LES CARNASSIERS
et remarquables par la multiplicité et l'homogénéité de leurs dents. Ces caractères d'infériorité sont encore en partie présents chez les Insectivores, les Lémuriens et même chez les Rongeurs. Nous allons pouvoir suivre toutes les modifications qu'ils ont éprouvées dans la série des Carnassiers et surtout dans celle des Ongulés. 11 suffira pour retrouver les représentants des ancêtres pentadactyles, plantigrades et multidentés des deux séries, de remonter jusqu'au début des temps tertiaires, jusqu'à répoque éocène. Nous disons les représentants et non les ancêtres eux-mêmes, car déjà, dans la faune éocène des phosphorites du Quercy, si bien étudiée par M. Filhol S on trouve un vrai Chien, le Canispalceolycus, de vrais Chats du genre Macbcerodus, de véritables Civettes, mélangés aux formes représentatives des types ancestraux.
Formation graduelle des Carnassiers actuels. — Importance généalogique du type Civette. — Au début de la période tertiaire les Carnassiers marsupiaux ont à peu près disparu ; mais ils sont remplacés par VHycenodon qui dévore la chair saignante ; le Pterodon qui vit de cadavres comme les Hyènes, YArctocyon précurseur des Ours, et les Proviverra qui rappellent les Civettes : tous ces animaux retiennent encore quelques caractères des Marsupiaux. Leurs dents sont beaucoup plus nombreuses et moins nettement adaptées à leurs fonctions que celles
1 H. Filhol, Recherches sur les phosphorites du Qusrcy, Etude des fossiles qu on y rencontre et spécialement des Mammifères. Paris, 1S77.
294 ÉVOLUTION DES MAMMIFERES
des Carnassiers actuels ; les vrais Carnassiers qui leur succèdent ont une dentition qui se rapproche de celle des Ours et des Chiens ; les uns marchent sur la plante des pieds comme les Ours, mais ont plutôt des dents de Chiens, tel est VAmpbicyon; les autres sont digitigrades ; mais beaucoupd'entre eux ne présentent les caractères ni des Chiens, ni des Civettes, ni des Martes, ni des Chats qui sont aujourd'hui nos Carnassiers typiques. Ils offrent des caractères intermédiaires : les Cynodon ou Cynodictis, par exemple, présentent à la fois les caractères des Chiens et des Civettes. Mais ils sont tellement variables que M. Filhol n'a pas compté dans les phosphorites du Quercy moins de dix-sept races reliées entre elles par d'innombrables formes intermédiaires et différant par les caractères les plus variés. Ils ont le même nombre de dents que les Chiens, mais la troisième molaire inférieure est petite chez certaines espèces et disparaît entièrement chez une race du Cynodictis intermedius dont la dentition devient par suite celle des Civettes. Les Cynodictis passent ainsi à des animaux qu'on ne peut distinguer des véritables Civettes. Aux Cynodictis se rattachent encore durant la période miocène des animaux comme les Plesidis ou les Ltitridis, qui ne sont ni Fouines ni Civettes, et diffèrent des Civettes par la forme de leur tête. Les Plesidis se modifiant peu h peu deviennent des Stenoplesictis, puis des Palœoprionodon,et de ces derniers aux Martes il n'y a plus qu'un pas. Des Martes dérivent directement les Procelurus qui ont encore deux molaires derrière la carnassière supérieure; mais l'une de