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PRINCIPE VITAL

dix jours, elle a atteint le même développement que celle d'un autre têtard né le même jour et vivant dans la même eau que celui qui a été mutilé. « A-t-on ici encore, dit M. Vulpian, divisé le principe vital, pour en laisser une partie dans le tronc de Tanimal et une autre partie dans le segment caudal ? Mais, encore une fois, le principe vital est indivisible de sa nature. »

Toute une série de phénomènes, décrits par les physiologistes sous le nom d'actions réflexes, montrent également bien l'absence de l'unité de vie des animaux supérieurs. Après avoir décapité une grenouille, si l'on pique une de ses pattes, l'animal retire ce membre comme il l'aurait fait avant la décapitation. Le cœur d'une grenouille continue à battre longtemps après qu'on l'a séparé du corps ; celui de certains poissons se meut encore vingt-quatre heures après avoir été arraché. G'est-à-diré qu'on a pu faire cuire et manger le poisson en étudiant les battements de son cœur isolé.

On doit à M. Brown-Sequard une expérience plus démonstrative encore que toutes les précédentes de l'absence d'unité de la vie des animaux supérieurs. Ildécapite un chien ; puis au bout de dix minutes ou d'un quart d'heure, il injecte, dans la tête séparée du corps, du sang pris sur un autre animal; immédiatement, toutes les manifestations de la vie reviennent dans cette tête, dont les regards indiquent même une sorte d'intelligence et de conscience de ce qui se passe .

« Peut-être, dit à propos de ce fait M. Vulpian, seraije taxé de témérité en avançant que cette expérience pourrait réussir sur l'homme. Si un physiologiste tentait cette expérience sur une tête de supplicié, quelques instants après la mort, il assisterait peut-être à un grand

et terrible spectacle. Peut-être pourrait-il rendre à celte tête ses fonctions cérébrales, et réveiller dans les yeux et les muscles faciaux les mouvements qui, chez Thomme, sont provoqués par les passions et les pensées dont le cerveau est le foyer. Je n'ai pas besoin de vous dire que si cette hypothèse se réalisait, les lèvres pourraient, tout au plus, figurer les articulations labiales, car cette tête serait séparée de Tappareil nécessaire à le production des sons. Pourquoi cette expérience ne réussirait-elle pas ? Je laisse bien entendu, les difficultés pratiques de côté ; mais je cherche en vain quelles peuvent être les difficultés théoriques. Il s'agit ici de physiologie générale, et il me semble évident que ce qui a lieu pour les fonctions cérébrales d'un mammifère pourrait se produire aussi chez l'homme. »

Par suite de circonstances que je n'ai pas à exposer ici, j'ai pu faire une observation qui confirme dans une large mesure les réflexions fort justes de M. Vulpian. J'ai pu examiner simultanément cinq têtes d'hommes, quelques secondes à peine après leur décapitation. Chez toutes, les lèvres, les paupières, les muscles de la face étaient animés de contractions énergiques, exprimant d'une manière très manifeste l'effroi et la douleur. Les yeux roulaient entre les paupières fortement dilatées et se portaient tantôt sur un objet et tantôt sur un autre. Une de ces têtes surtout, avait un regard et des mouvements de tous les muscles de la face si expressifs qu'il* m'est impossible de croire qu'il n'y eût pas en elle persistance, dans une très large mesure, des fonctions cérébrales et peut-être conscience de ce qui se passait. Gela dura quelques secondes, puis tout rentra dans le repos. En touchant la face, les lèvres, les paupières, on déterminait encore des contrac-

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