FÉCONDATION
Spéciales (Tun même indwidu jouiBsent seules de la propriété de se conjuguer entre elles pour produire une cellule nouvelle, qui, en se multipliant par segmentation, produira un individu pluricellulaire nouveau, semblable à celui qui a fourni les deux générateurs. Il semble, au premier abord, y avoir une si grande distance entre ces cas et les précédents, qu'on a donné au phénomène le nom particulier de fécondation et que l'on a donné Tépithète de mdle à Tune (ies cellules génératrices et celle de femelle à l'autre, tandis qu*on a donné Tépithète dher'^ maphrodite à Tindividu producteur de ces deux cellules. Si cependant on ne perd pas de vue que l'individu pluricellulaire qui a fourni les deux cellules génératrices provient lui-même tout entier d'une cellule unique, il devient aisé de comprendre que chacune des cellules qui entrent dans sa composition possède, indépendamment de ses caractères propres ou individuels, un certain nombre de propriétés communes dont elles ont hérité de leur commun ancêtre, de même qu'un nombre quelconque de gouttes d'eau provenant de la môme source, mais additionnées chacune d*un corps différent, présentent, à côté des caratères variables dus aux corps étrangers qu'elles contiennent, un certain nombre dé propriétés communes et semblables à celles de l'eau de la source d'où elles proviennent.
Ces considérations nous facilitent l'intelligence du quatrième cas, qui correspond à la multiplication ou fécondation des êtres les plus élevés en orgailisation, celui dans lequel deux cellules spéciales (l'une dite mâle, l'autre dite femelle), fournies par deux individus distincts [mâle, quand il produit la première, femelle, quand il fournit la seconde), se conjugent eq une cellule nouvelle,
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de laquelle proviendra, par des segmentations répétées, un individu plurieellulaire nouveau, qui, lui-même, ne pourra produire que Tune des deux sortes de cellules génératrices. Ici encore, les deux individus producteurs de cellules génératrices, offrant à la fois un certain nombre de caractères individuels, et étant provenus chacun d'une cellule unique, les cellules génératrices issues, comme les autres, de cette dernière, qui est, en réalité, leur parent direct, devront en posséder les caractères. La cellule formée par la conjugaison de ces deux cellules génératrices offrira donc à la fois les propriétés communes aux deux grands parents et les caractères propres à chacun d'eux, unis aux qualités spéciales de chacune des deux cellules génératrices, avec prédominance nécessaire des caractères les plus tenaces, lesquels sont, sans contredit, ceux qui remontent le moins loin. En réalité, le procédé de production reste ici le même, au fond, que dans les cas précédents ; il se réduit toujours au phénomène purement physique de la fusion de deux corps qui, ayant à la fois des propriétés communes et des caractères individuels, transmettent les unes et les autres au cçrps nouveau produit par leur mélange. Dans le cas actuel, ces liens de parenté deviennent seulement plus complexes que dans les cas précédents et, par suite, les caractères transmis sont forcément plus nombreux et de valeur plus inégale.
Ce qui parait compliquer encore davantage le problème dans les deux derniers cas, c'est que certaines sortes de cellules d'individus pluricellulaires jouissent seules de la propriété de conjugaison, ou, autrement dit, de reproduction ; cependant il n'y a, dans ce fait, rien de plus étrange que dans celui de la différenciation des cellules
conduisant certaines d'entre elles à obéir aux impulsions de Téther, tandis que d'autres ne sont impressionnées que par l'air, etc. Nous verrons que cette évolution, dans des directions différentes, des diverses cellules d'un individu pluricellulaire, est un fait constant qui caractérise essentiellement l'organisation des êtres vivants.
En résumé, les phénomènes de reproduction dont les ôtres vivants sont le siège ne nous paraissent pas plus que tous ceux dont nous avons auparavant fait l'étude, pouvoir être considérés comme la manifestation de propriétés appartenant exclusivement à la matière vivante ; nous ne pouvons voir, au contraire, en eux que des phénomènes semblables à ceux qui nous sont offerts par la matière non vivante, dont ils ne diffèrent que par leur modalité et leur intensité.
