‹ Le transformismeChapitre 18 sur 70 · MULTIPLICATION · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION

de midi à deux outroisheures; il était alors facile de trouver un grand nombre de noyaux à divers états de segmentation. Un jour, cependant, j'examinai inutilement les poils d'un grand nom])re de fleurs sans pouvoir trouver une seule cellule en voie de division. La température, ce jour-là, s'était abaissée de plusieurs degrés ; cet abaissement ayant duré trois ou quatre jours, il me fut impossible, pendant ce temps, de poursuivre mes recherches, qui redevinrent très faciles, quand la chaleur se flt de nouveau sentir. Force me fut de reconnaître que la segmentation était placée sous la dépendance de la température; fait qui, d'ailleurs, n'est, je crois, mis en doute par personne, mais est généralement fort mal interprété. On admet que la segmentation est un phénomène dépendant exclusivement de la cellule et seulement modifiable par les agents extérieurs, tandis que les faits montrent que la segmentation ne se produirait pas si elle n'était provoquée par ces agents. Nous répéterons ici ce que nous avons dit à propos des mouvements dits spontanés : Pour admettre que la segmentation est réellement spontanée, nous sommes en droit d'exiger qu'on nous la montre se produisant dans un milieu tel qu'aucune action ne puisse être exercée du dehors sur la cellule qui se divise, c'està-dire dans un milieu inerte, condition absolument impossible à réaliser dans un monde où il n'est pas une molécule qui ne soit sans cesse en mouvement, et où, par suite, toutes les molécules agissent d'une façon incessante les unes sur les autres.

Si l'on admet, avec certains auteurs, que la segmentation est produite par les « forces intérieures » de l'être vivant, on ne fait que formuler en termes moins clairs l'opinion que nous venons d'exprimer, car ces « forces

intérieures » qui ne peuvent être que des « forces » physico-chimiques, n'entrent en action que sousUinfluence de « forces extérieures » qui sont de môme nature qu'elles. Nous croyons parler beaucoup plus clairement et nous conformer beaucoup plus à la réalité, en répétant, ce que nous avons dit déjà à propos des autres phénomènes dont la matière vivante est le siège, que, grAce à la complexité de son organisation physique et de sa con>position chimique, la matière vivante obéit plus facilement que la matière non vivante aux excitations venues du dehors, mais né peut pas plus que cette dernière modifier d'elle-même son état chimique ou physique.

Nous comparons volontiers une cellule vivante à une machine à vapeur admirablement construite, prête à fonctionner, mais ne pouvant entrer en jeu que si Ton ouvre la soupape destinée à permettre l'entrée de la vapeur qui doit faire mouvoir tous les membres de l'appareil. Quelle que soit la perfection de ce dernier, il conservera indéfiniment son immobilité si une « force extérieure » à lui, la vapeur, ne lui donne pas l'impulsion indispensable. Il en est de même de la cellule vivante ; parvenue à un certain degré de développement, elle possède une organisation moléculaire telle que, si elle se trouve soumise à une température suffisamment élevée, elle se divise en deux parties plus ou moins égales ; mais, que la chaleur suffisante n'intervienne pas, et la cellule pourra continuer indéfiniment à vivre sans se diviser. La chaleur a joué ici le rôle de la vapeur dans la machine à laquelle nous faisions tout à l'heure allusion ; la cellule est en puissance de se diviser comme la machine est en puissance de fonctionner ; mais sans la chaleur la cellule ne se diviserait pas plus que la machine ne fonctionnerait sans la vapeur.

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Si donc nous revenons au parallèle que nous établissions plus haut entre la division manifestement provoquée du cristal de sulfate de cuivre et la segmentation en apparence spontanée de la Monère, nous voyons que cette dernière est tout aussi peu spontanée que la première, et que Tune et l'autre sont en réalité provoquées ; mais, tandis qu'un agent relativement très énergique et facile à constater est nécessaire pour diviser le cristal, une action si faible qu'elle nous échappe suffit pour déterminer la segmentation de la Monère. Nous savons d'ailleurs fort bien que l'énergie du sécateur, si je puis employer ce mot, nécessaire pour diviser les corps inorganiques, varie avec la nature de ces corps ; que, si un choc relativement faible suffit pour diviser un morceau de soufre, il faut, pour diviser un morceau de fer, employer un instrument puissant, tandis qu'un soufQe suffira pour segmenter une goutte d'eau étalée sur une surface grasse à laquelle elle n'adhère pas ; et cependant îl ne s'agit ici que de corps à composition chimique et à constitution moléculaire relativement très simples, tandis que la matière vivante se distingue par une complexité qui la rend infiniment plus docile aux agents extérieurs.

Si Ton admet que la division de la Monère ou de tout autre cellule est toujours provoquée par un agent extérieur à elle, que ce soit la chaleur, la lumière, l'électricité, etc., ou l'action combinée de tous ces agents, il devient facile de comprendre pourquoi cette division ne se produit qu'à des époques déterminées, pourquoi le froid de l'hiver arrête les segmentations cellulaires dans la plupart de nos végétaux, tandis que le printemps et l'été les provoquent ; pourquoi le filament de Spirogyra, doiit l'organisation difière de celle du poil staminal du Tra-

descantia, se segmente à un autre momentque ce dernier; pourquoi chaque végétal ne croît, c'est-à-dire ne multiplie ses cellules, que sous tel ou tel climat, et ne produit certaines sortes d'éléments, par exemple des éléments mâles ou femelles actifs, que dans certaines conditions de milieu : pourquoi, en un mot , chaque cellule ne se segmente que dans certaines conditions déterminées, mais variables avec l'organisation et l'état de développement de la cellule elle-même.

Un grand nombre d'organismes vivants jouissent d'un autre mode de multiplication qui paraît différer encore davantage des phénomènes qui nous sont offerts par les corps non vivants, et qui cependant est tout aussi facile, sinon plus facile à interpréter que celui dont nous venons de parler. Mais, avant d'aborder ce sujet, il est nécessaire de rappeler au lecteur ce fait, sur lequel nous aurons à revenir plus loin, qu'aussi bien dans la nature non vivante que dans la vivante, mais surtout dans cette dernière, il n'existe pas deux corps qui se ressemblent d'une manière absolue, et qui, à côté de caractères communs, n'aient un certain nombre de qualités spéciales ; ces dernières sont désignées, quand on parle des êtres vivants, sous le nom de carax^tères individuels.

Abordons maintenant le cas le plus simple des procédés de reproduction auxquels nous faisions tout à l'heure allusion. Deux organismes unicellulaires se fondent l'un dans l'autre et donnent naissance à un organisme nouveau, également unicellulaire. On dit qu'il y a eu conjugaison entre les deux premiers, qui sont réellement les parents, c'est-à-dire les générateurs du troisième. Après ce que nous venons de dire de la variabilité indéflnie des caractères individuels, nous n'avons pas besoin d'insister

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