LES CROISEMENTS
son hypothèse que comme provisoire, et on aurait mauvaise grâce à ne pas lui laisser le bénéfice de ses réserves. Les croisements et leurs effets. — A la question de Thérédité se rattache une autre question sur laquelle se sont livrées la plupart des batailles entre les transformistes et les partisans de la fixité des espèces, la question des croisements. Les adversaires les plus résolus du transformisme sont bien forcés d'admettre que les espèces peuvent être suffisamment modifiées pour fournir un nombre plus ou moins considérable de races; mais ils affirment qu'entre Tespèce et la race il existe une démarcation absolue dont les résultats des croisements sont, en quelque sorte, le critérium. Les croisements des individus de même espèce, mais de race différente, donneraient naissance à des métis, présentant des caractères intermédiaires entre ceux des races mères, et dont les unions seraient aussi fécondes, pour le moins, que celles des individus de même race. Les croisements entre individus d'espèces différentes seraient stériles ou produiraient des hybrides, inféconds comme le sont généralement les Mulets. La progéniture des hybrides, exceptionnellement féconds, deviendrait stérile après un petit nombre de générations ou ferait retour à Tune des espèces parentes. Il est certain que les choses se passent souvent ainsi, mais Darwin démontre qu'entre les hybrides et les métis on trouve tous les passages possibles. On doit en conclure qu'il en est de même entre les races et les espèces, qu'il n'existe aucune ligne de démarcation dans la nature entre ces abstractions de notre esprit,
E. Perrier, Le Transformisme. 5
■ S'il n'existe aucune ligne de démarcation entre les espèces et les races, il n'y en a pas davantage entre les races et les simples variétés, et celles-ci peuvent présenter à leur tour toutes les gradations imaginables. Ces divisions de nos méthodes ne marquent que des degrés dans la dissemblance des individus ou des groupes d'individus. Cette question des croisements conduit Darwin à signaler quelques autres phénomènes du plus haut intérêt au point de vue de la fécondation. Tout le monde a été frappé de voir l'infécondité survenir quand on essaye d'apparier ensemble des individus trop dissemblables; on a infiniment moins remarqué que les unions entre individus trop semblables entre eux sont aussi très souvent stériles. C'est ainsi que le concours de deux individus différents est presque toujours nécessaire pour assurer la perpétuité de l'espèce; bien qu'il existe beaucoup d'animaux hermaphrodites, il est rare, en effet, que ces êtres puissent se féconder eux-mêmes. Une fleur est très souvent frappée de stérilité ou ne donne que des produits faibles et dégénérés quand on essaye de la féconder avec son propre pollen, ou même avec celui de fleurs poussées sur le mêrqe pied. Aussi trouve-t-on dans le règne végétal d'étonnantes dispositions qui ont uniquement pour but de favoriser autant que possible les croisements. Ces points sont à peine effleurés dans le livre Y Origine des espèces, mais Darwin les reprend plus tard pour les développer dans deux ouvrages nouveaux, Iq premier ayant pour titre : Des effets de la fécondation directe où croisée dans le règne végétal (1876) ; le second : Des