TRAVAUX SPECIAUX 5I
animaux marins; quelques-uns viennent habiter sousla queue des Crabes, perdent leur carapace et leurs pattes, plongent dans le corps de leur hôte, y développent de véritables racines charnues ;l l'aide desquelles ils se
nourrissent, et laissent paraître à l'extérieur de volumineux sacs remplis d'œufs. Tous ces animaux bizarres constituent la grande classe des Cirrîpèdes.
De 185 1 à 1854, Darwin en publie une histoire complète, remarquable par l'abondance et l'exactitude des
détails; puis il semble se recueillir et durant cinq années on ne voit paraître de lui aucun nouveau travail. C'est alors que tout à coup le naturaliste, en apparence uniquement adonné jusque-là à des études spéciales, se révèle dans toute retendue de son génie par cette œuvre étonnante, V Origine des espèces.
Préparation du livre : /' « Origine des espèces ». — 11 est des esprits privilégiés dans lequel s'accomplit sans cesse un travail involontaire et, pour ainsi dire inconscient, de coordination des idées. Chaque idée nouvelle apparue dans ces esprits semble chercher aussitôt les idées analogues qui s'y trouvaient déjà, vient prendre place auprès d'elles, et souvent les relie à d'autres idées qui en paraissaient indépendantes; toutes réunies, au lieu de demeurer un amas confus de matériaux épars, ces idées se trouvent un jour avoir formé en s'agrégeant pièce à pièce, comme sous la baguette d'un habile magicien, un harmonieux et solide édifice. Tel était Charles Darwin. 11 parcourt l'Amérique du Sud ; les faunes et les flores se succèdent sous ses yeux; il est aussitôt frappé de l'ordre dans lequel s'accomplit cette succession. En passant d'un pays à un pays voisin, les espèces se trouvent graduellement remplacées par des espèces voisines. Aux alentours des grands continents se trouvent des îles et des archipels ; ces terres isolées ont une population animale et végétale qui leur est propre ; le fait est intéressant, un esprit vulgaire se fût borné à le constater. Darwin compare une à une les espèces insulaires aux espèces du continent le plus rapproché, il constate avec étonnement