DIVISION DU TRAVAIL CELLULAIRE
pas les lois, qui, en un mot, n*ont d'autre rôle que d'obéir à la volonté des autres, sans pouvoir réagir contre cette volonté. Celle-ci, en effet, a pour elle iion seulement le nombre, mais encore toutes les forces publiques. En résumé, quel que soit le nom que porte un gouvernement centralisé et autoritaire, il existe toujours une fraction plus ou moins considérable des citoyens qui n'ont aucune action sur les autres, qui n'exercent aucune fraction de l'autorité de l'Etat, qui ne peuvent agir d'aucune manière sur les individus dominateurs, et n'ont d'autre rôle que celui d'obéir.
Est-ce une organisation de cette nature que nous présentent les êtres vivants pluricellulaires ? La « centralisation », dont parle M. Haeckel existe-t-elle réellement chez eux ? Leurs cellules sont-elles divisées en cellules dominatrices et cellules obéissantes, en maîtres et en sujets ? Tous les faits que nous connaissons répondent négativement avec la plus grande netteté.
Je n'insisterai pas sur l'autonomie réelle dont jouit manifestement chacune des cellules de tout organisme pluricellulaire ; ni M. Haeckel ni personne n'a, en effet, nié cette autonomie, mais il est important de bien mettre en relief la nature des limites dans lesquelles elle s'exerce. Nous verrons ainsi qu'elle est beaucoup plus considérable qu'on ne l'admet généralement et que s'il est vrai que toutes les cellules dépendent les unes des autres, il est vrai aussi qu'aucune ne commande aux autres, et que les organismes pluricellulaires, même lès plus élevés, ne sont, en aucune façon, comparables ni à une monarchie, ni à toute autre forme de gouvernement autoritaire et ceutralisé.
Il faut d'abord avoir bien soin de distinguer ce que l'on
nomme a la vie » d*un animal pluricellulaire, de la vie réelle des différentes cellules qui entrent dans sa constitution. C'est là une des plus graves questions que puisse soulever la biologie comparée.
On considérait autrefois tous les animaux comme des « unités », animées. par un principe que certains nommaient « âme » et que d'autres désignaient sous le nom de « principe vital ». Quoique les savants qui admettent cette opinion deviennent chaque jour plus rares, elle est cependant encore assez répandue dans le monde pour qu'il me paraisse utile d'en montrer la fausseté.
L'expérience suivante due à M. P. Bert montre bien l'absence du principal vital. Il prend un jeune rat dont les os ne sont pas encore complètement formés. Il lui coupe une patte, dénude l'une des extrémités de cette dernière, et l'introduit sous la peau d'un autre rat. Si le rat était doué d'un principe vital un et indivisible, la patte qui a été séparée de son corps serait morte dès l'instant de sa séparation. « Elle n'a plus évidemment, fait remarquer le savant physiologiste M. Vulpian, de principe vital pour diriger sa nutrition; elle va donc rester désormais, une fois greffée, dans l'état où elle se trouve au moment de l'expérience. Eh bien ! non, cette patte se greffe, elle emprunte les matériaux de sa nutrition à l'animal sur lequel elle est greffée , mais elle va vivre de sa vie propre, elle va se développer en conservant les proportions relatives de ses diverses parties osseuses. »
M. Vulpian a fait * lui-môme une expérience qui est encore plus démonstrative que la précédente. Il coupe la queue d'un têtard de grenouille sorti de l'œuf depuis vingt-quatre heures et laisse cette queue dans l'eau où vit le têtard. Elle continue à y vivre, et, au bout de