‹ Le transformismeChapitre 31 sur 70 · INDÉPENDANCE DES ORGANES · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DES ORGANES

rendu impossible toute vie d'ensemble... Mais alors que les deux tronçons ne répondent plus à aucune excitation, tout est-il fini ? N'est-il pas possible de rendre leur excitabilité aux systèmes nerveux et musculaires ? Les expériences de Legallois, d'Astlay-Cooper , de M. Brow^n- Séquard, nous ont appris qu'il suffit d'injecter dans les artères du sang chaud, oxygéné et défîbriné, pour que cette tête et ce tronc redeviennent le siège de manifestations vitales évidentes. Ces faits sont en contradiction flagrante avec l'hypothèse d'une force unique, indépendante, qui communiquerait à toutes les parties de l'organisme son activité. Gomment, en efTet, comprendre que cette force unique puisse se manifester à la fois dans les deux tronçons séparés ? En tout cas, comment admettre que cette force indépendante puisse être ramenée, par une simple injection de sang, dans ces organes qu'elle avait abandonnés ? »

En résumé, tous les faits que nous venons de citer démontrent d'une façon absolue que la vie n'est nullement sous la dépendance d'un principe vital indépendant des organismes vivants et unique. Elles démontrent, en outre, que la prétendue unité des organismes pluricellulaires n'existe, en réalité, pas le moins du monde. . L'un des adeptes les plus ardents du principe vital, cherchant à combattre les faits et les déductions indiqués plus haut, écrivait il y a quelques années : « Nous croyons que l'on peut fournir de tous ces faits une raison vraiment physiologique, et que les lois de l'être vivant, si on sait les entendre telles que la nature les dicte, démontrent que Ton peut diviser l'être, sans que la vie soit divisible, que celui-ci reste ? quoi qu'on puisse le partager en parts distinctes et vivantes. » D'après ce raison-

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nement, les deux moitiés d'une pomme représenteraient chacune une pomme entière, une queue de rat serait un rat entier et un rat sans queue serait une queue de rat.

Dans le but d'étayer sa proposition, notre vitalîste ajoute : « On enlève la patte d'un jeune rat, on la greffe sur un autre rat, elle y vit ; cette patte enlevée n'était pas morte encore ; la vie du tout se prolongeait en elle ; on replace la patte dans des conditions où la vie qui Tanîme, celle qu'elle a reçu de l'organisme auquel elle appartenait, peut se continuer. Quoi d'étonnant qu'elle persiste à vivre, qu'elle se greffe ? En quoi cela prouve-t-il que l'unité de l'organisme premier n'était qu'une illusion ? En quoi cette unité est-elle atteinte ? Dans le rat privé de sa patte, l'unité est-elle amoindrie dans son fonctionnement général ? A-t-elle perdu une partie d'elle-même ? A-t-elle été divisée par la soustraction expérimentale d'un membre ? Non, elle subsiste entière malgré l'amputation ; il n'y a donc pas eu de division en deux parts. »

Ainsi, vous coupez la patte à un rat, et ce rat, non, son « unité » . « subsiste entièrement malgré l'amputation. » Vous coupez la jambe à un homme, son « unité » « subsiste entière malgré l'amputation. » Vous pouvez ainsi amputer successivement les deux jambes d'un homme, puis les deux bras, couper ses deux oreilles, arrachez ses deux yeux et sa langue, vous pouvez enfin le décapiter, jeter sa tête dans le panier du bourreau, son « unité » « subsiste entière malgré l'amputation. » Vous transformez un homme «n eunuque pour en faire un gardien de sérail ou un chanteur de la chapelle Sixtine et « l'unité » de cet homme n'est nullement « amoindrie dans son fonctionnement général. » Je doute fort cependant que <i l'unité » nouvelle produite par [la castration

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soit d'avis, malgré « la pleine intégrité » que veut bien lui reconnaître notre vitaliste, de conclure avec ce dernier que les expériences signalées plus haut « n'ébranlent en rien Tunité, base de l'être vivant ; que chacune d'elles, au contraire, donne à cette unité un caractère plus assuré et surtout sert à mieux faire comprendre la nature du dogme qu'elles prétendaient renverser. »

En réalité, il est absolument impossible de placer aucun des actes des êtres vivants sous la dépendance d'une force distincte des cellules qui constituent ces êtres, qu'on nomme cette prétendue force « âme » ou « principe vital ». Nous avions déjà prouvé q'uelle étaitinutile ; les faits que nous venons de citer démontrent que son existence est impossible.

On ne peut davantage admettre la prétendue unité des êtres vivants pluricellulaires. Ce qui vit dans ces êtres, ce n'est pas l'être lui-même, c'est chacune des cellules qui entrent dans sa constitution.

Nous avons, par exemple, l'habitude de dire que la décapitation entraîne la mort instantanée de l'homme décapité. Cette manière de parler est erronée. Il est vrai que l'individu décapité, chien ou homme, ne peut plus agir comme il le faisait auparavant, mais aucune de ses parties, prises isolément, n'est morte, elle sont simplement perdu les relations qui sont indispensables à l'accomplissement de certains actes. La tête, le tronc, toutes les cellules de ces deux moitiés séparées jouissent encore, pendant un temps relativement assez long, de l'intégrité de toutes leurs propriétés. Nous avons vu déjà qu'on pouvait ranimer et la tête et le tronc. Cela tient à ce que toutes leurs cellules vivent encore. Qu'on examine, par exemple, une fibre musculaire ; elle se contracte avçc la ipême énergie

qu'avant la décapitation et sous l'influence des mêmes excitations. Les cellules nerveuses subissent encore les impressions qui leur sont transmises et les font parvenir, par l'intermédiaire des cordons nerveux, aux cellules musculaires, etc.

L'être vivant pluricellulaire n'est rien sans les cellules qui le constituent, de même que l'État n'est rien sans les individus qui le composent. Ce qui vit dans un État, ce n'est pas l'État, c'est chaque citoyen pris indiduellement. De même, ce qui vit dans un animal pluricellulaire, dans un homme, ce n'est pas l'homme, ce sont les cellules qui le composent. Le « moi » de l'homme, n'est qu'une entité métaphysique ne répondant à rien de réel, au même titre que l'État n'est qu'un vain mot quand il ne désigne pas un ou plusieurs citoyens exerçant une action dominatrice sur les autres membres de là société. Louis XIV, en disant : « l'État, c'est moi » exprimait un fait réel, car lui seul en France exerçait la puissance et le commandement, et tous les autres individus étaient ses sujets ou pour mieux dire ses esclaves ; mais quand nos républicains autoritaires affirment qu'avec nos institutions actuelles : « l'État, c'est le peuple, ^) ils font preuve d'une grossière ignorance, ou d'une insigne mauvaise foi. Le peuple est, en effet , fatalement divisé en deux parties : l'une qui, commande, c'est la majorité, l'autre qui obéit, c'est la minorité.

Gela nous amène à examiner la dernière proposition de M. Haeckel et à nous demander si, comme il le prétend, le corps des animaux supérieurs est assimilable à une monarchie fortement centralisée. Certains faits semblent bien indiquer qu'une centralisation considérable existe dans le corps des animaux supérieurs. Lorsque, par exemple

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