‹ Le transformismeChapitre 30 sur 70 · INDÉPENDANCE DES ORGANES · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DES ORGANES

lions assez énergiques, mais localisées au point touché ; quant aux yeux, ils étaient devenus fixes et sans expression.

Lorsque la décapitation est accomplie d'un seul coup, comme cela eut lieu pour deux des individus dont je viens de parler, et lorsque surtout on peut, comme je le fis, observer les têtes au moment même de leur séparation du tronc, on se trouve en présence d'organes contenant encore une quantité considérable de sang. Les vaisseaux capillaires du cerveau notamment n'ont pu encore se vider ; cet organe est donc encore intact, et si la moelle allongée n'a pas été coupée , tout l'encéphale est encore dans des conditions physiologiques à peu près normales. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, pendant un temps fort court, il est vrai, mais néanmoins appréciable, le cerveau puisse remplir ses fonctions, c'est-à-dire percevoir la sensation des objets et même avoir conscience de cette sensation.

Mais bientôt les fonctions cessent, parce que le sang s'est écoulé, et n'arrive plus aux cellules à la nutrition et à la respiration desquelles il est chargé de pourvoir. Si, quand ce moment a été venu, on avait pu, dans le cas que je viens d'exposer, injecter du sang oxygéné dans les têtes devenues immobiles, il est absolument' certain qu'elles eussent reproduit les phénomènes que j'avais observés aussitôt après la décapitation et que Brown- Séquard a décrits sur des têtes de chiens décapités.

Ce qui prouve encore que l'arrêt des fonctions cérébrales qui suit la décapitation est dû, non pas à une mort réelle de l'organe, mais à la seule privation du sang, c'est que l'on peut, à volonté, chez un animal intact, supprimer et faire reparaître les fonctions cérébrales, en arrêtant la

marche du sang vers la léte ou en la rétablissant. On obtient les mômes résultats en agissant sur la circulation de n'importe quelle partie limitée du corps.

Pour la conclusion à tirer de ces faits, je laisse la parole au savant physicien Gavarret. « Lorsqu'un chien est décapité, dit-il, toute vie d'ensemble est désormais éteinte dans les deux tronçons séparés. La force unique, indépendante, h3^othétiquement admise par les vitalistes pour animer ce chien avant l'opération, ne saurait être fractionnée. Si elle persiste, elle doit se localiser dans un des deux tronçons ; si elle disparaît, tous ses attributs doivent disparaître avec elle et, en même temps, doivent s'éteindre toutes les actions des éléments histologiques qui ne sont que les manifestations de ces attributs. Et pourtant, dans chacun de ces deux tronçons, l'irritation de la peau produit des mouvements réflexes; l'activité delà cellule grise survit donc à la décapitation. Cette activité, accusée par des mouvements réflexes, subsiste un certain temps et ne disparaît pas simultanément dans toute l'étendue des centres nerveux... Alors que toutes les propriétés physiologiques de la substance grise sont éteintes, la neurilité, l'activité des nerfs persiste encore; l'excitation directe d'un cordon nerveux détermine des contractions dans les muscles auxquels il se distribue. Enfin, alors même que tout a disparu du côté du système nerveux, central et périphérique, l'activité propre de la fibre musculaire n'est pas éteinte ; sous l'influence d'une excitation directe, le muscle se contracte.

« Ainsi, les manifestations vitales les plus caractéristiques, les plus fondamentales subsistent, au même degré, dans les deux tronçons séparés, alors que la décollation a

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