‹ Le transformismeChapitre 19 sur 74 · AUX AGES CORRESI', DE LA VIE · texte numérisé non relu

AUX AGES CORRESI', DE LA VIE

perdu, par exemple, un œil ou une patte, peut, suivant certains auteurs, procréer des individus congénitalement construits comme lui. Cerfciines monstruosités sont héréditaires à un haut degré, comme la présence d'un sixième doigt aux mains et aux pieds. et par une singularité mal expliquée on prétend que ces doigts surnuméraires repoussent parfois après amputation. Dans tout ce chaos, Darwin réussit à mettre en relief les cas les plus généraux qui constituent les lois provisoires de l'hérédité, et parmi ces lois il en est une qui peut être considérée comme la pierre angulaire de l'embryogénie, celle de l'hérédité 'aux époques correspondantes de la vie. On peut l'énoncer en disant que tout caractère apparu cbe^ un organisme à un âge donné apparaît au même âge ou un peu plus tôt che^ ses descendants. Il en résulte qu'un animal devra revêtir successivement, en se développant, les formes qui ont été momentanément définitives pour ses ancêtres, dans l'ordre même où ces formes se sont produites pour la première fois. C'est ce que Geoffroy Saînt-HiJaire et Serres avaient déjà entrevu lorsqu'ils représentaient les animaux inférieurs comme résultant d'un arrêt dans le développement des animaux supérieurs. Fritz Mûller a énoncé cette idée d'une façon brève et saisissante, en disant que V embryogénie d'un animal n'est attire chose qtte l'histoire abrégée des transformations de l'espèce à laquelle il appartient. Du même coup l'embryogénie se trouve expliquée et prend une importance de premier ordre, pour la détermination des affinités des êtres, puisqu'elle

nous met en quelque sorte sous les yeux la généalogie de chacun d'eux. Il est juste d'ajouter d'ailleurs que l'observation seule avait déjà révélé à M. Milne Edwards, dès 1843, toute rétendue des services que Tembryogénie pourrait rendre à la classification.

Théorie de lapangenèse, — Est-il impossible de pénétrer la nature intime de cette mystérieuse faculté qui accumule en puissance dans les éléments reproducteurs d'un animal les caractères de la longue série de ses ancêtres, de sorte que, suivant les circonstances, l'un ou l'autre puisse apparaître tout d'un coup, après avoir plus ou moins longtemps sommeillé? Ne pourrait-on pas tout au moins trouver une hypothèse provisoire qui coordonne le plus grand nombre des faits et les explique? C'est ce que Darwin a tenté en imaginant sa célèbre théorie de la pangenèse. Il suppose que chaque unité organique d'un corps vivant, que chaque cellule émet de petites particules qui viennent toutes se rassembler dans l'œuf ou dans l'élément fécondateur, et s'y trouvent associées à des particules semblables provenant d'un certain nombre d'ancêtres plus ou moins éloignés ; ces particules tendraient à reproduire dans leur forme et leur arrangement les éléments anatomiques d'où elles proviennent : de là les phénomènes d'hérédité. Il faut bien reconnaître qu'il est très difficile de comprendre comment toutes ces particules cheminent à travers l'organisme pour se donner rendez-vous dans l'œuf, comment elles s'y mélangent pour retrouver ensuite leur ordonnance primitive; mais Darwin lui-même ne donne

Page 1