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VARIATION DES ANIMAUX DOMESTIQ.UES

partie de la population de se réfugier dans un asile accessible seulement pour elle et dans lequel elle s isole au moins pour un temps. Ainsi se peuple le monde; ainsi se diversifient les espèces ; ainsi chacune d'elles semble faite pour une condition déterminée à laquelle elle paraît providentiellement adaptée ; ainsi peut-on dire qu'il n'est pas une condition où la vie soit possible et pour laquelle on ne puisse trouver un organisme qui paraisse créé tout exprès. La cause de la succession des espèces dans l'espace et dans le temps, la cause de la diversification des formes vivantes est trouvée; il faut maintenant accumuler les preuves, montrer la concurrence vitale, la sélection naturelle, la survivance des plus aptes agissant sans relâche, les retrouver dans la diversité infinie des milieux, dans les innombrables combinaisons des faunes et des flores, rendre évidentes à tous les yeux leur incroyable puissance.

Le philosophe cède maintenant la place à l'observateur patient et ingénieux, au critique profondément érudit, au travailleur infatigable.

yariaiion des animaux domestiques, — Les causes qui ont amené la diversification des espèces ne sont pas des causes occultes, ayant agi à un moment donné, pour rentrer ensuite dans le néant. Les êtres actuels ne diffèrent de ceux qui les ont précédés que par une adaptation plus étroite à des conditions d'existence déterminées. Toute la théorie de la formation des espèces suppose que les espèces primitives étaient variables : les espèces actuelles doivent être variables comme elles; il

faut avant tout, pour donner à la théorie des bases solides, démontrer que leur prétendue fixité n'est qu'une illusion; il faut, s'il est possible, non seulement constater les variations, mais encore en déterminer les causes et les lois. Darwin ne se contente pas de consigner dans un chapitre de son premier livre ses observations à cet égard, il les développe dans un ouvrage capital : De la variation des animaux et des plantes sous V action de la domestication *. Les animaux sauvages soumis à des con- . ditions d'existence plus uniformes, pouvant se mêler au hasard des rencontres, varient moins que les animaux domestiques; lorsqu'ils présentent des variétés quelque peu tranchées on peut discuter si ce sont de simples races ou des espèces; pour ces diverses raisons ils ne pouvaient apporter que peu d'arguments dans le débat. Les animaux domestiques, au contraire, non seulement présentent de nombreuses variations, mais, grâce au soin que prennent les éleveurs, de conserver ces variations ou de les produire, on connaît d'une façon précise l'histoire de beaucoup d'entre elles. Il serait puéril d'arguer que, dans les conditions actuelles, l'intervention de l'Homme change les conditions du problème. L'Homme ne peut rien sur la propriété que possèdent les êtres vivants de varier; il n'a aucun moyen de la leur donner; il ne fait que réunir autour d'eux plus rapidement, plus complètement, plus soigneusement que ne le fait la nature, les conditions qui permettent à

* Trad. par Edmond Barbier. Paris, Reinwald.

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la variabilité de se manifester avec la plus grande énergie et sous les formes les plus diverses. Il accumule en un court espace de temps plus de variations que la nature n'en laisse persister en des siècles; mais c*est là précisément l'essence de toute expérience. Etudier les animaux domestiques et leurs variations revient donc à discuter les résultats d'expériences toutes faites sur les animaux sauvages. Dès lors cette étude, trop longtemps négligée des naturalistes, a qui beaucoup refusent encore sa véritable signification, devient féconde en conséquences. Non seulement par une sélection soigneuse des reproducteurs, par le choix d'un milieu convenable, il est possible de faire varier les espèces au point d'établir entre elles, comme l'avait constaté Isidore Geoffroy, une distance équivalente à celle qui sépare deux espèces sauvages de genre différent, mais encore il paraît possible de réunir des espèces sauvages distinctes et de les fusionner en une espèce domestique unique. C'est ce qui est presque certainement arrivé pour les Chiens, les Porcs, les Bœufs ; dans divers pays les races dominantes des Chiens domestiques ont une ressemblance frappante avec les espèces du genre Chien qui vivent sauvages dans la même contrée ; toutes les races de Porcs connues se laissent rattacher à deux types : notre Sanglier commun et un Sanglier inconnu de Tlnde entre lesquels il n'existe pas de passage; enfin on retrouve fossiles en Europe trois espèces de Bœufs dont les caractères essentiels sont précisément ceux qui distinguent nos principales races bovines. Inversement, des Lapins

