‹ Le transformismeChapitre 32 sur 70 · RELATIONS DES CELLULES ET DES ORGANES · texte numérisé non relu

RELATIONS DES CELLULES ET DES ORGANES

on voit un animal être tué par la piqûre du plancher du quatrième ventricule, dans " le point que Flourens a nommé le nœud vital, on est tenté d'en conclure que cette partie du corps commande à toutes les autres ; mais nous savons déjà qu'en réalité aucune partie de l'organisme n'est encore morte. La piqûre du quatrième ventricule n'a eu d'autre effet que d'arrêter les mouvements respiratoires et par suite la respiration. Celle-ci étant indispensable à l'entretien de la vie, l'animal meurt, ou pour mieux dire les manifestations vitales de l'ensemble de son organisme s'arrêtent ; puis, les éléments anatomiques des diverses parties du corps ne recevant plus les matériaux nécessaires à leur respiration et à leur nutrition meurent réellement les unes après les autres. Chez les animaux qui respirent non seulement avec les poumons, mais encore avec la peau, la piqûre du nœud vital entraîne aussi l'arrêt des mouvements respiratoires, mais l'animal n'est pas tué ; il continue à respirer par la peau et peut vivre encore pendant un temps plus ou moins longs ; en hiver, les grenouilles vivent pendant plus d'un mois après la destruction du nœud vital.

Pourquoi la blessure de cette partie entraîne-t-elle la mort.? Nous l'ignorons d'une façon absolue, mais il est permis de supposer, avec M. Vulpian, que « c'est là que s'associent, se réunissent les actions diverses qui concourent à la respiration ; ou comme l'a dit M. Flourens, c'est là que les divers mouvements nécessaires à la respiration viennent s'enchaîner en un mouvement d'ensemble. La section détruit l'enchaînement et la respiration cesse. » Mais peut-on dire que le nœud vital soit assimilable à un monarque qui commande à tous ses sujets ou au gouvernement d'une république centralisée. En aucune

façon. Le nOBud vital peut, tout au plus, ôtre assimilé à un pont par lequel passeraient toutes les voies se rendant à une ville bâtie sur un Ilot. Qu'on détruise le pont, la ville ne peut plus être nourrie et ses habitants succombent les uns après les autres, après avoir consommé toutes les provisions qu'ils avaient accumulées.

De ce que l'intégrité du pont dont je viens de parler est nécessaire à l'alimentation de la ville qu'il rattache au reste du monde, personne, évidemment, ne s'avisera de déduire que ce pont représente le centre social de la ville et qu'il exerce une autorité quelconque sur les habitants.

En réalité, il n'y a pas plus de centralisation dans les organismes les plus élevés que dans les plus inférieurs, dans les animaux que dans les végétaux. La monarchie et la centralisation n'existent pas ailleurs que dans les sociétés humaines. Mais, à mesure qu'un organisme se complique, chacune de ses parties acquiert un rôle spécial, bien déterminé, et, par suite, devient plus ou moins indispensable aux autres. Qu'une portion quelconque de cet organisme entre en souffrance, toutes les autres souffrent également. Le cœur est incontestablement plus indispensable que le doigt, mais il n'est pas soustrait à l'action de ce dernier ; une simple piqûre du doigt suffit pour activer ses battements ou les ralentir. La moindre blessure peut amener des troubles tellement considérables des centres nerveux que la mort en soit la conséquence. Un homme se blesse le petit doigt ; il est pris de tétanos et meurt. Un autre se fait une légère piqûre du poignet, une artère a été ouverte, et si chirurgien n'intervient pas à temps la mort ne tardera pas à ôtre la conséquence d'une blessure qui est, en apparence, fort insigniliante. Il existe ainsi une solidarité étroite de toutes les

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