffroy est plus disposé à croire à une création directe ; tous les animaux sont construits, selon lui, d'après un plan unique, qui n'a été varié que dans le détail ; il n'y a donc pas, à proprement parler, d'animaux simples et d'animaux compliqués; ou plutôt les animaux simples en apparence ne sont qu'un arrêt de développement, causé par le milieu, des animaux compliqués. Lamarck croit à une transformation continue de toutes les espèces, dont aucune ne disparaît quand l'Homme n'intervient pas. Geoffroy admet la disparition naturelle des espèces mal adaptées en même temps que leur transformation. Pour Lamarck, le milieu ne fait que provoquer les besoins, et par eux l'usage habituel ou le délaissement des organes, qui se modifient en conséquence, de sorte que l'animal est lui-même son propre modificateur. Pour Geoffroy, le milieu agit lentement sur l'animal dont le rôle est passif. Son action s'exerce surtout sur les embryons dont, il peut déter-

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miner les brusques variations ; les caractères nouvellement accfuis persistent aussi longtemps que les conditions de. milieu qui les ont produites ; ils se modifient avec elles ; de sorte que l'hérédité ne joue dans la doctrine de Geoffroy qu'un rôle secondaire. Au contraire, dans la doctrine de Lamarck, c'est elle qui transmet, en ■dehors de toute influence de milieu, les caractères acquis par un individu à toute sa descendance.

Lamarck et Geoffroy professent d'ailleurs l'un et l'autre que les animaux actuels descendent par une suite ininterrompue de filiations des animaux fossiles; ils repoussent toute idée de cataclysme général, de créations successives, et prennent ainsi une position opposée à celle de Tauteur du Discours sur les révolutions du globe,

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et la variabilité limitée, — Isidore Geoffroy Saint-Hilaire reproduit à peu de chose près les idées de son illustre père. Toutefois il fait à l'hérédité la part qui lui revient dans la conservation des types spécifiques; c'est elle qui limite l'étendue des variations et qui maintient la fixité de l'espèce <juand le milieu ne change pas ; c'est en cela, et en cela seulement que consiste la théorie de la variabilité limitée ■de l'espèce soutenue par Isidore Geoffroy, et qui a été assez souvent mal interprétée. Par ces mots, le savant zoologiste veut seulement dire que l'espèce est invariable quand rien ne la soUiciie à se modifier; c'est en ^omme ce que dit aussi Etienne Geoffroy. Comme son père, Isidore Geoffroy croit à une filiation ininterrompue entre les espèces vivantes et les fossiles ; il repousse

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les hypothèses de Cuvier sur les créations successives et le prétendu repeuplement du globe par migration après chaque cataclysme.

Pierre Leroux ei l'hypothèse du progrès continu. — Ces idées ne sont pas sans trouver un certain écho parmi les philosophes. On les trouve notamment alliées à Thypothèse que le monde est soumis à une loi de progrès continu.

« Par un admirable synchronisme, s'écrie Pierre Leroux*, toutes les découvertes contemporaines nous révèlent le changement continu et la création incessante de l'univers, comme elles nous révèlent la perfectibilité indéfinie de l'humanité. Ici, c'est l'école des anatomistes qui devance depuis longtemps la divination philosophique, en prouvant la continuité des progrès dans la série des êtres. Là, c'est une science presque nouvelle, la géologie, qui tous les jours renonce à ses théories de cataclysme et de bouleversements pour expliquer par un développement continu la formation de notre globe. Assurément elle préexistait à nos formules, à nos essais métaphysiques, cette belle synthèse scientifique, à l'aide de laquelle les naturalistes philosophes de l'époque actuelle essayent avec tant de succès d'expliquer l'animalité... »

Nous verrons que le progrès général, s'il existe, n*est pas sans entraîner quelques décadences partielles. Les

Pierre Leroux, Delà doctrines des progrès continus (Revue trimestrielle) y cité dans les Etudes progressives d'un naturaliste pendant les années 18)4 et 18^^ d'Ét. Geoffroy Saint-Hilaire.

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