LES LÉMURIENS ET LES SINGES L»HOMME
Liens multiples et variété actuelle des Lémuriens. — Les Singes anthropoïdes. — La structure interne des grands Singes et celle de l'Homme. — L'intelligence des Anthropoïdes. — Conclusion.
Liens multiples et variété actuelle des Lémuriens. — La première idée qui se présente lorsqu'on cherche l'origine des Singes est de les rattacher à cts singuliers animaux, quadrumanes comme eux, qui peuplent Madagascar, ont encore des représentants dans Tlnde et en en Afrique, et ont promené jusqu'en Europe, avec des allures de spectre nocturne, leur museau effilé, leurs gros yeux logés dans des orbites incomplètes et leurs pattes dont un doigt pour le moins est toujours armé d'une griffe. On s'est donc préoccupé de rechercher l'origine de ces animaux jadis cosmopolites. Des naturalistes éminents ont été frappés de la ressemblance de la dentition de quelqlies-uns d'entre eux, parmi les plus anciens, avec celle des Porcins : on en a conclu à une parenté généa-
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logique entre lesLémuriens et les Pachydermes. Ne s'eston pas un peu laissé aller en exprimant cette opinion à Tattrait du paradoxe? Quelle que soit l'importance attribuée à la dentition par les nomenclateurs, elle ne suffit pas pour faire un animal, et Ton ne peut plus affirmer aujourd'hui qu'un fVagment de mâchoire 3ufFirait à un naturaliste pour reconstituer un Mammifère. Les dents des animaux omnivores surtout seraient a cet égard particulièrement trompeuses. On comprend très bien que des animaux d'origine toute différente, vivant les uns à terre, les autres sur les arbres, n'ayant rien de commun au point de vue de l'organisation ou des mœurs, mais usant d'aliments de même consistance, puissent avoir une dentition analogue. De tout ce que nous avons dit jusqu'ici, il résulte, en effet, que les différents organes d'un même animal varient souvent d'une manière tout à fait indépendante, et en apparence accidentelle. Comme le disait déjà Bulfon, il suffit que certaines parties puissent coexister, pour que leur combinaison soit à un certain moment réalisée; nous avons vu dans toutes les classes, dans tous les ordres, un même organisme se modifier dans les sens les plus différents, donnant naissance à une foule de combinaisons dont quelques-unes seulement persistent, isolées les unes des autres, et constituent ce que nous appelons des espèces nouvelles. De cette variation en apparence désordonnée peuvent résulter d'étonnantes ressemblances entre des animaux d'ailleurs d'origine toute différente. Les naturalistes sont aujourd'hui bien familiarisés avec ces ressemblances décevantes; on a inventé le nom
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de convergences pour les désigner. L'origine des Lémuriens est donc obscure, mais ce qu'on peut dire de ces animaux, c'est que l'étonnante plasticité de leurs formes, comparable à celle des Marsupiaux, leur avait fait assigner un rôle important dans révolution des Mammifères. L'infériorité de certains traits de leur organisation, la forme en quelque sorte moyenne de leur placenta paraissaient les désigner comme un groupe ancestral d'où bien d'autres auraient pu dériver. On passait facilement, semblait-il, du placenta diffus des Lémuriens, soit au placenta zonaire des Carnassiers, des Damans et des Éléphants, soit au placenta discoïde des Chéiroptères, des Insectivores, des Rongeurs et des Singes. Quoiqu'on trouve parmi les Lémurfens actuels (fig. 5, p. 112) des espèces qui ont des affinités avec tous ces groupes d'animaux, tl'éminents auteurs ont aujourd'hui abandonné cette piste pour rattacher directement aux Marsupiaux les Insectivores et les Carnassiers. La parenté des Lémuriens avec les Marsupiaux paraît plus lointaine encore que celle de ces animaux avec les Insectivores, et les seuls animaux dont la forme ou la constitution de leur placenta semblent la rapprocher sont les Pachydermes à placenta diffus, d'une part, les Singes à placenta discoïde, de l'autre.
L'ancienneté des Lémuriens est considérable; ils remontent au moins jusqu'à la période éocène et si la dentition de quelques-uns d'entre eux (Adapis, Éocène; Cebochœrus, Miocène) rappelle réellement celle des Porcins oudes Pachydermes plusanciensja dentition dequel-
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ques autres rappelle celle des Singes et même de l'Homme (Anaptormorpbus bomunculus, Cope, Eocèned'Amérique), celle des Insectivores (^rarsw5,L^w«r^, celle des Carnassiers (Galago), celle des Rongeurs (Cbeiromys), et les Galéopithèques semblent enfin être un passage vers les Chauves-Souris. Il n'est donc pas impossible que les Lémuriens aient eu une certaine importance dans l'évolution des Mammifères, et s'ils n'ont pas servi d'intermédiaires entre les ordres des Insectivores, des Carnassiers, des Rongeurs et des Chauves-Souris, on peut au moins leur supposer un ancêtre commun avec les Pachydermes et les Singes; malheureusement les documents paléontologiques manquent pour établir cette donnée avec certitude. Nous disons ancêtre commun, car nous ne pensons pas qu'on puisse faire descendre directement les Pachydermes des Lémuriens dont l'adaptation à l'existence arboricole est déjà avancée, et il serait bien étonnant qu'inversement un Pachyderme déjà ongulé et dont les doigts auraient été exclusivement adaptés à la marche ait pu devenir un animal grimpeur tel qu'un Lémurien. Quoi qu'il en soit, les premiers Singes sont déjà nombreux à l'époque tertiaire. Ils semblent s'être développés simultanément dans les deux mondes. Il est, en effet, certain que les Singes américains forment, comme les Cerfs et bien d'autres animaux, une série tout à fait indépendante. Dans le Miocène on trouve non seulement des Semnopithèques et des intermédiaires entre ces animaux et les Macaques, mais aussi des Singes anthropoïdes, tels que le Pliopithèque et le Dryopithèque. On