Il est une dernière propriété attribuée par quelques auteurs à la seule matière vivante, par laquelle nous terminerons cette partie de notre étude •; je veux parler de YévoluHb'té, cette propriété q'aurait exclusivement « toute cellule qui se nourrit, de grandir, de s'accroître dans trois dimensions, avec ou sans changements gra* duels de sa figure et de sa structure, soit par formation, soit par disparition de quelques parties composantes, et d'avoir une mort ou décomposition (Gh. Robin). »
Ainsi définie, et il serait difficile de mieux en formuler les caractères, l'évolutilité, bien loin d'appartenir exclusivement à la matière vivante, nous paraît être une pro-» priété essentielle de toutes les formes de la matière. Depuis notre système solaire tout entier, d'abord formé, comme l'admettent aujourd'hui les astronomes, d'une masse incandescente unique, ensuite fractionnée en masses plus petites qui se refroidissent peu à peu et sont
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destinées, sans aucun doute, à se fractionner plus tard en corps de moins en moins volumineux, dont les éléments simples finiront par se séparer, jusqu'à la roche granitique, qui, après s'être accrue par des dépôts successifs, est ensuite lentement détruite par la pluie, le vent et les agents chimiques, tous les corps de Tunivers passent par les phases indiquées plus haut : accroissement d'abord, décroissement ensuite, et finalement réduction à leurs éléments simples, qui se combinent de nouveau en corps difi'érents de ceux qu'ils constituaient auparavant. Bien loin de trouver aux corps non vivants quelque avantage, au point de vue de la stabilité, sur les corps vivants, nous serions plutôt tenté d'admettre que certains corps vivants ne se détruisent qu'avec une lenteur beaucoup plus grande que la plupart des corps inorganiques, parce qne leurs principes chimiques, étant moins stables, empruntent plus volontiers au monde extérieur des éléments nouveaux qui viennent sans cesse augmenter leur masse et réparer leurs pertes. C'est ainsi que s'explique la rapidité beaucoup plus grande de leur accroissement. Il est vrai que, pour le même motif, ils possèdent, en même temps, une tendance plus grande que les corps inorga* niques à décroître, sous l'influence des oxydations incessantes dont leurs principes immédiats sont le siège ; mais si nous supposons une Monère placée dans un milieu où elle trouve en quantité suffisante les éléments de sa nutrition, c'est-à-dire de son accroissement, il nous sera difficile de comprendre pourquoi elle viendrait à se détruire complètement, alors qu'elle trouve dans sa propre constitution le principe d'un accroissement indéfini et d'une reconstitution incessante. Le morceau de carbonate de chaux exposé à la pluie chargée d'acide car^
bonique ne se détruit-il pas plus rapidement que le chêne, dont certaines parties meurent, il est vrai, les unes après les autres, mais dont d'autres s'accroissent périodiquement par multiplication de leurs cellules 7 Les animaux supérieurs sont, il est vrai, beaucoup moins favorisés à cet égard que les végétaux ligneux et vivaces, parce que leurs tissus, une fois formés, ne s'accroissent plus en formant des éléments nouveaux ; les végétaux herbacés le sont aussi beaucoup moins que les plantes ligneuses, parce que la dépense qu'ils effectuent, au moment de la production de leurs fleurs et de leurs fruits, dépasse de beaucoup leur gain ; mais la rapidité de décroissance de ces êtres ne fait qu'établir un rapport de plus entre les procédés d'évolution de Tune et l'autre forme de la matière. Rien dans la matière, on Ta dit souvent, ne se crée ni ne se détruit; tout se transforme d'une façon incessante ; le mouvement, propriété essentielle de la matière, ne pouvant être entretenu à l'infini que par un transport incessant des molécules matérielles d'un point à l'autre de l'espace, aucun corps ne peut rester un seul instant dans un statu qw qui serait la suppression de ce transport. On peut, à ce point de vue, dire que, pas plus pour les corps vivants que pour leç corps non vivants, il n'existe ni naissance ni mort, ces mots n*ayant, pour les uns comme pour les autres, qu'une valeur essentiellement relative.