abandonnés vers 1418 à l*île de Porto Santo, près de Madère, y ont pris des caractères tout à fait spéciaux, et l'on n*a pu, dit-on, réussir à les croiser avec notre Lapin indigène; les Lapins de Porto Santo seraient donc devenus en moins de cinq cents ansune espèce distincte. Les Pigeons s'apparient pour toute leur vie ; il est par conséquent facile d'en maintenir les races pures, et leur élevage a été l'objet de soins tout à fait exceptionnels de la part des amateurs anglais. On n'en connaît pas moins de cent cinquante races parfaitement fixées, dans lesquelles on a réussi à modifier presque toutes les parties du corps aussi bien que les instincts. Ces races transmettent régulièrement tous leurs caractères à leur descendance; elles diffèrent entre elles pour le moins autant que peuvent le faire nos races de Chiens, et cependant elles dérivent sans aucun doute possible du Pigeon bizet, encore sauvage en Europe. Ainsi le même degré de variété dans les races peut être obtenu, soit qu'on parte de plusieurs espèces naturelles distinctes, comme pour le Chien, soit qu'on parte d'une espèce unique, comme pour le Pigeon. Les races une fois obtenues peuvent se conserver, dans le même milieu, tout aussi longtemps que les espèces; on a voulu voir dans l'identité des animaux actuels et des animaux momifiés dans les nécropoles de l'Egypte depuis des milliers d'années la preuve de la fixité des espèces ; mais ces animaux ont conservé, outre les caractères de leur espèce, les caractères de leur race, de sorte que l'argument pourrait tout aussi bien servir à démontrer contre toute évidence la

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fixité des races que celle des espèces. L'étude détaillée des diverses sortes de végétaux cultivés et de leurs races conduit exactement aux mêmes résultats que l'étude des races d'animaux domestiques; de l'ensemble imposant des faits qu'il a réunis Darwin conclut qu'il ne saurait exister aucune délimitation entre la race et X espèce; et rétude du mode de formation des races prend dès lors une importance de premier ordre.

Cette étude comprend celle de l'action des agents extérieurs et des habitudes sur les organismes, celle de leurs variations, celle des manifestations de l'hérédité, vaste sujet traité d'une façon magistrale, mais où il est malheureusement impossible d'arriver toujours à la formule de la loi. Les agents extérieurs interviennent surtout dans les modifications des organismes en déterminant les conditions dans lesquelles s'exerce la sélection naturelle ; ils peuvent intervenir encore, comme le voulait Lamarck, en provoquant des habitudes qui déterminent le développement ou l'atrophie de certains organes par suite de l'usage qu'en fait l'animal ou du repos dans Jequel il les laisse. Darwin insiste généralement peu sur l'influence directe, fort difficile à démêler, mais cependant incontestable, des milieux qui fournissent tout au moins les occasions de se manifester à la tendance que possède chaque organisme à varier. Il passe aussi rapidement sur les lois de variation, sans oublier cependant de faire ressortir combien il est rare que dans un organisme une seule partie soit modifiée à l'exclusion de toute autre. Presque toujours un certain nombre d'or-

ganes sont liés, sans qu'on sache comment, de manière 3 varier simultanément, et cela est surtout frappant pour ceux de nos organes qui sont construits de la même façon, comme nos bras et nos jambes, et qu'on appelle pour celte raison des organes hottiologiies. Lors même qu'ils présentent de notables différences, ces organes lorsqu'ils varient tendent à se ressembler davantage; ainsi les plumes qui poussent sur les jambes de certaines variétés de volailles reproduisent ;i peu près la disposition des plumes des ailes et, dans ce cas, les doigts extérieurs de l'animal sont toujours, comme dans l'aile, plus ou moins unis par la peau.

L'hérédité aux âges correspondant de la vie. — Non seulement les organismes varient, mais, — Érasme Darwin et Lamarck l'ont surabondamment établi, — ils possèdent, la mystérieuse faculté de transmettre, au moins en partie, à leur descendance les caractères qu'ils ont acquis. C'est ce que nous x\ommon?,\'bérédité . Rien n'est capricieux en apparence comme cette transmission des caractères. Parfois les jeunes ressemblent à un de leurs parents, les mâles à la mère, les femelles au père ou inversement; parfois c'est à un de leurs grandsparents ou à un parent collatéral. Chez certains individus on voit reparaître tout à coup un caractère qui semblait disparu depuis de longues générations, et le caractère réapparu peut se limiter à l'individu qui le présente ou redevenir héréditaire. Des caractères héréditaires depuis un certain temps et en apparence fixés peuvent s'effacer, tandis qu'un individu mutilé acciden-

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