Dans l'étude que nous venons de faire des diverses propriétés de la matière, nous avons constamment pris pour exemple de la matière vivante un être aussi simple que possible, la Monère, dans laquelle on ne peut distinguer aucune partie différente des autres ; nous avons vu que cet être jouissait à la fois^ et à peu près au même degré»
de toutes les propriétés qui ont été énumérées. Nous aurions pu ajouter que toutes les excitations venues du dehors agissent sur lui avec une intensité à peu près égale, de sorte qu'il n'est guère plus sensible à un agent déterminé qu'à tout autre, d'où résulte, une imperfection réelle au point de vue de chacune des propriétés envisagées séparément. Il n'en est pas de môme de tous les êtres vivants.
On a beaucoup étudié dans ces derniers temps l'évolution des organismes pluricellulaires, sur laquelle nous reviendrons plus loin ; on a mis en relief avec . le plus grand soin le perfectionnement de leur organisation et la séparation de plus en plus marquée de leur corps en parties adaptées à des fonctions physiologiques déterminées et bien distinctes, mais on s'est relativement beaucoup moins occupé de l'évolution subie par les diverses cellules qui entrent dans la composition de ces êtres. C'est là cependant que se trouve la solution d'un grand nombre de questions relatives à la physiologie des organismes supérieurs. On a trop considéré ces derniers, et particulièrement l'homme, comme des unités réelles, des individualités ; tandis qu'ils ne sont en réalité que des agrégations plus ou moins complexes, des colonies d'individus distincts, jouissant chacun d'une vie propre et produits par une évolution lente qui a suivi pour chacun d'eux une direction particulière. Tandis que la cellule unique et aussi simple que possible qui constitue la Monère jouit au môme degré de toutes les propriétés dites biologiques et n'est guère plus impressionnée par un agent que par un autre, les cellules qui composent les êtres vivants supérieurs se comportent vis-à-vis du monde extérieur de façons très diverses ; tandis, par exemple.
que la cellule auditive de Toreille interne subit, avec une extrême facilité, les impressions des corps liquides ou solides avec lesquels elle se trouve en contact, mais est absolument insensible aux vibrations de Téther, la cellule optique, au contraire, se montre à l'égard de ces dernières, d'une sensibilité souvent excessive, et la cellule olfactive, qui n'est impressionnée ni par les vibrations de l'air, ni par celles de l'éther, est extrêmement sensible, comme l'a montré M. Wolff, à certaines vibrations particulières, provoquées, dans les liquides pituitaires qui la baignent, par les substances gazeuses, dites odorantes. Tandis que, d'autre part, toutes les cellules ne présentent, quand elles entrent en vibration sous l'influence des agents dont nous venons de parler, que des mouvements tout à fait imperceptibles, la cellule musculaire, sous l'influence d'excitants appropriés à son organisation, se raccourcit d'une façon tellement prononcée, qu'elle entraîne les leviers auxquels elle est fixée.
Ces faits mettent bien en évidence que les cellules constituantes des organismes supérieurs ont subi, depuis la Monère, qui est sans doute leur aïeule commune, une évolution considérable, dont la direction a été aussi variable que celle de l'évolution qui a donné naissance aux innombrables formes d'organismes vivants qui existent à notre époque. En poussant plus loin ces considérations, il nous sera facile de comprendre que, par suite d'une évolution semblable, certaines cellules des organismes supérieurs soient arrivées à posséder une constitution telle, qu'elles puissent centraliser, pour ainsi dire, toutes les excitations diverses qui, parvenues dans le centre cérébral, leurs ont transmises par les éléments anatomiques de ce centre. L'être vivant en possession de ces cellules spé-
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ciales, quie nous pourrons considérer comme ayant atteint un haut degré de perfectionnement à la fois dans les directions diverses que les autres cellules ont suivies séparément, Fêtre vivant, dis-je, qui possédera ces éléments centralisateurs aura la connaissance simultanée des diverses actions exercées sur lui par le monde extérieur et des phénomènes provoqués par ces actions dans son propre organisme. Nous dirons qu*il jouit de la conscience du monde extérieur et de lui-môme. Mais que pour un motif ou pour un autre, cet être vienne à perdre ces cellules spéciales, et il perdra en même temps la conscience de lui-même et du monde extérieur, sans que cependant rien soit changé dans l'organisation et les rapports réciproques des autres parties de son organisme, ni dans les rapports de ces parties avec le milieu ambiant. Ce n'est donc pas Findividu lui-mémo qui est conscient, mais seulement un groupe particulier de ses éléments constituants. Une évolution de môme ordre a donné naissance à des cellules qui ont pour rôle spécial la mémoire, c'est-à-dire la conservation des images des objets extérieurs, et des idées que l'observation et la comparaison de ces derniers ont pu faire naître, et aux cellules qui ont pour fonction spéciale les divers actes cérébraux dits intellectuels, actes qui deviendront impos«» sibles lorsque les cellules qui sont destinées A les accomplir perdront, sous l'influence d'une modification quelconque, la constitution indispensable à l'existence de leurs propriétés. Chacune des facultés intellectuelles de l'homme pourra ainsi disparaître ou s'aff'aiblir sans que les autres soient troublées et sans que tout le reste de l'organisme subisse aucune modification manifeste dans son fonctionnement. Il n'est pas de faits qui montrent mieux que
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ceux-là la vanité de cette prétendue unité qu'on nomme un individu pluricellulaire.
On remarquera que nous n'avons pas parlé de la volonté ou libre arbitre. C'est qu'en effet ces termes ne répondent à rien de réel. Aucun acte, c'est-à-dire aucun mouvement accompli par les êtres vivants, quels qu'ils soient, n'est soustrait à ce principe absolu que tout mouvement n'est que le produit de la transformation d'un autre mouvement. Lorsque nous croyons accomplir un acte volontaire, nous n'exécutons, en réalité, qu'un acte dont nous avons conscience, c'est-à-dire dont nous connaissons plus ou moins les causes déterminantes et les conséquences ; mais cet acte s'exécute fatalement ; il n'est que la résultante nécessaire d'excitations extérieures ou intérieures sur les éléments anatomiques qui sont mis en jeu dans son accomplissement. Le mouvement par lequel une grenouille intacte retire sa patte quand on la pique n'est pas plus volontaire que celui par lequel la môme grenouille, après avoir été décapitée, contracte la môme patte sous l'influence de la même excitation. La seule différence qui existe entre ces deux actes, c'est que la grenouille a conscience du premier, tandis qu'elle n'a pas conscience du second. Entre l'attaque d'épilepsie simulée et en apparence volontaire à laquelle se livre un mendiant de la cour des Miracles pour attirer la compassion du public, et l'attaque morbide d'un épileptique véritable, il n'existe d'autre différence que celle-ci ; le mendiant a conscience, à la fois, des motifs qui le déterminent à simuler une attaque et des mouvements qu'il fait en la simulant, tandis que l'épileptique véritable n'a conscience ni des excitations extérieures ou intérieures qui ont pour résultat nécessaire l'attaque, ni des mouve-
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ments qu'il accomplit ; mais, le mendiant n'est pas plus libre que Tépileptique, puisque les motifs qui le déterminent à simuler une attaque aussi pénible, et particu* lièrement Fintérôt qu'il trouve à le faire, sont assez puissants pour qu'il y obéisse.
Si maintenant nous jetons un coup- d'œil en arrière sur le chemin que nous avons parcouru, nous voyons qu'il n'existe entre la matière non vivante et la matière vivante, môme parvenue au plus haut degré d'organisation que nous connaissions, aucune différence autre qu'une complexité plus grande de constitution de la matière vivante, accompagnée d'une plus grande sensibilité aux impressions exercées sur elle par le monde extérieur, sensibilité qui augmente peu à peu à mesure que la complexité de constitution et d'organisation devient plus considérable ; mais, toutes les propriétés de la matière vivante se retrouvent, quoique à un moindre degré, dans la matière non vivante, et ces propriétés sont exclusivement d'ordre physique ou chimique.